Text/Jacques Lacan/OP09021972.htm

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J.LACAN                                 gaogoa

[OP19011972.htm <] [OP08031972.htm >]

XIX- ...Ou Pire    1971-1972
      
version rue CB                                       [#note note]

9 f�vrier 1972

(p51->)

File:Jetedemande.jpg

    Vous adorez les conf�rences. C�est pourquoi j�ai pri� hier soir, par un petit papier que je lui ai port� vers 10 heures 1/4, j�ai pri� mon ami Roman Jakobson dont j�esp�rais qu�il serait ici pr�sent, je l�ai pri� donc de vous faire la conf�rence qu�il ne vous a pas faite hier, puisqu�apr�s vous l�avoir annonc�e, je veux dire avoir �crit sur !e tableau noir quelque chose d��quivalent � ce que je viens de faire ici, il a cru devoir rester dans ce qu�il a appel� les g�n�ralit�s, pensant sans doute que c�est ce que vous pr�f�riez entendre, c�est-�-dire une conf�rence. Malheureusement � il me l�a t�l�phon� ce matin de bonne heure � il �tait pris � d�jeuner avec des linguistes, de sorte que vous n�aurez pas de conf�rence.

    Car, � la v�rit�, moi, je n�en fais pas. Comme je l�ai dit ailleurs tr�s s�rieusement, je m�amuse. Amusements s�rieux ou plaisants. Ailleurs, � savoir � Sainte-Anne, je me suis essay� aux amusements plaisants, �a se passe de commentaires. Et si j�ai dit � j�ai dit l�-bas � que c�est peut-�tre aussi un amusement, ici je dis que je me tiens dans le s�rieux, mais c�est quand m�me un amusement. J�ai mis �a en rapport ailleurs, au lieu de l�amusement plaisant, avec ce que j�ai appel� la " lettre d�a-mur ".

Ben, en voil� une, c�est typique : � Je te demande de me refuser ce que je t�offre � � ici, arr�t parce que j�esp�re qu�il n�y a pas besoin de rien ajouter pour que �a se comprenne, c�est tr�s pr�cis�ment �a, la " lettre d�a-mur �, la vraie � � de refuser ce que je t�offre � � on peut compl�ter pour ceux qui par hasard n�auraient jamais compris ce que c�est que la " lettre d�a-mur � � � de refuser ce que je t�offre parce que (p52->) �a n�est pas �a �. Vous voyez, j�ai gliss�. J�ai gliss� parce que, mon Dieu, c�est � vous que je parle, vous qui aimez les conf�rences. " �a n�est pas �a " : il y a d�ajout� : � n �. Quand le ne est ajout�, il n�y a pas besoin qu�il soit expl�tif pour que �a veuille dire quelque chose, � savoir la pr�sence de l��nonciateur, la vraie, la correcte. C�est justement parce que l��nonciateur ne serait pas l� que l��nonciation serait pleine et que �a devrait s��crire : " parce que : c�est pas �a �.

    J�ai dit qu�ici l�amusement �tait s�rieux, qu�est-ce que �a peut bien vouloir dire ? A la v�rit�, j�ai cherch�, je me suis renseign� comment �a se disait " s�rieux � dans diverses langues. Pour la fa�on dont je le con�ois, je n�ai pas trouv� mieux que la n�tre qui pr�te au jeu de mots. Je sais pas assez bien les autres pour avoir trouv� ce qui, dans les autres, en serait l��quivalent. Mais dans la n�tre, � s�rieux � comme je l�entends, c�est " s�riel ". Comme vous le savez d�j�, j�esp�re, un certain nombre d�entre vous, sans que j�ai eu a vous le dire, le principe du s�riel, c�est cette suite des nombres entiers qu�on a pas trouv� d�autres moyens de d�finir qu�� dire qu�une propri�t� y est transf�rable de N � N + 1 qui ne peut �tre que celle qui se transf�re de 0 � 1, le raisonnement par r�currence ou induction math�matique, dit-on encore.

    Seulement voil�, c�est bien le probl�me que j�ai essay� d�approcher dans mes derniers amusements : qu�est-ce qui peut bien se transf�rer de 0 � l ? C�est l� le coton ! C�est pourtant bien ce que je me suis donn� comme vis�e cette ann�e de serrer . . . ou pire. Je n�avancerai pas aujourd�hui dans cet intervalle, qui de prime abord est sans fond, de ce qui se transf�re de 0 � 1 ; mais ce qui est s�r et ce qui est clair, c�est qu�� prendre les choses 1 par l, il faut en avoir le c�ur net. Car quelque effort qu�on ait fait pour logiciser la suite de la s�rie des nombres entiers, on n�a pas trouv� mieux que d�en d�signer la propri�t� commune � c�est la seule � comme �tant celle de ce qui se transf�re de 0 � l.

    Dans l�intervalle, vous avez �t�, ceux de mon �cole, avis�s de ne pas manquer ce que Roman Jakobson devait vous apporter de lumi�re sur ce qu�il en est de l�analyse de la langue, ce qui � la v�rit� est fort utile pour savoir o� je porte maintenant la question. C�est pas parce que j�en suis parti, pour en venir � mes amusements pr�sents, que je dois m�y tenir pour li�. Et ce qui assur�ment m�a frapp�, entre autres, dans ce que vous a apport� Jakobson, c�est quelque chose qui concerne ce point d�histoire que ce n�est pas d�aujourd�hui que la langue, " lalangue ", c�est � l�ordre du jour. Il vous a parl� entre autres, d�un certain Boetius Dacus, fort important, a-t-il soulign�, parce qu�il a articul� des " suppositions " � je pense qu�au moins pour certains, �a fait �cho � ce que je dis depuis longtemps de ce qu�il en est du sujet, du sujet radicalement, ce que " suppose " le signifiant. Puis il vous a dit qu�il se trouvait que depuis un certain moment, ce Bo�ce, ce Bo�ce qui n�est pas celui que vous connaissez � celui-l� il a extrait les images du pass�, Dacus qu�il s�appelle, c�est-�-dire Danois, c�est pas le bon, c�est par celui qui est dans le dictionnaire Bouillet � il vous a dit qu�il avait disparu, comme �a arrive, pour une petite question de d�viationnisme. En fait, il a �t� accus� d�averro�sme et, dans ce temps-l�, on ne peut pas dire que �a ne pardonnait  (p53->) pas, mais �a pouvait ne pas pardonner quand on avait l�attention attir�e par quelque chose qui avait l�air un peu solide comme, par exemple, de parler des " suppositions ".

    De sorte qu�il n�est point tout � fait exact que les deux choses soient sans rapport et c�est ce qui me frappe. Ce qui me frappe, c�est que, pendant des si�cles, quand on touchait � " lalangue ", il fallait faire attention. Il y a une lettre qui n�appara�t que tout � fait en marge dans la composition phon�tique, c�est celle-l�, qui se prononce " hache " : H en fran�ais. Ne touchez pas � la Hache, c�est ce qui �tait prudent pendant des si�cles quand on touchait � la langue. Parce qu�il s�est trouv� que pendant des si�cles, quand on touchait � la langue, eh bien, dans le public, �a faisait de l�effet, un autre effet que l�amusement.

    Une des questions qu�il ne serait pas mal que nous entrevoyions comme �a tout � fait � la fin, encore que, l� o� je m�amuse d�une fa�on plaisante, j�en ai donn�, sous la forme de ce fameux mur, l�indication, il serait peut-�tre pas mal que nous entrevoyions pourquoi maintenant l�analyse linguistique, �a fait partie de la recherche scientifique. Qu�est-ce que �a peut bien vouloir dire ? La d�finition � l� je me laisse un peu entra�ner � la d�finition de la recherche scientifique, c�est tr�s exactement ceci � il n�y a pas loin à chercher � c�est une recherche bien nomm�e en ceci que c�est pas de trouver qu�il est question, en tout cas rien qui d�range justement ce dont je parlais tout � 1�heure, � savoir le public.

    J�ai re�u r�cemment d�une contr�e lointaine � je ne voudrais faire � quiconque aucun ennui, je vous dirai donc pas d�o� � une question de recherche scientifique, c��tait un � comit� de recherche scientifique sur les armes �, textuel ! Quelqu�un qui ne m�est pas inconnu � c�est bien pour �a qu�on me consultait sur ce qu�il en �tait de lui � se proposait pour faire une recherche sur la peur. Il �tait question de lui donner un cr�dit qui, traduit en francs fran�ais, devait tout doucement d�passer son demi-million d�anciens francs, moyennant quoi il passerait � c��tait �crit dans le texte ; le texte lui-m�me, je peux pas vous le donner, mais je l�ai � il �tait question qu�il passe à Paris 3 jours, à Antibes 28, � Douarnenez 19 ; � San Mantano qui, je crois � Antonella, tu es là ? San Mantano, �a doit �tre une plage assez agr�able, non ? ou je me trompe ? Non, tu ne sais pas ? c�est peut-�tre � c�t� de Florence, enfin on ne sait pas � � San Mantano 15 jours, et ensuite � Paris 3 jours.

    Gr�ce a une de mes �l�ves j�ai pu r�sumer mon appr�ciation en ces termes : � I bowled over with admiration �. Puis j�ai mis une grande croix sur tout le d�tail des appr�ciations qu�on me demandait sur la qualit� scientifique du programme, ses r�sonances sociales et pratiques, la comp�tence de l�int�ress� et ce qui s�ensuit. Cette histoire n�a qu�un int�r�t m�diocre, mais elle commente ce que j�indiquais, �a ne va pas au fond de la recherche scientifique. Mais il y a quelque chose quand m�me que �a d�note � et c�est peut-�tre le seul int�r�t de l�affaire �, c�est que j�avais d�abord propos� comme �a au t�l�phone, � la personne qui, Dieu merci, m�a corrig� : � I bowled over � � vous ne savez pas naturellement ce que �a veut dire, je ne le savais pas non plus � � Bowl, B.o.w.l. �, c�est la boule, je suis donc boul�, je suis comme un jeu de quilles tout entier (p54->) quand une bonne boule le bascule. Vous m�en croirez, si vous voulez, ce que j�avais propos� au t�l�phone, moi qui ne connaissais pas l�expression " I bowled over ", c��tait moi " I�m blowed over " : je suis souffl�. Mais c�est naturellement compl�tement incorrect, car � blow � qui veut en effet dire souffler � c�est ce que j�avais retrouv� � " blow ", ça fait " blown " �a ne fait pas � blowed �. Donc si j�ai dit � blowed �, est-ce que �a n�est parce que sans le savoir, je le savais que c��tait " bowled over " !

    L� nous rentrons dans le 1apsus, c�est-�-dire dans les choses s�rieuses. Mais en m�me temps, c�est fait pour nous indiquer que, comme Platon l�avait d�j� entrevu dans le � Cratyle �, que le signifiant soit arbitraire, c�est pas si s�r que �a. Puisqu�apr�s tout, " bowl " et � blow �, hein, c�est pas pour rien que c�est si voisin, puisque c�est justement comme �a que je l�ai manqu� d�un poil, le � bowl �. Je sais pas comment vous qualifierez cet amusement, mais je le trouve s�rieux.

    Moyennant quoi, nous revenons a l�analyse linguistique dont certainement, au nom de la recherche, vous entendrez de plus en plus parler. C�est difficile d�y mener son chemin l� o� le clivage en vaut la peine.

    On apprend des choses, par exemple, qu�il y a des parties du discours, je m�en suis gard� comme de la peste, je veux dire de m�y appesantir, pour ne pas vous engluer. Mais enfin, comme certainement la recherche va se faire entendre � comme elle se fait entendre ailleurs � je vais parler du verbe. On vous �nonce que le verbe exprime toutes sortes de choses et il est difficile de se d�p�trer entre l�action et son contraire. Il y a le verbe intransitif qui manifestement ici fait un obstacle, l�intransitif devient alors tr�s difficile � classer. Pour nous en tenir � ce qu�il y a de plus accentu� dans cette d�finition, on vous parlera d�une relation binaire pour ce qu�il en est du verbe type o�, il faut bien le dire, le m�me sens de verbe ne se classe pas de la m�me fa�on dans toutes les langues. Il y a des langues o� l�on dit " l�homme bat le chien ". Il y a des langues o� l�on dit " il y a du battre le chien par l�homme ". Ce n�est pas essentiel, la relation est toujours binaire.

    Il y a des langues o� on dit " l�homme aime le chien ". Est-ce que c�est toujours aussi binaire quand, dans cette langue, � car l�, il y a des diff�rences � on s�exprime de la fa�on suivante : " l�homme aime au chien ", pour dire non pas qu�il le � like �, qu�il aime �a comme un bibelot, mais qu�il a de l�amour pour son chien. � Aimer à quelqu�un �, moi, �a m�a toujours ravi. Je veux dire que je regrette de parler une langue o� on dit � j�aime une femme �, comme on dit " je la bats ". � Aimer � une femme �, �a me semblerait plus congru, c�est m�me au point qu�un jour, je me suis aper�u � puisque nous sommes dans le lapsus, continuons � que j��crivais : " tu ne sauras jamais combien je t�ai aim� ". J�ai pas mis de e � la fin, ce qui est un lapsus, une faute d�orthographe, si vous voulez, incontestablement, mais c�est en y r�fl�chissant justement que je me suis dit que si j��crivais �a comme �a, c�est parce que je devais sentir � j�aime � toi �. Mais enfin, c�est personnel.

    Quoi qu�il en soit, on distingue avec soin de ces premiers verbes ceux qui se d�finissent par une relation ternaire : � je te donne quelque (p55->) chose �. �a peut aller de la nasarde au bibelot, mais enfin l� il y a trois termes. Vous avez pu remarquer que j�ai toujours employ� le " je te " comme �l�ment de la relation.

    C�est d�j� vous entra�ner dans le sens qui est bien celui ou je vous conduis, puisque l�, vous le voyez, il y a du ; " je te demande de me refuser ce que je t�offre ". Ça va de soi parce qu�on peut dire " l�homme donne au chien une petite caresse sur le front ".

    Cette distinction de la relation ternaire avec la re1ation binaire est tout � fait essentielle. Elle est essentielle en ceci : c�est que quand on vous sch�matise la fonction de la parole on vous parle " petit d ", " grand D ", du destinateur et du Destinataire, � quoi on ajoute la relation que, dans le sch�ma courant, on identifie au message. Et certes on souligne que le destinataire doit poss�der le code pour que �a marche. S�il le poss�de pas, il aura � le conqu�rir, il aura � d�chiffrer.

    Est-ce que cette fa�on d��crire est satisfaisante ? Je pr�tends, je pr�tends que 1a relation, s�il y en a une � mais vous savez que la chose peut �tre mise en question � s�il y en a une qui se passe par la parole, implique que soit inscrite la fonction ternaire, � savoir que le message

� � � � � � � � � � � � � � � � �


soit distingu� l�

 dD
                            

et qu�il n�en reste pas moins que, y ayant un destinateur, un destinataire et un message, ce qui s��nonce dans un verbe est distinct, c�est � savoir que le fait qu�il s�agisse d�une demande, du D qui est l�, m�rite d��tre isol�. Pour grouper les trois �l�ments, c�est justement en �a que c�est �vident, et seulement �vident quand j�emploie � je � et � te �, quand j�emploie " tu " et " me ", c�est que ce " je " et ce " te ", ce " tu ", ce " me ", ils sont pr�cis�ment sp�cifi�s de l��nonc� de la parole. Il ne peut y avoir ici aucune esp�ce d�ambigu�t�.

    Autrement dit, il n�y a pas que ce qu�on appelle vaguement le code, comme s�il n��tait l� qu�en un point ; la grammaire fait partie du code, � savoir cette structure t�tradique que je viens de marquer comme �tant essentielle � ce qui se dit. Quand vous tracez votre sch�ma objectif de la communication, �metteur, message et � l�autre bout, le destinataire, ce sch�ma objectif est moins complet que la grammaire, laquelle fait partie du code. C�est bien en quoi il �tait important que Jakobson vous ait produit cette g�n�ralit� que la grammaire, elle aussi, fait partie de la signification et que ce n�est pas pour rien qu�elle est employ�e dans la po�sie.

    Ceci est essentiel, je veux dire de pr�ciser le statut du verbe, parce que bient�t �a vous d�cantera les substantifs selon qu�ils ont plus ou moins de poids. Il y a des substantifs lourds, si je puis dire, qu�on appelle concrets, comme s�il y avait autre chose comme substantifs que des substituts ! Mais enfin il faut de la substance, alors que je crois urgent de marquer d�abord que nous n�avons � faire qu�� des sujets. Mais laissons l� les choses pour l�instant. (p56->) Une critique, qui curieusement ne nous vient que r�fl�chie de la tentative de logiciser la math�matique, se formule en ceci, en ceci o� vous reconna�trez la port�e de ce que j�avance, c�est que, � prendre la proposition comme fonction propositionnelle, nous aurons à marquer la fonction du verbe, et non pas de ce qu�on en fait, � savoir fonction de pr�dicat. La fonction du verbe, prenons ici le verbe " demander ", je te demande, F, j�ouvre la parenth�se : x, y, c�est � je � et � te � .

                    F (x, y

qu�est-ce que je te demande ? � De refuser �, autre verbe. Ce qui veut dire qu�� la place de ce qui pourrait �tre ici la petite caresse sur la t�te du chien, c�est-�-dire z, vous avez par exemple f et de nouveau x, y :

                    F (x, y, f (x, y

Et l�, est-ce que vous �tes forc�s de terminer, c�est-�-dire d�y mettre ici z ? �a n�est nullement n�cessaire, car vous pouvez avoir tr�s bien par exemple je mets un File:Petitphi.jpg� ne le mettons pas File:PHI.jpg parce que tout � l�heure �a fera des confusions � je mets un petit File:Petitphi.jpg, File:Petitphi.jpg et encore x, y, " ce que je t�offre ", moyennant quoi nous avons � fermer trois parenth�ses :

                    F (x, y, f (x, y, File:Petitphi.jpg (x, y)))

    Ce � quoi je vous conduis est ceci de savoir, non pas � vous allez le voir � comment surgit le sens, mais comment c�est d�un n�ud de sens que surgit l�objet, l�objet lui-m�me et, pour le nommer, puisque je l�ai nomm� comme j�ai pu, l�objet (a).

    Je sais qu�il est tr�s captivant de lire Wittgenstein. Wittgenstein, pendant toute sa vie, avec un asc�tisme admirable, a �nonc� ceci que je concentre : ce qui ne peut pas se dire, eh bien, n'en parlons pas. Moyennant quoi, il pouvait dire presque rien, � tout instant, il descendait du trottoir et il �tait dans le ruisseau, c�est-�-dire qu�il remontait sur le trottoir, le trottoir d�fini par cette exigence. Ce n�est assur�ment pas parce qu�en somme mon ami Koj�ve a express�ment formul� la m�me r�gle � Dieu sait que, lui, ne l�observait pas � mais ce n�est pas parce qu�il l�a formul�e que je me croirais oblig� d�en rester � la d�monstration, � la vivante d�monstration qu�en a donn�e Wittgenstein.

    C�est tr�s pr�cis�ment, me semble-t-il, de ce dont on ne peut pas parler qu�il s�agit quand je d�signe du � c�est pas �a � ce qui seul motiva une demande telle que de � refuser ce que je t�offre �. Et pourtant s�il y a quelque chose qui peut �tre sensible � tout le monde, c�est bien ce " c�est pas �a " : nous y sommes � chaque instant de notre existence. Mais alors, t�chons de voir ce que �a veut dire, car ce " c�est pas " �, nous pouvons le laisser à sa place, � sa place dominante, moyennant quoi �videmment nous n�en verrons jamais le bout.

    Mais au lieu de le couper, tachons de le mettre dans l��nonc� lui-m�me. C�est pas �a, quoi ? Mettons-le de la fa�on la plus simple, ici le " je ", ici le " te ", ici " je te demande " (D) " de me refuser " (R) " ce que je t�offre " (O) et puis l�, il y a de la perte (�)  

(p57->)

    Mais si c�est pas ce que je t�offre, si c�est parce que c�est pas �a que je te demande de refuser, c�est pas ce que je t�offre que tu refuses, alors j�ai pas � te le demander. Et voil� qu�ici aussi �a se coupe (en R),

 
File:Echnumer.jpg

moyennant quoi si j�ai pas � te demander de le refuser, pourquoi est-ce que je te le demande ? Ça se coupe aussi ici (en D).  

File:Echalpha.jpg

    Moyennant quoi pour reprendre dans un sch�ma plus correct, o� le " je " et le " te " sont ici, la " Demande " ici, le � Refuser � ici, et l� " Offre " ici,

File:Tetraede.jpg

� savoir une premi�re t�trade qui est celle-ci : je te demande de refuser ; une seconde : refuser ce que je t�offre ; peut-�tre ce qui ne nous �tonnera pas, nous pouvons voir dans la distance qu�il y a des deux p�les distincts de la Demande et l�offre, que c�est peut-�tre l� qu�est le � c�est pas �a �.

    Mais comme je viens de vous l�expliquer, si nous devons ici dire que c�est l�espace qu�il y a, qu�il peut y avoir entre ce que j�ai à te demander et ce que je veux t�offrir, � partir de ce moment-l�, il est �galement impossible de soutenir la re1ation de la Demande au Refuser, et du Refuser � l�Offre.

    Est-ce que j�ai besoin de commenter dans le d�tail ? �a ne sera peut-�tre quand m�me pas inutile. Pour la raison de ceci d�abord : vous pouvez vous demander comment �a se fait qu�apr�s tout de tout �a, je vous donne un sch�ma spatial. C�est pas de l�espace qu�il s�agit, c�est de l�espace pour autant que nous y projetons nos sch�mas objectifs. Et �a nous en (p58->) indique d�j� assez, � savoir que nos sch�mas objectifs commandent peut-�tre quelque chose de notre notion de l�espace, je dirais encore avant que �a soit command� par nos perceptions. Je sais bien que nous sommes enclins à croire que c�est nos perceptions qui nous donnent les trois dimensions. Il y a un nomm� Poincar� qui n�est pas sans vous �tre connu, qui a fait pour le d�montrer une tr�s jolie tentative. N�anmoins ce rappel du pr�alable de nos sch�mas objectifs ne sera peut-�tre pas inutile pour appr�cier plus exactement la port�e de sa d�monstration.

    Ce que je veux, ce sur quoi je veux plut�t insister, ce n�est pas seulement ce rebondissement du " c�est pas �a que je t�offre " au " c�est pas �a que tu peux refuser ", ni m�me au " c�est pas �a que je te demande ". C�est ceci, c�est que ce qui n�est pas �a, �a n�est peut-�tre pas du tout ce que je t�offre et que nous prenons mal les choses � partir de !�. C�est " que je t�offre ", car qu�est-ce que �a veut dire, " que je t�offre " ? Ca ne veut pas dire du tout que je donne, comme il suffit d�y r�fl�chir. Ca veut pas dire non plus que tu prennes, ce qui donnerait un sens � " Refuser ". Quand j�offre quelque chose, c�est dans l�espoir que tu me rendes. Et c�est bien pour �a que le potlatch existe. Le potlatch, c�est ce qui noie, c�est ce qui d�borde l�impossible qu�il y a dans l�offre, l�impossible que ce soit un don. C�est bien pour �a que le potlatch, dans notre discours, nous est devenu compl�tement �tranger, ce qui ne rend pas �tonnant que dans notre nostalgie nous en faisions ce que supporte l�impossible, � savoir le R�el, mais justement le R�el comme impossible.

    Si ce n�est plus dans le � ce que � de ce que je t�offre que r�side le � c�est pas �a �, alors observons ce qui proc�de de !a mise en question de l�offrir comme tel. Si c�est, non � ce que je t�offre �, mais � que je t�offre � que je te demande de refuser, �tons l�offre � ce fameux substantif verbal qui serait un moindre substantif, c�est pourtant bien quelque chose � �tons l�offre et nous voyons que la Demande et le Refus perdent tout sens. Parce que qu�est-ce que �a peut bien vouloir dire de demander de refuser ?

    Il vous suffira d�un tout petit peu d�exercice pour vous apercevoir qu�il en est strictement de m�me si vous retirez de ce n�ud, � je te demande de refuser ce que je t�offre �, n�importe lequel des autres verbes. Car si vous retirez le refus, qu�est-ce que peut vouloir dire l�offre d�une demande et, comme je vous l�ai dit, il est de la nature de l�offre que, si vous retirez la demande, refuser ne signifie plus rien. C�est bien pourquoi la question qui pour nous se pose n�est pas de savoir ce qu�il en est du � c�est pas �a � qui serait en jeu a chacun de ces niveaux verbaux, mais de nous apercevoir que c�est à d�nouer chacun de ces verbes de son n�ud avec les deux autres que nous pouvons trouver ce qu�il en est de cet effet de sens en tant que je l�appelle l�objet a.

    Chose �trange, tandis qu�avec ma g�om�trie de la t�trade je m�interrogeais hier soir sur la fa�on dont je vous pr�senterais cela aujourd�hui, il m�est arriv�, d�nant avec une charmante personne qui �coute les cours de M. Guilbaut, que, comme une bague au doigt, me soit donn� quelque chose que je vais maintenant, que je veux vous montrer quelque chose (p59->) qui n�est rien de moins, para�t-il � je l�ai appris hier soir � que les armoiries des Borrom�e.  

    Il y faut un peu de soin, c�est pour �a que je m�y mets. Et voil�. Vous pouvez refaire la chose avec les ficelles. Si vous copiez bien �a soigneusement � je n�ai pas fait de faute � vous vous apercevrez de ceci : c�est que � faites bien attention � celui-l�, le troisi�me l�, ne le voyez plus, vous pouvez faire un effort comme �a, c�est accessible, vous ne voyez plus. Vous pouvez remarquer que les deux autres, vous voyez, celui-l� passe au-dessus de celui de gauche et il passe au-dessus aussi l�, donc ils sont s�par�s. Seulement � cause du troisi�me, ils tiennent ensemble. Ca, vous pouvez faire l�essai, si vous n�avez pas d�imagination, il faut faire l�essai avec trois petits bouts de ficelle. Vous verrez qu�ils tiennent, mais il n�y a rien à faire ! Il suffit donc que vous en coupiez un pour que les deux autres, encore qu�ils aient l�air nou�s tout � fait comme dans le cas de ce que vous connaissez bien, à savoir des trois anneaux des Jeux Olympiques, n�est-ce pas, qui, eux, continuent de tenir quand il y en a un qui a foutu le camp. Eh bien, ceux-l�, c�est fini !

    C�est quelque chose qui a tout de m�me de l�int�r�t, puisqu�il faut se souvenir que quand j�ai parl� de cha�ne signifiante, j�ai toujours impliqu� cette concat�nation.

    Ce qui est tr�s curieux � c�est ce qui va nous permettre aussi de retourner au verbe binaire � c�est que les binaires, on ne semble pas s��tre aper�u qu�ils ont un statut sp�cial tr�s en rapport avec l�objet a. Si au lieu de prendre l�homme et le chien, ces deux pauvres animaux, comme exemple, on avait pris le " je " et le " te ", on se serait aper�u que le plus typique d�un verbe binaire, c�est par exemple � je t�emmerde �. Ou bien � je te regarde �, ou bien � je te parle �, ou bien " je te bouffe ". C�est les quatre esp�ces comme �a, les quatre esp�ces qui n�ont pr�cis�ment d�int�r�t que dans 1eur analogie grammaticale, � savoir d��tre grammaticalement �quivalentes.

    Et alors, est-ce que nous n�avons pas l�, en r�duit, en minuscule, ce quelque chose qui nous permet d�illustrer cette v�rit� fondamentale que tout discours ne tient son sens que d�un autre discours. Assur�ment la Demande ne suffit pas � constituer un discours, mais elle en a la structure fondamentale qui est d��tre, comme je me suis exprim�, un quadripode. J�ai soulign� qu�une t�trade est essentielle � la repr�senter de m�me qu�un quaternion de lettres, F, x, y, z, est indispensable.

    Mais Demande, Refus et Offre, il est clair que, dans ce n�ud que j�ai avanc� aujourd�hui devant vous, ils ne prennent leur sens que chacun (p60->) l�un de l�autre, mais ce qui r�sulte de ce n�ud tel que j�ai essay� de le d�nouer pour vous, ou plut�t � prendre l��preuve de son d�nouement, de vous dire, de vous montrer que ça ne tient jamais à deux tout seul, que c�est l� le fondement, la racine, de ce qu�il en est de l�objet a.

    Qu�est-ce � dire, c�est que je vous en ai donn� le n�ud minimum, mais vous pourriez en ajouter d�autres. Parce que ce n�est pas �a, quoi ? Que je d�sire, et qui ne sait que le propre de la Demande, c�est tr�s pr�cis�ment de ne pouvoir situer ce qu�il en est de l�objet du d�sir. Avec ce d�sir, ce que je t�offre, ce que je t�offre, qui n�est pas ce que tu d�sires, nous bouclerions ais�ment la chose avec ce que tu d�sires que je te demande. Et la lettre d�a-mur s��tendra ainsi ind�finiment.

    Mais qui ne voit le caract�re fondamental, pour le discours analytique, d�une telle concat�nation ? J�ai dit autrefois � il y a tr�s longtemps, et il y a des gens encore qui s�en bercent � qu�une analyse ne finit que quand quelqu�un peut dire, non pas " je te parle �, ni � je parle de moi � mais " c�est de moi que je te parle ", c��tait une premi�re esquisse. Est-ce qu�il n�est pas clair que ce dont se fonde le discours de l�analysant, c�est justement �a : " je te demande de me refuser ce que je t�offre, parce que ce n�est pas �a ". C�est l� la demande fondamentale et c�est celle qu�� n�gliger, l�analyste fait toujours plus pr�gnante. J�ai ironis� en un temps : " avec de l�offre, il fait de la demande ". Mais la demande qu�il satisfait, c�est la reconnaissance de ceci de fondamental que ce qui se demande, c�est pas �a.


note: bien que relu, si vous d�couvrez des erreurs manifestes dans ce s�minaire, ou si vous souhaitez une pr�cision sur le texte, je vous remercie par avance de m'adresser un email. [#J.LACAN Haut de Page] relu 18 juillet 2005