Text/Jacques Lacan/LF25011967.htm

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J.LACAN                        gaogoa

[LF18011967.htm <] [LF01021967.htm >]

s�minaire XIV- 
La logique du fantasme. 1966-1967

version rue CB

25 janvier 1967                          [#note note]  

 

         

     (p97->) Je vous ai quitt� la derni�re fois sur un premier parcours du rectangle qui est ici r�p�t� � titre de support �vocateur pour vous, d�indication, qu�il s�agit toujours de s�y reporter quant au fondement de ce que nous essayons de construire cette ann�e d�une logique du fantasme.

          Que le choix pos� au principe du d�veloppement de ces op�rations logiques soit cette sorte d�alternative tr�s sp�ciale que j�essaie d�articuler sous le nom propre d�ali�nation entre � un je ne pense pas� et un � je ne suis pas � avec ce qu�il comporte de forc� dans le choix qu�il impose qui va de soi au � je ne pense pas �

Nous avons assez parcouru de chemin pour savoir comment se situe la r�f�rence analytique � la d�couverte de l�inconscient pour autant qu�elle donne, cette d�couverte, la v�rit� de cette ali�nation. Quelque chose est d�j� suffisamment indiqu� de ce qu�il y a de ce qui supporte cette v�rit� sous le terme maintes fois r�p�t� devant vous : le � a �


       
(p98->)
Tout ceci n�est possible que pour autant que je vous en parle de cet objet � a � depuis longtemps et qu�il peut d�j� repr�senter pour vous quelque support. L�articulation sp�ciale qu�il a avec cette logique n�est-elle point pouss�e jusqu�� son terme ? Je vous ai indiqu� � la fin de notre dernier entretien que la castration n�est pas sans rapport avec cet objet, qu�elle repr�sente ceci : que cet objet comme cause du d�sir domine ce qu�il est possible au sujet de cerner comme champ, comme prise, comme saisie de ce qui s�appelle � proprement parler dans l�essence de l�homme : le d�sir.

          Inutile de vous dire ici que 1�essence de l�homme est une r�f�rence spinozienne et qu�on n�accorde pas � ce terme d�homme, p1us d�accent que je lui donne d�ordinaire.

          Que ce d�sir pour autant qu�il se limite � cette causation par l�objet � a �, c�est exactement le m�me point qui n�cessite qu�au niveau de 1a sexualit� le d�sir se repr�sente par la marque d�un manque, que tout s�ordonne, s�origine dans le rapport sexuel, tel qu�il se produit en l��tre parlant en ceci : autour du signe de la castration � savoir, au d�part : autour du phallus en tant qu�il repr�sente la possibilit� d�un manque d�objet.

          La castration donc, c�est que1que chose comme de s��veiller, � ce que la sexualit�, je veux dire : tout ce qui s�en r�alise dans l��v�nement psychique se soit �a � savoir : quelque chose qui se marque du signe d�un manque, de ceci par exemple : que l�autre du v�cu inaugural, de la vie de l�enfant, doive � un moment appara�tre comme castr�. C�est sans doute cette horreur qui est li�e � la premi�re appr�hension de la castration comme �tant support�e par ce que nous d�signons dans le langage analytique comme la m�re, � savoir ce qui n�est pas purement et simplement � prendre comme un personnage charg� de diverses fonctions, dans une certaine relation typifi�e au registre de la vie du petit humain, mais aussi bien c�est quelque chose qui a un rapport avec le plus profond, avec cet autre qui est mis en question � l�origine de toute cette op�ration logique, que cet autre soit castr�, l�horreur corr�lative r�guli�re, qui se produit � cette d�couverte est quelque chose qui nous porte au c�ur de ce dont il s�agit quant � la relation du sujet � l�Autre en tant qu�elle s�y fonde.

          La sexualit� telle qu�elle est v�cue, telle qu�elle op�re, c�est � cet endroit quelque chose de fondamentalement dans tout ce que nous rep�rons � notre exp�rience analytique, quelque chose qui repr�sente un � se d�fendre �  de donner suite � cette v�rit�, qu�il n�y a pas d�Autre.

          C�est ce que j�ai � commencer pour vous aujourd�hui, car si j�ai pris l�abord de la tradition philosophique pour prononcer cet Autre n�existe pas, et � ce propos �voquer la corr�lation ath�iste, que cette profession comporte, mais bien s�r ce n�est pas quelque chose � quoi nous puissions nous arr�ter, il faut bien nous d�cider � aller plus loin dans le sens � poser la question : cette chute du A, cet , que nous posons comme �tant le terme logiquement �quivalent au choix (p99->) inaugural de l�ali�nation, qu�est-ce que �a veut dire ? Rien ne peut choir que ce qui est si A n�est pas. Nous posons qu�il n�y a nul lieu o� s�assure la v�rit� constitu�e par la parole, si ce ne sont pas les mots qui sont vides, ou si plut�t i1 faut dire que les mots n�ont pas de place qui justifie la mise en question toujours par la conscience commune de ce qui n�est que mot. Que veut dire, qu�ajoute cette formulation que je vous donne pour �tre la cl� pour partir d�un pas juste et que nous puissions nous souvenir assez longtemps concernant la logique du fantasme.

          Si c�est un algorithme du type math�matique dont je me sers pour supporter ce c�est pour affirmer qu�il y a un autre sens plus profond � d�couvrir ce qui repr�sente la conscience moderne qu�elle soit celle des religieux ou de ceux qui ne le sont pas et qui sont ath�es, est-ce que ce ne serait pas quelque chose comme de souffler une ombre simplement que d�affirmer cette non-existence de A, qu�il ne s�agit pas derri�re cela d�autre chose.

          Il y a bien des fa�ons de s�apercevoir qu�i1 s�agit en fait d�autre chose. Que veut dire  ? Je viens de le dire : il est marqu�. Le sens de ce que Pascal appelait le Dieu de la philosophie, de cette r�f�rence � l�Autre si essentielle chez Descartes, qui nous a permis d�en partir pour assurer notre premier pas, est-ce que ce n�est pas justement que l�Autre de ce que Pascal appelle le Dieu des philosophes, l�Autre en tant qu�il est en effet n�cessaire � l��dification de toute philosophie, est-ce qu�il ne le caract�rise pas au plus, au mieux, et m�me chez les mystiques contemporains de la m�me �tape, du r�fl�chissement sur ce th�me de l�Autre, est-ce que ce qui ne le caract�rise pas c�est essentiellement de n��tre pas marqu� . Th�ologie n�gative. Et que veut dire cette perfection invoqu�e dans l�argument ontologique si ce n�est justement que nulle marque ne l�entame.

          En ce sens, le symbole veut dire que nous pouvons raisonner notre exp�rience, qu�� partir de ceci : que l�Autre est marqu�. C�est bien en effet ce dont il s�agit d�s l�abord de cette castration primitive atteignant l��tre maternel. L�Autre est marqu�, nous nous en apercevons tr�s vite � de menus signes, s�il fallait avancer je devrais faire devant de fa�on magistrale, ce qui est toujours un peu abuser de la cr�ance qui est faite du r�le de celui qui enseigne, essayer de voir � de petits signes comme ceux-ci, qui se voient � ce qu�on fait quand on traduit, si je parlais en allemand, vous pourriez poser la question de savoir comment je le traduirais cet Autre, que vous me passez depuis tant d�ann�es et dont je vous ai rebattu les oreilles: das anders ou der en dere . Vous voyez 1a difficu1t� qui se soul�ve, du seul fait, non pas comme on le dit qu�il y ait des langues o� le neutre constituerait le nom marqu� quant au genre, ceci est tout � fait absurde, la notion de genre ne se confond pas avec la bipolarit� masculin-f�minin, le neutre est un genre marqu�. Le propre des langues o� il n�est pas marqu�, c�est qu�il peut l�avoir d�ment marqu�, qu�il peut s�abriter sous le masculin r�guli�rement. C�est ce qui me permet de vous parler de l�Autre sans que vous ayiez � vous interroger s�il faut traduire : der andere ou  das anderos. Ce qui entra�ne, si on a le choix � faire, il faudrait que je parle avec quelque anglophone, il n�en manque pas dans mon auditoire, pourquoi en anglais il y a quelque tirage.

 

(p100->) J�ai pu m�en apercevoir dans mon discours � Baltimore, je l�ai traduit par the other, i1 para�t que �a ne va pas tout seul, j�imagine que c�est en raison de la valeur tout � fait diff�rente de l�article d�fini en anglais, il a bien fallu que je passe pour parler de cet Autre, de mon � Autre � par : the otherness, il s�agissait toujours d�aller dans le sens du non marqu�, il nous a fallu en anglais passer par une qualit�, qualit� incertaine, 1e otherness est quelque chose qui se d�robe enti�rement. Je ne peux pas dire que je sois tr�s � l�aise pour lui trouver un repr�sentant au sens que je veux donner � 1�Autre et � ceux qui m�en ont propos� la traduction non plus. Mais ceci en soi-m�me est assez significatif de ce dont il s�agit et tr�s pr�cis�ment de la r�pugnance qu�il y a � introduire dans la cat�gorie de l�Autre, la fonction de la marque. Quand vous avez affaire au Dieu d�Abraham, d�Issac et de Jacob, la marque vous n�en �tes pas priv�, c�est bien pour cela que �a ne va pas tout seul, qu�aussi bien ceux qui ont affaire indirectement encore � cette sorte d�Autre, ont un destin eux aussi, bien marqu�.

          J�avais r�v� pour quelques petits de cette tribu qui m�entoure, de leur rendre service d��lucider un peu la question concernant leur rapport au Dieu au nom impronon�able, � celui qui s�est exprim� dans le registre du je, non pas � je suis ''celui  qui suis �, pas de transposition d�une pens�e Plotinienne, mais � je suis ce que je suis � tout simplement. J�avais pens� ; � j�y reviendrai toujours pour leur rendre ce service, et nous en resterons  toujours l� tant que nous n�aurons pas repris cette question du nom du p�re �. Je parle des petits, il y a aussi les grands. Les grands juifs n�ont pas besoin de moi pour s�affronter � leur Dieu.

          Mais nous, nous avons ici � faire � l�Autre en tant que champ de la v�rit� et que cet Autre soit marqu�, que nous le voulions ou pas, comme philosophe, qu�il soit marqu� au premier abord, par la castration. Voil� aujourd�hui ce � quoi nous avons affaire. C�est ce contre quoi, d�s lors que l�analyse existe, rien ne saurait pr�valoir.

          C�est pourquoi je consid�re qu�il y a tout lieu de rompre sur un certain terrain, qu�il y a des sp�culations sur lesquelles i1 ne faut pas se laisser aller � ce penchant, pas m�me de juger comme on me l�a imput�, mais simplement d�aller chercher ce dont elle t�moigne involontairement : de la v�rit� qu�elle manque.

          Parce que l�y faire remarquer � la pens�e de tel philosophe contemporain, que dans tel point il y a quelque chose qui vient prendre la place d�un manque, et qui s�exprime de fa�on plus ou moins embarrass�e avec la conscience non th�tique de soi, dont il n�y a vraiment rien � dire, si ce n�est que ce n�est pas un Un sinne c�est � proprement parler sinnlos.

          C�est encore trop en dire, Ce point pourrait �tre la marque du lieu m�me qui ferait, ce quelque chose, indiqu� comme manquant. Ce n�est en rien de semblable, ce n�est pas en cette impensable ant�riorit� de ce qui s�instaure comme point de verliebtheit, que nous devons chercher ce point nodal s�il est n�cessaire � d�finir, et il est n�cessaire � d�finir parce qu�il est trouvable, vous allez le voir (p101->) ce point nodal, qui serait pour nous dans la position o� nous somme mis, 1e point tournant o� retrouver le lien du cogito.

          Ce n�est pas rien pourtant que 1�autre r�apparaisse par exemple dans telle sp�cu1ation pour autant qu�ici je l�invoque. Si j�en parle, c�est pour montrer que jusque dans les d�tails poursuivis, seule la rupture peut r�pondre � la recherche enti�rement trac�e.

          Comment ne pas s�apercevoir que cette pens�e qu�ici j�invoque, sans vouloir donner son label, pr�cis�ment pour bien marquer que ce dont il s�agit, que nous avons � trancher sur ce chemin de la pens�e, ne saurait d�aucune fa�on s�autoriser d�un label et moins du mien que de tout autre.

          Cette pens�e nous conduit quand il s�agit de la d�route du voyeur par exemple, cet accent mis, ce regard, cette pens�e qui le dirige pour la justifier vers sa surprise, celle du voyeur, par le regard d�un autre justement, d�un arrivant, d�un survenant pendant qu�il a l��il � la porte de sorte que ce regard est suffisamment �voqu� par le petit bruit annonciateur de cette venue. Quand tr�s pr�cis�ment ce dont il s�agit quant au statut de l�acte du voyeur, c�est bien en effet de quelque chose qu�il nous faut aussi nommer : le regard qu�il s�agit, mais qui est � chercher bien ailleurs, � savoir : justement dans ce que le voyeur veut voir, mais o� il m�conna�t qu�il s�agit de ce qui le regarde le plus intimement, de ce qui le fige dans sa fascination de voyeur au point de le faire lui-m�me aussi inerte qu�un tableau.

          Je ne reprendrai pas le trac� de ce que j�ai d�j� amplement d�velopp� mais l�errance radicale qui est la m�me que celle qui s�exprime dans cette formule : que l�enfer c�est notre image � jamais fix�e dans l�Autre. Ce qui est faux ! Si l�enfer est quelque part, c�est dans je, dans cette errance il n�y a nulle mauvaise foi � invoquer aussi excusante que la ruse chr�tienne apolog�tique de la bonne foi faite pour apprivoiser le narcissisme du p�cheur, il y a la voie juste, il y a la voie fausse, il n�y a pas de transition, les tr�buchements de la voie fausse n�ont aucune valeur, tant qu�ils ne sont pas analys�s et ils ne peuvent �tre analys�s qu�� partir d�un d�part radicalement diff�rent en l�occasion.

          Dans l�occasion l�admission � la base et aux principes de l�inconscient est la recherche de ce qui constitue comme tel, son statut.

          Ce qui suppl�e au d�faut de la verlibtheit, ne saurait d�aucune fa�on nous situer comme sa propre impossibilit�. C�est ailleurs qu�il nous en faut chercher la fonction si je puis dire que ce ne sera m�me pas la m�me fonction. Sur ce qu�il en est dans cette trace sur laquelle i1 a bien fallu, venant de quelque confusion o� il semble qu�il est n�cessaire presque, de se trouver impliqu� puisque j�ai pu entendre dans la bouche d�analystes qu�il y avait tout de m�me quelque chose � retenir dans le rapprochement que du dehors on essayait d�instaurer, de la survenue d�une certaine pens�e sur le fond suppos� d�une philosophie pr�tendue par elle, attaqu�e, voire subvertie. Il est surprenant que la possibilit� d�une telle r�f�rence (p102->) puisse �tre admise comme simple effet possible de ce qu�on appelle en l�occasion : ali�nation. J�ai entendu cette chose dans la bouche de quelqu�un qui ne fait certainement pas toujours erreur, � une date o� je n�avais pas assez fait retentir encore assez � ses oreilles, ce qu�il faut penser du terme : ali�nation.

          L�ali�nation n�a rien � faire avec ce qui r�sulte de d�formation, de parts dans tout ce qui est communication, m�me, je dirai de la fa�on la plus traditionnelle : c�est suffisamment �tabli, d�une pens�e qu�on appelle marxiste, il est clair que l�ali�nation dans ce marxisme n�a rien � faire, avec ce qui n�est � proprement parler que confusion. L�ali�nation marxiste d�ailleurs ne suppose absolument pas en soi, l�existence de l�Autre, el1e consiste simplement en ceci que je ne reconnais pas par exemple, mon travail dans cette chose qui n�a rien � faire avec l�opinion et qu�aucune persuasion sociologique ne modifiera en aucun cas, � savoir que mon travail il me revient et qu�il faut que je le paie d�un certain prix. C�est l� quelque chose qui ne se r�sout par aucune dialectique directe qui suppose le jeu de toutes sortes de cha�nons bien r�els, si l�on veut en modifier non pas la cha�ne ni le m�canisme qui est impossible � rompre mais 1es cons�quences les plus nocives, il en est de m�me concernant l�ali�nation, et c�est pourquoi l�important de ce que j��nonce ici concernant l�ali�nation prend son relief. Non pas de ce que tel ou tel reste plus ou moins sourd au sens de ce que j�articule, mais pr�cis�ment de ses effets sur ceux qui le comprennent parfaitement, � cette seule condition qu�ils y soient concern�s de fa�on premi�re.

C�est pourquoi, c�est au niveau des analystes que quelquefois sur ce que j��nonce de plus avanc�, je recueille les signes d�une angoisse qui peut aller jusqu�� l�impatience et que simplement la derni�re fois par exemple j�ai pu �noncer d�une fa�on comme lat�rale, faite pour donner son v�ritable �clairage � ce que je d�finissais comme la position du � je ne sais pas � en tant qu�elle est corr�lative de la fonction de l�inconscient et que j�articulais sur ce point la formule : comme la v�rit� de ce que l�amour ici me permet de formuler � savoir : � si tu n�es pas, je meurs �  dit l�amour, on conna�t ce cri et je le traduis : � tu n�es rien que ce que je suis �

          N�est-il pas �trange qu�une telle formule qui va certes, bien au del� lorsqu�elle trace l�ouverture � l�amour, pour ceci simplement : qu�elle y indique que la Verwerfung qu�elle constitue ne re1�ve pr�cis�ment que de ceci : que l�amour ne pense pas, mais qu�elle n�articule pas comme Freud le fait, lui, purement et simplement, que 1e fondement de l�amour, c�est le lust ich'', et qu�il n�est rien d�autre, et Freud affirmait ceci : que l�effet du narcissisme.

          Comment donc, � une formule dont il appara�t qu�elle est infiniment plus ouverte pour n�aller pas moins loin qu�� cette remarque impliqu�e dans un certain commandement, qui je pense ne vous est pas inconnu, que c�est au plus secret de toi-m�me que doit �tre recherch� le ressort de l�amour du prochain.

          (p103->) Comment une telle formule peut-elle, dans une oreille analytique, �voquer je ne sais quelle alarme comme si ce que j�avais prononc� 1� �tait d�pr�ciatif, et si, comme je l�ai entendu, je commettais quelque imprudence de l�ordre de celle-ci � des auditeurs de 25 ans, je me permette d�avancer un propos qui r�duirait l�amour � rien.

          Chose singuli�re, au niveau des 25 ans je n�ai � ma connaissance bien sur, il y en a quelques-uns qui viennent me faire dans la semaine qui suit, des confidences, des r�actions singuli�rement toniques. Si aust�re que soit la formule, elle a paru salutaire � beaucoup.

          Qu�est-ce qui conditionne donc l�inqui�tude d�un analyste, si ce n�est ceci, que j�ai marqu� sous cette formule avec le crochet qui d�place le rien d�un rien (cf l�re page). � Tu n�es que ce rien que je suis �. Il n�est pas moins vrai que 1a formule pr�c�dente pour autant qu�elle nous rapporte � la fonction cl� qui revient dans le statut de ce je du � je suis � ce � s � qui en fait en effet, toute la question et c�est l� ce sur quoi je veux aujourd�hui m�attarder encore un peu et dont on con�oit en effet qu�elle int�resse l�analyste en tant que seule dans 1�op�ration de 1�analyse, elle nous permet d�aller assez loin dans ce rapport de la pens�e � l��tre au niveau du je. Pour que ce soit elle qui introduise la notion de la castration, le � a � dans cette op�ration � �tre achev� d�une queue signifiante, le � a �  dans le chemin que trace l�analyste, c�est l�analyste. C�est parce que l�analyste a � occuper cette position du � a � qu�en effet pour lui, la formule qui fort l�gitimement soul�ve l�angoisse qui convient, si l�on se souvient de ce que j�ai formu1� de l�angoisse ; qu�elle n�est pas sans objet.

          Ceci indique qu�elle soit d�autant fond�e, qu�avec cet objet, celui qui est appel� par l�op�ration signifiante qu�est l�ana1yse se trouve � cette place suscit�e de s�int�resser, � tout le moins de savoir comment il l�assume, ce sont l� choses qui sont encore assez distantes de la consid�ration que nous pourrions en amener ici. Comment ne pas reconna�tre qu�il n�y a l� rien qui doive plus nous d�router que ce qui d�s longtemps avait �t� formul� par les voies de court-circuit aphoristique d�une sagesse perdue mais pas tout � fait sans �cho, sous la forme : reconnais-toi tu es ceci. Ce qui bien entendu, ne pouvait que rester opaque � partir d�un certain biais de la tradition philosophique.

          Si ceci ne peut �tre en effet identifi� au corr�lat de repr�sentation o� s�instaure dans cette tradition, le sujet, rien n�est plus vide que cette formule qui soit la repr�sentation : c�est l� quelque chose dont i1 est trop facile de dire qu�elle corrompt le d�veloppement moderne d�une pens�e sous le nom d�id�alisme et le statut de la repr�sentation comme telle est pour nous, � reprendre.

         Si l�analyse telle qu�elle nous est pr�sent�e a un sens, c�est qu�elle d�saxe compl�tement la fonction de la repr�sentation. Assur�ment nous avons � faire � mati�re morte, � l�endroit de laquelle nous n�avons plus aucun rapport (p104->) du je. Cette analyse est un jeu, un jeu fascinant en ceci : parce qu�il nous rappelle, vous pourrez trouver le t�moignage dans ce dernier volume, d�s les premi�res pages : � du miel aux cendres �  de Cl. L�vy Strauss, o� nous voyons s�articuler dans un certain nombre de mythes 1es rapports du miel con�u comme substance nourrici�re, pr�par� par d�autres que l�homme et en quelque sorte, devant la distinction de la nature et de la culture avec ce qui op�re au del� du cru et du cuit de la cuisine, � savoir : ce qui se r�duit en fum�e : le tabac.

          Nous trouvons sous la plume de son auteur quelque chose de singulier attach� � cette remarque, qui accroche dans certains textes m�di�vaux sur ceci qu�avant que le tabac ne nous arriv�t, sa place �tait en quelque sorte pr�te par cet oppos� de cendre qui �tait d�j� indiqu� par rapport au miel qu�en quelque sorte 1a chose miel depuis toujours attendait la chose tabac. Que vous suiviez ou non cette voie 1�ana1yse de Cl. L�vy-Strauss, n�est-elle pas faite pour nous sugg�rer ce que nous connaissons dans la pratique de l�inconscient et de pousser plus loin la critique de ce que Freud articule sous le terme de : Sachevostell�ng. Dans la perspective id�aliste on pense, apr�s tout pourquoi Freud ne l�aurait-il pas �crit, repr�sentation de choses en tant que ce sont les choses qui sont repr�sent�es, mais pourquoi r�pugnerions-nous � penser les rapports des choses comme supportant quelques repr�sentations qui appartiennent aux choses elles-m�mes, puisque les choses se font signes avec toute l�ambigu�t� que vous pouvez mettre dans ce terme. Se font signes entre elles, qu�elles peuvent s�appeler et s�entendre et s�ordonner comme ordre des choses. Que sans aucun doute c�est l�-dessus que nous jouons chaque fois que nous interpr�tons comme analystes nous faisons fonctionner quelque chose comme Bedeutung.

          Assur�ment, c�est le pi�ge, et ce n�est pas non plus travail analytique quelque amusant qu�en soit le jeu de retrouver dans l�inconscient le r�seau, la trame de l�ancien mythe, l�-dessus nous serons toujours servis. D�s lors qu�il s�agit de la Bedeutung nous retrouverons tout ce que nous voudrons comme structure de l��re mythique, c�est bien pour �a qu�au bout d�un certain temps le jeu a lass� les analystes, parce qu�ils se sont aper�us qu�il �tait trop facile ; le jeu n�est pas facile quand il s�agit de textes recueillis, attest�s de mythes existants.

          Ils ne sont pas justement, n�importe lesquels, mais au niveau de l�inconscient, du sujet dans l�analyse, le jeu est beaucoup p1us souple et pourquoi ?. Pr�cis�ment, parce qu�il est d�nou� qu�il vient se conjoindre � un � je ne suis pas � qui se manifeste assez, je l�ai dit la derni�re fois, dans ses formes qui font dans le r�ve omnipr�sent et jamais compl�tement identifiable la fonction du je.

          Mais autre chose est ce qui doit nous retenir, ce sont pr�cis�ment les trous dans ce jeu de la Bedeutung''.

          Comment n�a-t-on pas remarqu� ceci qui est pourtant d�une pr�sence aveuglante, c�est � savoir : le cot� de Bedeutung bouch� si je puis dire, sous lequel se manifeste tout ce qui attient � l�objet � a �.

          (p105->) Bien s�r, les analystes font tout pour le relier � quelque Fonction primordiale qu�ils s�imaginent avoir fond�e dans l�organisme comme par exemple quand il s�agit d�un objet de la pulsion orale, c�est pourquoi, aussi bien, ils iront tout � fait incorrectement � parler de bons ou de mauvais laits, alors qu�il ne s�agit de rien de tel, puisqu�il s�agit du sein.

          Il est impossible de faire le lien du lait � un objet �rotique, ce qui est essentiel au statut de l�objet � a �, alors que quand au sein, l�objection n�est pas la m�me. Mais ne voit qu�un sein, c�est quelque chose, y avez-vous pens�, qui n�est pas repr�sentable !

          Je ne pense pas, il y a ici une trop grande minorit�, pour qui un sein peut repr�senter un objet �rotique, �tes-vous capables, en termes de repr�sentations, de d�finir au nom de quoi ? Qu�est-ce que c�est qu�un beau sein ? Encore que le terme soit prononc�, je d�fis quiconque de donner un support quelconque � ce terme de beau sein. S�il y a quelque chose qui s�en constitue, il faudrait pour cela, comme un jour, un apprenti po�te qui n�est pas loin, a articul� � la fin d�un quatrain qu�il commis, ces mots : � le nuage �blouissant des seins �.

          I1 n�y a aucune autre fa�on de jouer de ce registre du nuageux en y ajoutant que1que chose de plus de l�ordre du reflet, � savoir, du moins saisissable par quoi il peut �tre possible de supporter le Vorstellung, ce qu�il en est de cet objet, qui n�a d�autre statut que ce que nous pouvons appeler avec toute l�opacit� de ces termes : un point de jouissance. Qu�est-ce que �a veut dire ?

          Je dirai que je vais essayer d�utiliser un peu (je ne sais comment j�arrive � les faire passer, qu�importe) ce que j�ai �crit en d�autres termes, tandis que je m�effor�ais de centrer pour vous le faire sentir, ce que j�appelle en l�occasion cette syncope de la Bedeutung, ce que c��tait, pour vous montrer que c�est �� le point que vient comb1er le signe d�o� soudain il m�est apparu et que ce qu�il y avait de plus propre � supporter ce r�le de 1�objet sein dans le fantasme en tant qu�il est vraiment support sp�cifique du je, de la pulsion orale, ce n�est rien d�autre que la formule que je vous ai ici servi cent fois pour imager le caract�re purement structural du sinn : colorless ideas green, (ces id�es sans couleur et vertes) sleep furiosly.

          Rien me semble-t-il ne peut l�exprimer d�une fa�on plus ad�quate, en l�occasion, le privil�ge de cet objet, rien ne l�exprime de fa�on plus ad�quate, c�est-�-dire po�tique : qu�ils dorment furieusement � l�occasion. Ce n�est pas de les r�vei11er, une petite affaire, c�est l� ce dont il s�agit quand il s�agit des seins.

          Ceci est fait pour nous mettre sur une trace, celle qui va nous rapprocher de la question laiss�e en suspens de ce qui peut nous permettre de suppl�er, � cette bevoustheit.

          (p106->)  Car, bien entendu, ce n�est rien d�autre que l�objet � a �. Seulement il faut savoir trouver o� il est. Ce n�est pas parce qu�on sait son nom � l�avance, qu�on le rencontre, d�ailleurs 1e rencontrer, ne signifie rien sinon quelque occasion d�amusement.

          Qu�est-ce que Freud vient pour nous � articuler au niveau du r�ve, nous serons frapp�s de ce qu�il l�che si je puis dire, pour indiquer un certain c�t� vigile du sujet pr�cis�ment dans le sommeil. S�il y a quelque chose qui caract�rise bien cette faute d�autre que je d�signe comme fondamentale de l�ali�nation. Si le je n�est rien plus que l�opacit� de la structure logique, si l�intransparence de la v�rit� de ce qui donne le style de la d�couverte freudienne, n�est-il pas �trange de lui voir dire que tel r�ve qui contredit sa th�orie du d�sir ne signifie l� rien d�autre que le d�sir de 1ui donner tort.

          N�est-ce pas suffisant � la fois pour montrer la justesse de cette formule que j�articule : que le d�sir c�est le d�sir de l�Autre , de montrer dans quel suspens le statut du d�sir est laiss�, si 1�Autre justement peut-�tre dit, n�existait pas.

          N�est-il pas encore plus remarquable de voir Freud, � la fin d�une des sections du VI�me chapitre sur lequel j�ai insist� la derni�re fois, pr�ciser que c�est d�une fa�on tr�s s�re que le r�veur s�arme et se d�fend de ceci : que ce qu�il r�ve n�est qu�un r�ve, � propos de quoi il va aussi loin que d�insister sur ceci : qu�il y ait une instance qui sait toujours qu�il dit qu�il sait, que le sujet dort et que cette instance, m�me si �a peut nous surprendre, n�est pas l�inconscient, c�est pr�cis�ment 1e pr�conscient qui repr�sente, nous dit-il en l'occasion, le d�sir de dormir.

         Ceci nous donnera � r�fl�chir sur ce qui se passe au r�veil, parce que si le d�sir de dormir se trouve par l�interm�diaire du sommeil si complice, avec la fonction du d�sir en tant que tel, en tant qu�elle s�oppose � la r�alit�, qu�est-ce qui nous garantit que sortant du sommeil, le sujet soit p1us d�fendu contre le d�sir en tant qu�il encadre ce qu�il appelle r�alit�.

          Le moment du r�veil n�est peut-�tre jamais qu�un court instant : celui o� on change de rideau. Mais laissons-l� cette premi�re mise en suspens sur laquelle je reviendrai et que j�ai pourtant aujourd�hui voulu toucher.

          Suivons Freud : r�ver qu�on r�ve doit �tre l�objet d�une fonction bien s�r pour que nous puissions dire qu�� tous les coups ceci d�signe l�approche imminente de la r�alit�.

         Que quelque chose puisse s�apercevoir qu�il se rambarde d�une fonction d�erreur pour ne pas rep�rer la r�alit�, est-ce que nous ne voyons pas qu�il y a l� une voie exactement contraire que l�assertion de ceci : qu�une id�e est transparente � e11e-m�me, 1a trace de quelque chose qui m�rite d��tre suivis ; pour (p107->) vous faire sentir comment l�entendre, il me semble que je ne peux pas mieux faire que d�aller gr�ce au chemin que m�ouvre une fable bien connue, d��tre tir�e d�un vieux texte chinois : de Tchouang-Tsou, dieu sait ce qu�on lui fait dire, nomm�ment � propos de ce r�ve bien connu, de ce qu�il aurait dit � propos d�avoir r�v� de s��tre r�v� lui-m�me �tre un papillon. Il aurait interrog� ses disciples sur 1e sujet de savoir comment on peut distinguer Tchouang-Tsou se r�vant papillon, papillon qui tout r�veill� qu�il se croit ne ferait que r�ver d��tre autre chose. Inutile de dire que ceci n�a absolument pas le sens qu�on donne d�habitude dans le texte de Tchouan-Tsou, les phrases qui suivent montrent assez de quoi il s�agit, et �a nous porte sur le th�me de la formation des �tres et de voies qui nous �chappent depuis longtemps dans une tr�s grande mesure, je veux dire quant � ce qu�il en �tait exactement pens� par ceux qui en ont laiss� les traces �crites.

          Ce r�ve, je veux me permettre de supposer qu�il a �t� inexactement rapport�.

          Tchouang-Tsou, quand il s�est r�v� papillon, s�est dit : ce n�est qu�un r�ve, ce qui est tout � fait conforme � sa mentalit�, il ne doute pas un instant de surmonter ce menu probl�me de son identit� qu�� �tre Tchouang Tsou. Il se dit : ce n�est qu�un r�ve, et c�est pr�cis�ment en quoi il manque la r�alit�, car en tant que quelque chose qui est le je de Tchouang Tsou repose dans ceci qui est si essentiel � toute condition du sujet : � savoir que l�objet est vu, il n�est rien qui nous permette de mieux surmonter ce qu�a de tra�tre ce monde de la fiction, en tant qu�il supporterait cette sorte de rassemblement de quelque fa�on que nous l�appelions : monde ou �tendue dont le sujet serait seul support et le seul mode d�existence. Ce qui fait la consistance de ce sujet en tant qu�il voit, c�est-�-dire, en tant qu�il n�a que la g�om�trie de la vision, en tant qu�il peut dire ceci � l�Autre : ceci est � droite, ceci est � gauche, ceci est en dedans ou en dehors, qu�est-ce qui lui permet de se situer comme je, sinon ceci que j�ai d�j� soulign� qu�il est tableau dans ce monde visible, que le papillon n�est rien d�autre que ce qui le d�signe lui-m�me comme tache, et comme ce qu�a d�originelle la tache dans le surgissement au niveau de l�organisme de quelque chose qui fera vision. C�est bien en tant que le je lui-m�me est tache sur fond, que ce dont il va interroger ce qu�il voit et ce qu�il ne peut retrouver et qui se d�robe, cette origine de regard, manifeste � �tre articul�e pour nous que la lumi�re du soleil pour inaugurer ce qui est de l�ordre du je dans la relation scoptophylique, est-ce que ce n�est pas l�, le � je r�ve seulement � et ce qui masque la r�alit� du regard en tant qu�elle est � d�couvrir.

          C�est en ce point que je voulais vous amener aujourd�hui concernant ce rappel de la fonction de l�objet � a � et sa corr�lation �troite au je. Pourtant, n�est-il pas vrai que quelque soit le lien que supporte, qu�indique comme l�encadrant 1e jeu de tous les fantasmes, nous ne pouvons pas encore saisir dans une multiplicit� au reste de ces objets � a � ce qui lui donne ce privil�ge dans le statut du je en tant qu�il se pose comme d�sir.

          (p108->) C�est bien ce que nous permettra de dessiner, d�inscrire d�une fa�on plus pr�cise, l�invocation de la r�p�tition. Si le sujet peut s�inscrire dans un certain rapport qui est rapport de perte par rapport � ce champ o� se dessine le trait dont il s�assure dans la r�p�tition, c�est que ce champ a une structure, disons ce que nous avons d�j� avanc� sous le terme de topologie, assurer d�une fa�on rigoureuse ce que veut dire l�objet � a � par rapport � une surface, nous n�avons d�j� approch� dans cette image de ce quelque chose qui se d�coupe dans certaines surfaces privil�gies de fa�on � laisser quelque chose tomber de cet objet de chute qui nous a retenus et que nous avons cru devoir imager dans un petit fragment de surface, c�est l� encore, repr�sentation grossi�re et inad�quate.

          Ni la notion de surface n�est � repousser ni la notion de l�effet du trait et de la coupure, ce n�est pas bien s�r, de la forme de tel lambeau, quelle que propice que nous paraisse cette image, va nous rapprocher de ce qui est usit� dans le discours analytique sous le terme d�objet partiel, qu�il nous faut nous contenter au regard de surfaces que nous avons d�finies, non pas comme quelque chose qui soit � consid�rer sous l�angle spatial, quelque chose pr�cis�ment o� chaque point t�moigne d�une structure qui ne peut en �tre exclue, je veux dire en chaque point, c�est pour autant que nous aurons � y articuler quelques effets de coupure, que nous conna�trons quelque chose � ces points �vanouissant que nous pouvons d�crire comme : objet � a �''.

 note : bien que relu, si vous d�couvrez des erreurs manifestes dans ce s�minaire, ou si vous souhaitez une pr�cision sur le texte, je vous remercie par avance de m'adresser un [mailto:gaogoa@free.fr �mail].
[#J.LACAN Haut de Page] (relu le 1 Novembre 2004)
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