Text/Jacques Lacan/OP14061972.htm

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J.LACAN                                 gaogoa

[OP17051972.htm <] [OP21061972.htm >]

s�minaire XIX - ...Ou pire   -1971-1972
           
version rue CB

14 juin 1972                                [#note note]

texte de 18 pages

    (p119->) Bon, alors je suppose que pour ce qui r�sulte du mixage... (probl�mes du micro...) On n�entend rien. Est-ce que vous entendez comme �a ?

    Alors, mettez-y du votre, puisque �a semble, comme la derni�re fois, marcher assez mal. Est-ce que, cette fois-ci j�arrive � me faire entendre . Un peu plus ? Je vais faire de mon mieux. Venez donc un peu plus pr�s. On ne sait pas, ça peut servir � quelque chose tout � l�heure.

    Alors en tenant compte de ce que j�appelais tout à l�heure le mixage, les communications qui ont pu se faire entre mon public d�ici et celui de Sainte-Anne � je suppose que maintenant, ils se sont unifi�s, c�est le cas de le dire � vous avez pu voir que nous sommes pass�s de ce que j�ai appel�, un jour ici, d�un pr�dicat form� � votre usage, nomm�ment l�UNIEN, nous sommes pass�s, la derni�re fois, � Sainte-Anne, au terme d�une autre facture qui se fonderait du terme, de la forme UNIER. Ce dont je vous ai parl�, ce que j�ai avanc� la derni�re fois � Sainte-Anne, c�est le pivot qui se prend dans cet ordre qui se fonde � mettez " fonde ", fondez-le, que ce soit du fond� fondu ! � je dis donc cet UNIER qui se fonde � et je vous priais que ce � fond� � soit... il ne vous paraisse pas trop fondamental, ce que j�appelais le � laisser dans le fondu � � cet UNIER qui se fonde, il y en a un, il en existe un qui dit que non. Ce n�est pas tout � fait pareil que de nier. Mais cette forgerie du terme U-N-I-E-R comme un verbe qui se conjugue et d�o� nous pourrions avancer qu�en somme, pour ce qu�il en est de la fonction repr�sent�e dans l�analyse par le mythe du p�re (P-E-R-E), il unie (U-N-I-E), c�est �a, pour ceux qui ont pu r�ussir � entendre, � travers les p�tards, le point sur lequel j�aimerais justement aujourd�hui vous permettre disons d�accommoder.

    Le p�re UNIE donc. Dans le mythe, il a ce corr�lat des � toutes �, toutes les femmes. C�est l�, si l�on suit mes inscriptions quantiques (q-u-a-n-t-i-q-u-e-s) qu�il y a lieu d�introduire une modification : ils les UNIE certes, mais " pas toutes " justement. Ici se touche � la fois tout ce qui n�est pas de mon cru � dire, � savoir la parent� de la logique et du mythe. Ce manque seulement que l�une puisse corriger l�autre. Ça, c�est du travail qui reste devant nous. Pour l�instant, je rappelle que, avec ce que je me suis permis d�approximation du p�re, avec ce que j�ai inscrit de l��-pater, vous voyez que la voie qui conjoint � l�occasion le mythe avec la d�rision ne nous est pas �trang�re. Ca ne touche en rien au statut fondamental des structures int�ress�es.

    C�est amusant enfin qu�il y a des gens qui d�couvrent sur le tard ce dont je peux bien dire, de ma place, que c�est un peu g�n�ral pour l�instant, toute cette effervescence, cette turbulence qui se produit autour de termes comme le signifiant, le signe, la signification, la s�miotique, tout ce qui occupe pour l�instant le devant de la sc�ne, c�est curieux, les singuliers retards qui s�y montrent. Il y a une tr�s bonne petite revue, enfin pas plus mauvaise qu�une autre, dans laquelle je vois surgir comme �a sous le titre de � l�Atelier d��criture un article, mon Dieu, pas plus (p120->) mauvais qu�un autre, qui s�appelle � l�Agonie du signe �. C�est toujours tr�s touchant, l�agonie. Agonie veut dire lutte, mais aussi agonie veut dire qu�on est en train de tourner de l��il, alors l�agonie du signe, �a fait tr�s path�tique. J�eusse pr�f�r� que ce ne f�t pas au path�tique que tout cela tourn�t ! �a part d�une invention charmante de la possibilit� de forger un nouveau signifiant qui serait celui de fourmi... Fourmidable. En effet, c�est � fourmidable �, tout cet article ! Et on commence par poser la question de : quel peut bien �tre le statut de " fourmidable " ?

    Mais, j�aime bien �a, d�autant plus que c�est quelqu�un qui quand m�me est tr�s averti depuis longtemps d�un certain nombre de choses que j�avance et qui, pour en somme au d�but de cet article se croire oblig� de faire l�innocent, � savoir d�h�siter, � propos de " fourmidable ", � le ranger, soit dans la m�taphore, soit dans la m�tonymie, et dire qu�il y a quelque chose qui est n�glig� dans la th�orie jakobsonnienne, c�est celle qui consisterait à emboutir des mots les uns apr�s les autres, mais il y a longtemps que j�ai expliqu� �a ! J�ai �crit l�Instance de la lettre expr�s pour �a : S sur s, avec le r�sultat 1 parenth�se effet de signification, c�est le d�placement, c�est la condensation, c�est tr�s exactement la voie par o� en effet on peut cr�er � ce qui est quand m�me un petit peu plus amusant et utile que fourmidable � � on peut cr�er UNIER. Et puis �a sert � quelque chose, ça sert � vous expliquer, par une autre voie, ce que j�ai tout � fait renoncer à aborder par celle des Noms du P�re. J�y ai renonc� parce qu�on m�en a emp�ch� à un moment, et puis que c��tait justement les gens � qui �a aurait pu rendre service qui m�en ont emp�ch�. Ça aurait pu leur rendre service dans leur intimit� personnelle, c�est des gens particuli�rement impliqu�s du c�t� du Nom du P�re ; il  y a une clique tr�s sp�ciale dans le monde qu�on peut �pingler d�une tradition religieuse, c�est eux que �a aurait a�r�s, et je ne vois pas pourquoi je me d�vouerais sp�cialement � ceux-l�.

    Alors j�explique l�histoire de ce que Freud a abord� comme il a pu, justement pour �viter sa propre histoire : � al�shaddai en particulier � c�est le nom dont il se d�signe, celui dont le nom ne se dit pas � il s�est report� sur l�OEdipe, il a fait quelque chose, il a fait quelque chose de tr�s propre, en somme, d�un peu aseptique. Il l�a pas pouss� plus loin. Mais c�est bien l�, ce dont il s�agit : c�est qu�on laisse passer les occasions de reprendre ce qui le dirigeait et ce qui devrait faire que maintenant le psychanalyste soit à sa place dans son discours.

    Sa chance est pass�e, bien s�r, je l�ai d�j� dit, de sorte que dans l�avion l�, qui me ramenait l� de je ne sais o�, qui me ramenait de Milan d�o� je reviens hier soir,... j�ai apport� le truc, c�est vraiment tr�s bien. C�est dans l�avion, dans un truc qui s�appelle Atlas et qui est distribu� � tous les voyageurs par la compagnie Air France, il y a un tr�s joli petit article. Heureusement que je ne l�ai pas, puisque je l�ai oubli� chez moi, heureusement parce que �a m�aurait entra�n� � vous en lire des passages, et il n�y a rien d�ennuyeux comme d�entendre lire. Il n�y a rien d�ennuyeux comme �a. Enfin, il y a des psychologues, et des psychologues de la plus haute vol�e, qui s�emploient aux Am�riques � faire des enqu�tes sur les r�ves, parce que les r�ves, on les prend en qu�te, en enqu�te, et on s�aper�oit enfin que... c�est tr�s rare, les r�ves sexuels ! Ils r�vent de tout, ces gens-l�, ils r�vent de sport, ils r�vent de tas de blagues, ils r�vent (p121->) de chutes, enfin, il n�y a pas une majorit� �crasante de r�ves sexuels. D�o� il r�sulte que, comme ce qui est 1a conception g�n�rale, nous dit-on dans ce texte, de la psychanalyse, c�est de croire que les r�ves sont sexuels, eh bien, le grand public qui justement est fait de la diffusion psychanalytique � vous aussi, vous �tes un grand public � eh bien, le grand public naturellement va �tre d�fris�, et tout le souffl� va retomber comme �a et s�aplatir dans le fond de la casserole.

    C�est quand m�me curieux que personne, en somme, dans ce grand public suppos�, car tout cela, c�est de la supposition, enfin c�est vrai que dans une certaine r�sonance, tous les r�ves, c�est ce qu�aurait dit Freud, qu�ils �taient tous sexuels. Il a jamais dit �a, justement, jamais, jamais, jamais. Il a dit que les r�ves �taient des r�ves de d�sir. Il n�a jamais dit que c��tait du d�sir sexuel.

    Seulement comprendre le rapport qu�il y a entre le fait que les r�ves soient des r�ves de d�sir et cet ordre du sexuel qui se caract�rise par ce que je suis en train d�avancer, parce qu�il m�a fallu le temps pour l�avancer, pour ne pas jeter le d�sordre dans l�esprit de ces charmantes personnes qui ont fait qu�au bout de dix ans que je leur racontais des trucs, ils ne songeaient qu�� une chose : rentrer dans le sein da l�Internationale Psychanalytique, tout ce que j�avais bien pu raconter, c��tait, bien s�r, des beaux exercices, des exercices de style. Eux �taient dans le s�rieux, et le s�rieux, c�est l�Internationale Psychanalytique.

    Oui. Ce qui fait que maintenant je peux avancer � et qu�on l�entende � qu�il n�y a pas de rapport sexuel et que c�est pour �a qu�il y a tout un ordre qui fonctionne � la place o� il y aurait ce rapport et que c�est l� dans cet ordre que quelque chose est cons�quent comme effet de langage, � savoir le d�sir, et qu�on pourrait peut-�tre avancer un tout petit peu et penser que quand Freud disait que le r�ve c�est la satisfaction d�un d�sir, satisfaction dans quel sens ?... Quand je pense que j�en suis encore l� ! ! Que personne, malgr� tous ces gens qui s�occupent � embrouiller ce que je dis, � en faire du bruit, personne ne s�est encore jamais avis� d�avancer cette chose, qui est pourtant la stricte cons�quence des choses que j�ai avanc�es, que j�ai articul�es de la fa�on la plus pr�cisesi mon souvenir est bon, en 57, attendez, m�me pas : en 55 ! A propos du r�ve de " l�injection d�Irma ", j�ai pris, pour leur montrer comment on traite un texte de Freud, je leur ai bien expliqu� ce qu�il avait d�ambigu, que ce soit l� justement, et pas du tout dans l�inconscient, au niveau de ses pr�occupations pr�sentes, que Freud interpr�te ce r�ve, ce r�ve de d�sir qui n�a rien � faire avec le d�sir sexuel, m�me s�il a toutes les applications de transfert qui vous conviennent. Le terme d�immixtion des sujets, je l�ai avanc� en 55, vous vous rendez compte : 17 ans !

    Et puis il est clair que... il faudra que je le publie, comme �a, si je l�ai publi� c�est que j�ai �t� absolument �c�ur� de la fa�on dont �a avait �t� repris dans un certain livre qui est sorti sous le titre d� " Auto- Analyse " : c��tait mon texte, mais en y remettant de fa�on � ce que personne n�y comprenne rien ! !

    Qu�est-ce que �a fait, un r�ve ? Ca ne satisfait pas le d�sir. Pour des (p122->) raisons fondamentales que je ne vais pas me mettre � d�velopper aujourd�hui parce que �a vaut quatre ou cinq s�minaires, pour la raison qui est simplement celle-ci et qui est touchable et que Freud dit : que le seul d�sir fondamental dans le sommeil, c�est le d�sir de dormir. Ca vous fait rigoler, parce que vous n�avez jamais entendu �a. Tr�s bien. Seulement, c�est dans Freud. Comment est-ce que �a ne vient pas tout de suite à votre jugeote, en quoi �a consiste, dormir ? Ça consiste en ceci que ce qui dans ma t�trade, le semblant, la v�rit� et la jouissance, et le plus-de-jouir � il faut pas que je le r��crive au tableau, non ? � ce qu�il s�agit de suspendre � c�est pour �a que c�est fait le sommeil, n�importe qui n�a qu�à regarder un animal dormir, pour s�en apercevoir �, ce qu�il s�agit de suspendre, c�est justement cet ambigu qu�il y a dans le rapport au corps avec lui-m�me : le jouir. S�il y a possibilit� que ce corps acc�de au jouir de soi, c�est bien �videmment partout, c�est quand il se cogne, qu�il se fait mal. C�est �a, la jouissance. Alors l�homme a  l� de petites portes d�entr�e que n�ont pas les autres. On peut en faire un but. En tout cas, quand il dort, c�est fini. Il s�agit justement de faire que ce corps, il s�enroule, il se mette en boule, enfin dormir, c�est ne pas �tre d�rang�. La jouissance, quand m�me, c�est d�rangeant. Naturellement on le d�range, mais enfin tant qu�il dort, il peut esp�rer ne pas �tre d�rang�. C�est pour �a qu�� partir de l�, tout le reste s��vanouit. Il n�est plus question non plus de semblant, ni de v�rit�, puisque tout �a, �a se tient, c�est la m�me chose, ni de plus-de-jouir. Seulement voil� ce que Freud dit : c�est que le signifiant, lui, continue, pendant ce temps-l�, � cavaler. C�est bien pour �a que, m�me quand je dors, je pr�pare mes s�minaires ! M. Poincar� d�couvrait les fonctions fuschsiennes.

    X, dans la salle. � " C�est une pollution. "

    LACAN. � Qui vient de dire ce terme pr�cis ?

    X. � C�est moi !

    LACAN � Oui, c�est �a, mais je suis particuli�rement satisfait de vous voir choisir ce terme, vous devez �tre particuli�rement intelligent ! Je me suis d�j� r�joui publiquement de ce qu�une de mes analys�es, qui est quelque part donc, par l�, qui est une personne particuli�rement sensible, ait parl� en effet, � propos de mon discours de pollution intellectuelle �. C�est une dimension tr�s fondamentale, voyez-vous, la pollution. J�aurais pas probablement pouss� les choses jusque-l� aujourd�hui, mais vous avez l�air tellement fier d�avoir fait surgir ce terme de pollution, que je soup�onne que vous ne devez rien y comprendre. N�anmoins, vous allez voir que je vais tout de suite, non seulement en faire usage, mais me r�jouir une seconde fois que quelqu�un l�ait fait surgir, car c�est pr�cis�ment �a, la difficult� du discours analytique. Je rel�ve cette intervention, je saute l�-dessus, j�embarque une chose que, dans l�urgence comme �a d�une fin d�ann�e, je me trouverais donc avoir l�occasion de dire, c�est ceci, puisque c�est � la place du semblant que le discours analytique se caract�rise de situer l�objet a, figurez-vous, Monsieur qui croyez avoir fait l� un coup d��clat, que vous abondez pr�cis�ment dans le sens de ce que j�ai � avancer. C�est � savoir que la pollution la plus caract�ristique en ce monde, c�est tr�s exactement l�objet a dont l�homme prend et vous aussi prenez votre substance, et que c�est de devoir, de cette pollution qui est l�effet le plus certain sur la (p123->) surface de ce globe de l�homme, de devoir en faire en son corps, en son existence d�analyste, une repr�sentation, qu�il y regarde à plus d�une fois. Les chers petits en sont malades, et je dois vous dire que je ne suis pas non plus moi-m�me, dans cette situation, plus � l�aise qu�un autre. Ce que j�essaie de leur d�montrer, c�est que ce n�est pas tout � fait impossible de le faire un peu d�cemment. Gr�ce � la logique, j�arrive � leur � s�ils voulaient bien se 1aisser tenter ! � leur rendre supportable cette position qu�ils occupent en tant que a dans le discours analytique et leur permettre de concevoir que c�est �videmment pas peu de chose que d��lever cette fonction � cette position du semblant qui est la position-cl� dans tout le discours.

    C�est l� qu�est le ressort de ce que j�ai toujours essay� de faire sentir comme la r�sistance � et elle n�est que trop compr�hensible � de l�analyste � vraiment remplir sa fonction. Il ne faut pas croire que la position du semblant, elle soit ais�e pour qui que ce soit. Elle n�est vraiment tenable qu�au niveau du discours scientifique, et pour une simple raison : c�est que l�, ce qui est port� � la position de commandement est quelque chose qui est tout � fait de l�ordre du R�el en tant que tout ce que nous touchons du R�el, c�est la Spaltung, c�est la fente, autrement dit c�est la fa�on dont je d�finis le sujet. C�est parce que, dans le discours scientifique, c�est le S, le $ qui est l� � la position-cl� que �a tient. Dans le discours universitaire, c�est le savoir. L�, la difficult� est encore bien plus grande � cause d�une esp�ce de court-circuit parce que, pour faire semblant de savoir, il faut savoir faire semblant et �a s�use vite. C�est bien pour �a que quand j��tais l�, l� d�o� je reviens comme je vous l�ai dit tout � l�heure, � savoir � Milan, j�avais une assistance �videmment beaucoup moins nombreuse que la votre � mettons le quart � mais il y avait la beaucoup de jeunes, beaucoup de ces jeunes qui sont ce qu�on appelle dans le mouvement, il y avait m�me enfin un personnage tout à fait respectable et d�une assez haute stature qui se trouve en �tre l�-bas le repr�sentant. Sait-il ou ne sait-il pas � on ne m�a dit qu�il �tait l� qu�apr�s et je n�ai pas pu l�interroger �, sait-il ou ne sait-il pas qu�en �tant l� dans cette pointe, ce qu�il veut, c�est comme tous ceux qui sont ici int�ress�s un peu par ce mouvement, c�est redonner au discours universitaire sa valeur. Comme le nom l�indique, �� aboutit aux unit�s de valeur. Ils voudraient qu�on sache un peu mieux comment faire semblant de savoir. C�est �a qui les guide. Eh bien, en effet, c�est respectable et pourquoi pas ? Le discours universitaire, c�est un statut aussi fondamental qu�un autre. Simplement, ce que je marque, c�est que c�est pas le m�me, parce que c�est vrai... �a n�est pas le m�me que le discours psychanalytique. La place du semblant y est tenue diff�remment.

    Et alors c�est comme �a que j�ai �t� amen� l�-bas � mon Dieu, comment faire avec un auditoire nouveau et surtout s�il peut confondre � j�ai essay� de leur expliquer un tout petit peu comme �a quelle �tait ma place, mon histoire, j�ai commenc� par dire que mes �crits, enfin, c��tait... c��tait la poubellication, qu�il fallait pas qu�ils croient qu�ils pouvaient l�-dessus me rep�rer. Il y avait quand m�me... et a1ors l�, le mot s�minaire �, bien s�r, comment leur faire comprendre que � ce que j��tais forc� tout de suite de leur avouer � que le s�minaire, c�est pas un s�minaire. c�est un truc que je d�goise tout seul � mes bons amis depuis des ann�es, mais qu�il y avait eu autrefois un temps o� �a m�ritait son nom, (p124->) o� il y avait des gens qui intervenaient. Alors, c�est �a qui m�a mis hors de moi, j�ai �t� forc� d�en venir l�, et, comme sur la route du retour quelqu�un me pressait pour me dire : " Comment est-ce que c��tait du temps o� c��tait comme un s�minaire ? ". Bon, je me suis dit aujourd�hui, je vais leur dire, pour l�avant-derni�re fois que je vous vois, puisque je vous verrai encore une fois : bon Dieu, si quelqu�un venait me dire quelque chose l�-dessus ! ! Je re�ois une lettre de M. Recanati ! Je vous raconte pas d�histoires pour l�instant, je fais pas " semblant " de faire surgir du flanc cette intervention, je dis simplement que j�ai re�u une lettre, qui �tait d�ailleurs une r�ponse à une des miennes, de M. Recanati qui est l�, qui m�a prouv�, � ma grande surprise, qu�il avait entendu quelque chose de ce j�ai dit cette ann�e. Alors je vais lui passer la parole parce qu�il a � vous parler de quelque chose qui a le plus �troit rapport avec ce que j�essaie de frayer avec la Th�orie des Ensembles notamment et avec la logique math�matique. Il va vous dire laquelle. Expliquez bien les trucs que vous avez � leur dire parce qu�il est tr�s important. Allez-y.

    RECANATI. � La lettre dont le Docteur Lacan vient de faire allusion, �tait en fait quelques remarques de commentaires sur trois textes de Peirce : que je lui ai remis, non pas tant qu�il ne les conn�t pas, c�est �vident, mais parce que ces textes justement diff�raient de ceux � quoi il avait pu par ailleurs faire r�f�rence. Il s�agissait d�une part de textes de cosmologie, et d�autre part de textes ayant un rapport � la math�matique. Je vais tout d�abord pr�ciser un peu la teneur de ces trois textes, avant d�en venir � la mani�re dont je pourrai en parler.

    Quant � la math�matique, Peirce donne une critique des d�finitions qu�il conna�t des ensembles continus. Il examine trois d�finitions, nomm�ment celle d�Aristote, celle de Kant, celle de Cantor, qu�il critique toutes, et en fonction d�un crit�re unique. Ce crit�re, c�est qu�il voudrait que, dans chaque d�finition, soit marqu� le fait m�me de la d�finition, puisque, dit-il, � d�finir un ensemble continu, on n�est pas sans le d�terminer d�une certaine mani�re � et ceci est important pour le r�sultat de la d�finition � o� le processus m�me de la d�finition doit �tre marqu� quelque part comme tel.

    Quant � la cosmologie, Pierce part d�un probl�me � peu pr�s similaire ou d�une pr�occupation similaire � propos du probl�me de la gen�se de l�univers. Son probl�me, c�est celui de l�avant et de l�apr�s. On ne peut acc�der � ce qu�il y avait avant, en faisant la simple op�ration analytique qui consiste � retirer à ce qu�il y a eu apr�s tout ce qui fait le caract�re de cet apr�s, puisqu�on n�aboutirait par l� qu�� un apr�s ratur� et que pr�cis�ment c�est sur le mode de cette rature que se constitue l�apr�s qui ne diff�re que par une inscription pr�cise gliss�e sur le mode de la rature, de l�avant. Autrement dit, l�avant est en quelque sorte un apr�s, ou plut�t l�apr�s est un avant inscrit et on ne pourra absolument pas d�duire l�avant de l�apr�s, parce que l�avant qui est inscrit dans l�apr�s, c�est pr�cis�ment l�apr�s, et en ce sens, n�a plus rien � voir avec l�avant dont le propos est justement de n��tre pas inscrit.

    Autrement dit, c�est l�inscription qui compte. Ou bien ce qui est avant, �a n�est rien � c�est ce que dit Peirce quand il parle de la gen�se de l�univers : avant, il n�y avait rien, mais ce rien c�est quand m�me un (p125->) rien sp�cifique ou plut�t justement il n�est pas sp�cifique parce que de toute fa�on il n�est pas inscrit � et on peut dire que tout ce qu�il y a eu apr�s c�est rien non plus, mais alors comme rien, c�est inscrit. Ce non-inscrit en g�n�ral qu�il va retrouver un peu partout et pas seulement dans la cosmologie, Peirce l�appelle le POTENTIEL et c�est de cela que je vais dire quelques mots maintenant.

    Mais avant de ce faire, je voudrais quand m�me vous dire quelques mots sur ma position ici, qui est �videmment paradoxale, puisque je ne suis sp�cialiste ici �videmment de rien et pas plus de Peirce que d�un autre et que tout ce que je vais dire sur cet auteur ou sur d�autres, puisque je vais parler d�autres, sera ce que je peux reprendre au discours que tient le Docteur Lacan. A ce titre, dans ma parole m�me, je conserve mon statut d�auditeur. Et comment cela est-il possible ? Justement à ne signifier dans mon discours, � moi, que le fait d�avoir �cout�. Ceci pose le probl�me d�� qui m�adresser. Car il est �vident que, si je m�adresse � ceux qui comme moi ont �cout�, �a ne leur servira � rien et, si je m�adresse � ceux qui n�ont pas �cout�, je n�inscrirai le rien, je ne pourrai qu�inscrire le rien de leur non-�coute et permettre par l� une �laboration qui �videmment s�en servira dans sa suite, mais qui n�aura plus rien � voir avec le rien pur qu�il �tait au d�but ; en l�occurrence donc, �a ne changera rien et c�est en tant que mon intervention d�auditeur ne d�range rien que je peux effectivement repr�senter l�auditoire, puisque, somme toute, toutes les interventions d�Aristote ne sont que suppos�es dans le discours de Parm�nide et que justement, le plus vite c�est termin�, le mieux c�est g�n�ralement quant aux interventions d�Aristote ou plut�t pour qu�il puisse lui-m�me tenir un v�ritable discours, il faut qu�� son tour il ait un auditeur muet � qui il puisse s�identifier, ce qui explique que l�autre Aristote dans la M�taphysique du vous (!) platonicien : car c�est apr�s que Platon a parl� ou, si on veut, apr�s que Parm�nide ait parl� � pour l�autre � qu�il peut lui-m�me commencer � le faire. D�o� ici le paradoxe, mais comme ce paradoxe n�est pas mon fait, je laisse au Docteur Lacan de le commenter apr�s puisque je n�en puis rien dire quant � moi.

    On ne peut pas, dit Pierce, opposer le vide, le z�ro, au quelque chose, car le z�ro est quelque chose � c�est bien connu � le vide repr�sente quelque chose, et Peirce dit qu�il fait partie de ces concepts secondants, concepts importants chez Peirce et que je reverrai un peu dans la suite. Il n�est pas une monade comme vide inscrit, mais il est relatif. En effet si l�on pose ce vide, on l�inscrit. En l�occurrence, l�inscription de l�ensemble vide peut donner ceci :

File:1.jpg

    Ceci se reconna�t pour �tre l�ensemble vide consid�r� comme un �l�ment de l�ensemble des parties de l�ensemble vide. Donc ici, le vide se constitue comme UN, et si on voulait r�p�ter un peu l�op�ration et faire l�ensemble des parties de l�ensemb1e des parties de l�ensemble vide, on aurait vite quelque chose comme �a :

(p126- >)

et ceci se reconna�t pour pouvoir tr�s bien repr�senter le 2. 
    Aussi bien ceci peut-il repr�senter le 1.

    Et c�est par l� qu�on est amen� � refaire cette remarque que, bien s�r, c�est la r�p�tition d�une inexistence qui peut fonder bien des choses. et notamment la suite des entiers en l�occurrence. Mais ce qui int�resse Pierce, dans cette remarque, c�est que ce qui se r�p�te, ce n�est pas l�inexistence comme telle ou plut�t pas exactement, c�est l�inscription de l�inexistence en tant que l�inexistence se marque de cette inscription, et c�est ce qu�il d�veloppera � bien des reprises, dans plusieurs textes, et je vais en parler.

    On rejoint l� son propos math�matique. Quand on veut, dit-il, d�finir un syst�me o� cette inexistence est r�p�t�e, il faut pr�ciser qu�elle est r�p�t�e comme inscrite. C�est au d�part qu�il y a une inscription d�une inexistence, et ceci est tr�s important pour la logique. Le quanteur universel, tout seul, ne saurait rien d�finir. Le quanteur universel, pour Pierce, c�est quelque chose de secondant, aussi paradoxal que cela paraisse ; comme il dit, il est relatif � quelque chose ; ce qui fonde ce quanteur, c�est la n�antisation pr�alable et secondan inscrite des valeurs qui le contredisent. Ainsi d�un point de vue purement m�thodologique, Pierce s�attaque � Cantor : Cantor a tort, parce que sa d�finition du continu renvoie nomm�ment � tous les points de l�ensemble. Pierce pr�cise : il faut faire varier la d�finition d�un point de vue logique. Une ligne ovale n�est continue que parce qu�il est impossible de nier qu�au moins un de ses points doit �tre vrai pour une fonction qui ne caract�rise absolument pas l�ensemble, par exemple, quand il s�agit de passer de l�ext�rieur � l�int�rieur, o� il faut n�cessairement passer par un des points du bord. Ceci est en quelque sorte une approche lat�rale. On ne peut pas poser comme �a le quanteur universel, il faut passer par une n�antisation pr�alable, et qui passe elle-m�me par une fonction pr�alable. La n�gation ici est elle-m�me �rig�e en fonction, et l�ensemble des ensembles pertinents pour cette fonction, en l�occurrence, dans la mesure o� il est impossible de nier... etc., est l�ensemble vide qui inscrit la n�gation comme impossible. Le m�me type d�exemple pourrait �tre pris en topologie �ventuellement. Si l�on �coutait Pierce, le th�or�me des points fixes devrait s��noncer comme suit. Je vais l��crire.

    (p127->) Il est impossible de nier que, dans une d�formation d�un disque sur son bord, au moins un point �chappe � la d�formation qu�il autorise par le fait m�me d�y �chapper. Le th�or�me des points fixes, si on le prend par exemple pour quelque chose comme un disque, il s�agit, en quelque sorte, il s�agit de d�former de mani�re continue un disque sur son bord, il est certain � et c�est donn� dans le th�or�me � qu�au moins un point du disque �chappe � la d�formation, c�est-�-dire reste fixe et que c�est par le fait qu�il y a un point qui reste fixe qu�on peut effectuer la d�formation g�n�rale, sans quoi ce ne serait pas possible. Mais ici, je puis dire, il y a �videmment contradiction, disons qu�il y a une liaison tr�s nette entre ce point qui �chappe � la fonction qu�il autorise, � la fonction elle-m�me.

    LACAN. � Ça, c�est un th�or�me d�montr�. C�est pas seulement d�montrable, d�montr� en math�matique. D�autre part, ce th�or�me se symbolise. Vous pouvez peut-�tre le commenter, comment il est symbolis� par ce � il existe x � � car c�est une formule qui est tr�s pr�s en somme de celle que j�ai �t� amen� � inscrire � il existe x tel qu�il faille nier qu�il n�y a pas de File:Existe.jpg de x, qu�il faille nier qu�il n�y a pas d�existence de x telle que F de x soit ni�. Vous pouvez un peu faire saisir.

    RECANATI. � Il y a une double n�gation, certes, mais ce n�est pas que les deux n�gations ne sont pas �quivalentes, ce n�est pas exactement les m�mes. Et d�autre part, surtout, cette double n�gation, dans la mesure o� elle est inscrite � ce qu�on voit dessous, c�est pas la m�me chose que d�affirmer simplement. On aurait pu affirmer. L�, c�est pour �a que je citais au d�but la critique du quanteur universel en quelque sorte comme donn�e comme �a. S�il est le produit d�une double n�gation, cette pre- mi�re n�gation, d�apr�s lui, elle porte sur une n�gation �rig�e comme fonction. Par exemple : les points ne restent pas fixes, eh bien, il y a un point qui justement �chappe � cette fonction, et, � ce titre l�, la n�cessit� est avant tout de les inscrire, c�est pourquoi je l�ai fait la, et i1 faudrait marquer peut-�tre d�une mani�re sp�cifique ce que j�ai dit �tre une impossibilit�, mais en m�me temps, ici c�est simplement l�ensemble vide pos� comme le seul ensemble fonctionnant pour la fonction de la n�gation.

    LACAN. � Je crois que ce qu�il faut que vous souligniez, c�est ceci : c�est que la barre port�e ici sur les deux termes chacun comme ni�, est un il n�est pas vrai que �, un � il n�est pas vrai que � fr�quemment utilis� en math�matique, puisque c�est le point-cl�, c�est ce � quoi nous fait aboutir la d�monstration dite de la contradiction. Il s�agit en somme de savoir pourquoi, en math�matique, il est reçu qu�on puisse fonder, mais seulement en math�matique, parce que partout ailleurs comment pourriez-vous fonder quoi que ce soit d�affirmable sur un � il n�est pas vrai que �. C�est bien l� de quoi l�objection vient dans l�int�rieur des math�matiques à l�usage de la d�monstration par l�absurde. C�est la question qui est de savoir, c�est comment en math�matique la d�monstration par l�absurde peut fonder quelque chose qui se d�montre en effet comme tel � je ne vais pas revenir � la contradiction. C�est l� que se sp�cifie le domaine propre des math�matiques. Alors sous cet � il n�est pas vrai que �, vous avez qu�il s�agit de donner le statut � la barre n�gative qui est celle qu�on juge en un point de mes sch�mas pour dire que �a c�est une n�gation : il n�existe pas de x qui satisfasse � ceci : .

    (p128->) RECANATI. � Dans les termes de Peirce, c�est le travail qui vient en premier, qui est la premi�re inscription. Parce qu�il dit le potentiel � et �a allait y revenir dans le cours parce que c�est un concept qui est finalement assez �labor� � c�est le champ d�inscription des impossibilit�s non inscrites encore, c�est le champ des impossibilit�s possibles et, dans ce champ, quelque chose vient le subvertir par ce trait en quelque sorte qui est ici impossibilit�, qui est une esp�ce de coupure, coupure qui est faite � l�int�rieur d�un domaine qui auparavant est en quelque sorte unique et c�est pour �a que, dit Peirce, il faut inscrire la premi�re impossibilit� d�abord, �a d�termine tout, et ensuite �ventuellement les n�gations et toutes ces sp�cifications-l� continuent � d�terminer, mais c�est d�j� l� � l�int�rieur de l�impossible. Autrement dit, il dit qu�il y a deux champs : il y a d�une part le champ des potentiels qui est l��l�ment du pur z�ro, on pourrait dire du pur vide � et �a j�y reviendrai � et d�autre part les impossibles qui sont ceux qui naissent du potentiel, mais pour s�y opposer pas nettement et, dans l�int�rieur des impossibles, on peut dire des choses comme �a, c�est-�-dire : " il n�existe pas x tel que non � F de x ", " il existe x tel que non � F de x ". Mais il fait une opposition de ces deux champs comme fondamentalement s�opposant, l�un �tant l��l�ment du pur z�ro, l�autre �tant l��l�ment que je dirais du z�ro de r�p�tition. Et c�est l�-dessus que je voudrais revenir.

    LACAN. � Vous admettez par exemple que je transcrive ce que vous avez dit, en disant que le potentiel �gale le champ des possibilit�s comme d�terminant l�impossible.

    RECANATI. � Comme d�terminant, et je pr�cise tout de suite ce qu�il a dit : c�est ce champ des possibilit�s qui d�termine l�impossible, mais pas au sens de Hegel. Il faut faire attention, dit-il lui-m�me, �a d�termine, non pas n�cessairement, mais potentiellement, c�est-�-dire qu�on ne peut pas dire : n�cessairement �a devait arriver ; on remarque que c�est arriv� ; on sait que c�est ce potentiel qui a d�termin� cet impossible, mais non pas n�cessairement on est d�accord. Donc c�est exactement ce que je voulais dire. Le potentiel...

    LACAN � On pourrait peut-�tre le transcrire comme �a : potentiel = champ des possibilit�s comme d�terminant l�impossible.

    RECANATI. � Donc c�est avec cette sorte de consid�ration que Peirce construit le concept du potentiel. C�est donc le lieu o� s�inscrivent les impossibilit�s. C�est la possibilit� g�n�rale des impossibilit�s non effectu�es, c�est-�-dire non inscrites. C�est le champ des possibilit�s comme d�terminant l�impossible. Mais il ne comporte, comme je viens de le dire, par rapport aux inscriptions qui s�y produisent, aucune n�cessit�, ce qui signifie notamment, pour un probl�me math�matique, que du 2, on ne peut pas rendre compte rationnellement au sens de Hegel, c�est-�-dire n�cessairement. Le 2 est venu, on peut dire d�o� il est venu, on peut certainement le mettre en rapport avec le 0, avec ce qui se passe entre le 0 et le 1, mais de dire pourquoi il est venu, impossible. Le potentiel permet �a : de d�finir le paradoxe du continu. Et �a, c�est dans un texte de Peirce (PEIRCE, R�flexions sur la d�finition kantienne du continu, voL VI, 168.), je cite �a, mais en fait je ne l�ai pas regard� de bien pr�s, (p129->) donc je ne le d�velopperai pas. Si un point d�un ensemble continu potentiel se voit conf�rer une d�termination pr�cise, une inscription, une existence r�elle, alors la continuit� elle-m�me est rompue. Et ceci, c��tait int�ressant, non pas du point de vue du continu, mais du point de vue du potentiel. C�est que le potentiel existe vraiment comme potentiel et que d�s lors qu�il s�inscrit d�une mani�re ou d�une autre, il n�est �videmment plus le potentiel, c�est-�-dire qu�il est lui-m�me produit d�un inconnu qui est issu de lui-m�me.

    LACAN � L�, Cantor a tort.

    RECANATI. � Pour ce qui est de la cosmologie, le z�ro absolu, le pur n�ant, comme dit Peirce, est diff�rent du z�ro qui se r�p�te dans la suite des entiers. Il n�est autre, ce z�ro qui se r�p�te dans la suite des entiers, que l�ordre en g�n�ral du temps � et j�y reviendrai � tandis que le z�ro absolu, c�est l�ordre en g�n�ral du potentiel. Ainsi le z�ro a une dimension propre et Peirce essaie d�insister pour que cette dimension soit inscrite quelque part, soit au moins marqu�e, soit pr�sent�e dans les d�finitions math�matiques. Le probl�me est �videmment...

    LACAN. � Là, Cantor n�est pas contre.

    RECANATI. � Le probl�me est �videmment : comment peut-on passer d�une dimension, celle du potentiel par exemple, � l�autre que je dirais celle de l�impossible ou celle du temps ou ce qu�on voudra. Peirce pr�sente ainsi ce probl�me : comment penser non temporellement ce qu�il y avait avant le temps. Ça rappelle certes Spinoza et saint Augustin, mais �a rappelle surtout les empiristes et ici je dois dire qu�on a souvent remarqu� que Peirce a repris le style des empiristes et leurs pr�occupations. Mais, pour situer v�ritablement l�originalit� de Peirce, on n�a jamais rapport� �a aux empiristes, on n�a jamais cherch� ce qui chez eux a pu pr�parer tout �a. Or pourtant ces deux dimensions, l�une potentielle et l�autre, si l�on veut, temporelle ou plut�t une dimension du z�ro absolu et une dimension du z�ro de r�p�tition, �taient pr�sentes d�s le d�but de l��pop�e empiriste. Et c�est l�-dessus que je voudrais dire un petit mot pour montrer comment on peut le d�gager.

     LACAN. � Dites-le bien. Tonitruez-le ! !

    RECANATI- Avant de... Je ferai cela et apr�s je reviendrai � la s�miotique de Peirce dans le rapport avec tout cela.

�� ���    Oui, l�objet de la psychologie empiriste � c�est un premier point qu�on a fait expr�s � chaque fois d��vacuer � c�est les signes et rien d�autre, c�est le syst�me des signes. Il s�agit d�une extension, on peut dire, du syst�me quaternaire de Port-Royal, telle que, somme toute, Saussure aussi n�en est qu�une extension � la limite : la chose comme chose et comme repr�sentation, le signe comme chose et comme signe, l�objet du signe comme signe �tant la chose comme repr�sentation. C�est la m�me chose que dit Saussure � je le disais, mais je le d�velopperai pas � le signe comme concept et comme image acoustique. Seulement on a �vacu� avec la scolastique le probl�me en g�n�ral de la chose en soi et on a m�me �t� jusqu�� voir dans le monde � et �a avec toutes les th�ories (p130->) du grand livre du monde � le signe de la pens�e. D�s lors, on aboutit à quelque chose comme �a : le monde comme repr�sentation, en tant qu�on ne le conna�t que comme repr�sentation, remplace la chose dans le syst�me quaternaire du signe et la pens�e du monde en g�n�ral remplace la repr�sentation, �a qui �quivaut � mettre face � face pens�e du monde et monde de pens�e. Or, il est �vident que la pens�e du monde et le monde de pens�e diff�rent peut-�tre par certains c�t�s, mais c�est la m�me chose. Alors, il y a un probl�me pour le syst�me quaternaire parce qu�il y a une dualit� irr�ductible dans le syst�me quaternaire : il faut soit l�abandonner, soit le changer. On sait que Berkeley l�abandonne en justement �tablissant une esp�ce d�identit� entre la pens�e du monde et le monde de la pens�e. Quant a Locke, il le change. Ce qu�il dit, c�est � et je m�excuse de m�appesantir un peu trop sur cette introduction � ce qu�il dit, c�est les repr�sentations, les id�es ne repr�sentent pas les choses, elles se repr�sentent entre elles. Ainsi les id�es les plus complexes repr�sentent les plus simples. Il y a des facult�s par exemple de repr�sentation des id�es entre elles et c�est tr�s d�velopp�... Il y a toute une topique qui est � peu pr�s ce qu�on en a dit : une hi�rarchie des id�es et des facult�s. Mais ce sur quoi je voudrais justement appuyer un peu et qui est ce qui n�a pas �t� remarqu� chez Locke et qui est pr�cis�ment le plus int�ressant puisque �a permet Condillac et que Condillac, par l�, pr�c�de en quelque sorte Peirce, c�est qu�il y a une autre facult� pour Locke qui permet tout �a. Parce que comment �a se passe ? Ça fonctionne tout seul apparemment. Il faut quelque chose pour que �a fonctionne, le syst�me, et il y a une nouvelle facult�, une nouvelle op�ration qu�il appelle � et qu�on n�a jamais rep�r�e parce qu�elle n�est pas dans ses petites classifications, elle est toujours dans les notes � observation �, l�observation qui est quelque chose qui fonctionne tout seul, qui marche � tous les niveaux, qui se retrouve partout et qui est aussi intrins�que � tous les �l�ments, quelque chose d�assez incompr�hensible et qui est � la fois le processus de la transformation et le milieu, l��l�ment en g�n�ral du transform�. C�est � la fois le milieu... par cette observation en quelque sorte une id�e simple se transforme en image d�elle-m�me, c�est-�-dire en id�e complexe, puisque son objectivit� est plac�e � ses c�t�s dans l�id�e, mais dans cette id�e g�n�rale par o� elle est transform�e, il y a une inscription, il y a connotation de l�inscription de sa transformation en image, c�est-�-dire l�id�e, une fois qu�elle est transform�e, c�est en quelque sorte qu�elle est inscrite, c�est en cela qu�elle devient une id�e complexe et non plus une id�e simple. Alors, tout le probl�me, � cet endroit, c�est : qu�est-ce qui rend cela possible ? Soit, qu�est-ce qu�il y avait au d�part, qu�est-ce qui se transforme au d�part, � partir de quoi on transforme pour obtenir la premi�re cause ? Qu�est-ce qui est l�avant-premier en que1que sorte ? Et Locke le pose dans ces termes quand il parle de sensation irr�ductible d�une r�flexion ordinaire. Si une r�flexion est originaire qu�est-ce qui est r�fl�chi qui soit pr�-originaire ? Soit, quel est le pr�-originaire, soit qu�est-ce qui permet � proprement parler cette facult� ? L� il y a Condillac qui prend la rel�ve. Sa m�thode est absolument exemplaire. Il va cerner ce quelque chose qu�il a vu chez Locke, ce quelque chose d�inatteignable en lui donnant un nom, en le faisant fonctionner comme une inconnue dans une �quation et, par la suite, quand des auteurs ont voulu critiquer Condillac, ils ont dit que son syst�me, c��tait pas du tout de la psychologie, c��tait de la logique profond�ment, qu�il avait fait un syst�me logique, un syst�me o� il n�y avait pas de contenu, etc. Vous voyez jus-(p131->)tement que c�est l� l�int�r�t de Condillac. Et notamment cette sensation dont il dit que tout d�rive, au moins dans un de ses trait�s majeurs, cette sensation-l� finalement c�est rien, � aucun moment il ne la d�finit pr�cis�ment. Au contraire, tout le d�veloppement qu�il en donne, tout ce qu�il montre en d�river, est une esp�ce de contribution � sa d�finition, mais ce qui permet � proprement parler que tout le reste en d�rive, tout ce qui est � proprement parler les attributs de la sensation, tout ce qui permet cette attribution, c�est ce qu�il indique comme l��l�ment z�ro qui est toujours donn� au d�part, toujours donn� dans la sensation et dont il demande qu�est-ce que c�est. Et on va s�interroger avec lui.

    Il va caract�riser, pour essayer d�atteindre cet �l�ment irr�ductible, tout ce qui se passe avec l�aide de cet �l�ment, mais avec plus que cet �l�ment, c�est-�-dire en un mot, comme il dit, tout ce qui se passe dans l�entendement. Avec �a, on va pouvoir arriver � voir ce qui fonde v�ritablement l�originalit� de la sensation si tant est que c�est de la sensation que d�rive tout ce qui se passe dans l�entendement. Or, le propre de l�entendement, dit-il, et, ce dans son premier essai � j�insiste parce qu�il y a une petite divergence apr�s, il s�est �loign� de cette id�e qui �tait �videmment son originalit� la plus grande � le propre de l�entendement, c�est l�ordre, c�est la liaison en g�n�ral, liaison comme liaison des id�es, liaison des signes, liaison des besoins, en fait c�est toujours une liaison des signes, c�est toujours la m�me chose. Chez l�homme, l�ordre fonctionne tout seul, dit-il, et il s�en explique un peu, tandis que chez les b�tes, il faut, pour mettre l�ordre en branle, une impulsion ext�rieure ponctuelle. Et Condillac pr�cise : Entre les hommes et les b�tes � et c�est une assez belle phrase qu�il dit � entre les hommes et les b�tes, il y a les imb�ciles et les fous. Les uns n�arrivent pas � accrocher l�ordre, il s�agit des imb�ciles qui syst�matiquement n�arrivent pas � accrocher l�ordre ; et les autres, ils n�arrivent plus � s�en d�tacher ; eux sont compl�tement noy�s dans l�ordre, ils n�arrivent plus � prendre de distance, ils n�arrivent plus � s�en d�tacher. L�ordre en g�n�ral, c�est ce qui permet de passer d�un signe � l�autre, c�est la possibilit� d�avoir une id�e de la fronti�re entre deux signes, et Condillac a une conception du signe comme �tant toujours impropre, toujours une m�taphore. Et il le dit nomm�ment, cette fois, dans un cours d��tudes o� il fait l�apologie des tropes, reprenant peut-�tre � je n�en suis pas s�r � les termes de Quintilien. Toujours est-il que, pour lui, un signe, c�est �a qui vient remplir l�intervalle entre deux autres signes. Dans ce sens, dans un signe, qu�est-ce qui est consid�r� ? Ce sont les deux autres signes limitrophes, dont au moins deux, qui sont consid�r�s, mais pas comme signes en tant qu�ils pourraient entra�ner une repr�sentation du point de vue de leur bord � eux, c�est-�-dire du point de vue formel. Et il pr�cise donc que �a ne peut pas �tre a proprement parler une repr�sentation uniquement des signes, puisqu�il dit : il n�y a pas de repr�sentation formelle, il n�y a pas de repr�sentation abstraite, il y a toujours une repr�sentation qui repr�sente une repr�sentation, c�est-�-dire qu�il y a toujours une m�diatisation de la repr�sentation de signe, mais jamais une imm�diatisation du contenu par exemple ; comme il dit lui-m�me, l�image d�une perception, sa r�p�tition n�est que sa r�p�tition hallucinatoire, il dit que c�est la m�me chose, on ne peut pas diff�rencier une perception et son image, et par l�, il fait la critique de toutes les th�ories ant�rieures. Donc l�ordre, c�est ce que le signe repr�sente en tant que le signe substantifie un intervalle entre deux (p132->) signes. Seulement les signes, en g�n�ral, sont cens�s par toutes les th�ories dont h�rite Condillac repr�senter quelque chose. Et �a, �a lui fait �videmment probl�me, il n �arrive pas � s�en d�patouiller. Comment se fait la liaison entre le signe formel et sa r�f�rence en g�n�ral ? Cette liaison elle-m�me, dit Condillac pour s�en d�barrasser, elle d�rive de l�inconnue, elle d�rive de la sensation. Alors l�inconnue est d�j� une relation entre le signe comme �v�nement et le signe comme inscription de l��v�nement. Et �a, je pr�cise, c�est pas Condillac qui le dit � lui, il le laisse entendre � c�est Destutt de Tracy, son ex�g�te qui affirme �a comme �a et Maine de Biran qui, lui, �tait �l�ve de...

    LACAN. � Les deux phrases que j�avais commenc�es à �crire tout au long du truc, et que certains ont peut-�tre copi�es, sont directement l��nonc� de ce que vous avez dit. Je reproduis Recanati ici.

    RECANATI. � Maine de Biran, lui-m�me disciple de Destutt de Tracy, fait d�abord mourir cette diff�rence entre l��v�nement et l�inscription de l��v�nement. Et. on voit qu�il va en faire le pivot de toute sa th�orie. Il a, dit-il, un perp�tuel d�calage entre l�inscription et l��v�nement. Ce d�calage, dit Maine de Biran, vient du d�calage chez l��tre parlant � et je ne plaisante pas � entre le sujet de l��nonc� et le sujet de l��nonciation. C�est dans les " Fondements de la psychologie " de Maine de Biran, o� il montre � peu pr�s que, � se repr�senter le moi, dans la mesure o� dans toute repr�sentation il y a d�j� un moi, on peut dire qu�� ce moment-l�, il y en a deux. D�s qu�on essaie de se repr�senter le � je �, �a veut dire automatiquement qu�il y en a deux, �a veut dire qu�imm�diatement il y en a deux, �a veut dire que m�diatement il n�y en a jamais... qu�il n�y en a jamais un que m�diatement.

    Pour Condillac, l�ordre des signes, en tant que l�ordre des signes est l�ordre de ce d�calage, a comme mod�le l�espace qu�il dit pluridimensionnel du temps et je ne m��tale pas l�-dessus. Le temps, on peut dire que ce n�est que la r�partition infinie des ponctualit�s, la ponctualit� comme temps-z�ro. Mais le m�me probl�me que plus haut, se pose : ce n�est pas la m�me ponctualit�, celle qui se r�p�te dans le temps et celle dont le temps est issu, la ponctualit� z�ro, celle dont le temps est issu, la ponctualit� z�ro comme transparence pr�cis�ment entre l�inscription et l��v�nement. La ponctualit� qui se r�p�te dans le temps � toujours pour Condillac � est relativis�e � �tre consid�r�e dans le temps comme cette ponctualit�-l� pr�sente, pass�e ou � venir. Elle aussi est consid�r�e du point de vue de ses bords, du point de vue de sa fronti�re. Le temps qui est toute une s�rie de ponctualit�s est dans la s�rie des fronti�res inter-ponctuelles en tant que la fronti�re est justement le pointage des bords effectifs de deux ponctualit�s ou aussi bien de deux signes. Il y a donc la m�me diff�rence entre la ponctualit� absolue et le temps qu�entre l�ensemble vide et l�ensemble de ses parties : c�est l�inscription du z�ro qui est �l�ment de celui-ci, de m�me que c�est l�inscription de la ponctualit� qui est l��l�ment du temps.

    Ainsi il y a une faille qui est donn�e au d�part dans toute cette th�orie et que Maine de Biran essayait peut-�tre le mieux de cerner. Le syst�me des signes n �est que la r�p�tition infinie de cette faille. En tant que telle, toute faille � et �a, �a se r�p�te dans tous les �crits des (p133->) empiristes � elle sort de l�exp�rience et de l�investigation de leur �cole, c�est-�-dire qu�on n�en parle pas. Condillac, lui aussi � et �a lui arrive rarement � parle de la nature humaine, a un moment, en disant : je me demande bien comment au d�but, �a se fait cette relation, cet ordre, pourquoi, puisque justement il est rat�, l�ordre entre l�inscription et l��v�nement, pourquoi, puisque c�est rat�, puisque �a ne colle pas, pourquoi, quand m�me, �a existe ? Pourquoi, il y a une inscription de ce qui n�est que du z�ro ? C�est �videmment son probl�me et � ce moment-l�, il r�pond apr�s avoir fait un petit morceau de bravoure : j�en sais rien, c�est la nature humaine. C�est cette faille en g�n�ral qui permet l�auto-motricit� du syst�me de signes, selon Condillac, dont il a dit : les syst�mes des signes, l�, �a marche tout seul, tandis que dans son trait� des animaux, il raconte des tas de trucs pour montrer comment chez les b�tes, il y a �galement un syst�me de signes et comment il est sous la d�pendance de tous les objets ext�rieurs, sous la d�pendance de tous les ?

    On rejoint par l� la s�miotique de Peirce dont on �tait parti. Peirce appelle " phaneron ", du mot grec File:8.jpg l�ensemble de tout ce qui est pr�sent à l�esprit � c�est d�ailleurs � peu pr�s le sens de File:8.jpg � r�el ou pas, l�imm�diatement observable, et il part de l�, il d�compose les �l�ments du " phaneroa ". Il y a trois �l�ments dans le � phaneron � indissociables, qu�il appelle, d�une part, ce qu�on pourrait traduire par le " priman " � c�est la monade en g�n�ral, je crois qu�il emploie le mot monade � �l�ment complet en lui-m�me, d�autre part, le " secondan ", force statique, opposition, tension statique entre deux �l�ments, c�est-�-dire que chaque �l�ment imm�diatement �voque cet autre avec quoi il est en relation, et c�est en quelque sorte, un ensemble absolument indissociable. Et le plus important c�est le " tertian ", �l�ment imm�diatement relatif � la fois � un premier et a un troisi�me. Et Peirce pr�cise : toute continuit�, tout proc�s en g�n�ral rel�ve de la ternarit�. A partir de l�, � partir de cette conception de la ternarit� qu�on peut montrer d�river de ses th�ories astronomiques qu�il a produit au d�but de sa vie � mais �a, je n�en dit mot...

    LACAN. � Peirce as astronomer...

    RECANATI. � Donc, � partir de cette ternarit�, il construit une logique qui se sp�cifie en s�miotique " Logic of semiotic ", la s�miotique elle-m�me se sp�cifiant � certain niveau comme rh�torique, et �a c�est important pour Peirce. Tout tient dans sa d�finition du signe en g�n�ral. Le signe, il l�appellerepresentamen � � je suis d�sol� de citer � " c�est quelque chose, le representamen, qui pour quelqu�un tient lieu d�une autre chose d�un certain point de vue ou d�une certaine mani�re ". L�-dedans, il y a quatre �l�ments : pour quelqu�un qui est le premier � et je r�cite Peirce � � cela signifie que le signe cr�e dans l�esprit du destinataire un signe plus �quivalent ou m�me plus d�velopp� �. Le deuxi�me point d�coule de celui-l� : la r�ception du signe est donc un deuxi�me signe fonctionnant comme  � interpr�tant �. Troisi�mement, la chose dont le signe tient lieu est dite son " objet ". C�est ces trois �l�ments-l� qui seront les trois sommets du triangle s�miotique. Le quatri�me terme qui vient est plus discret, mais non moins int�ressant. C�est ce que Peirce appelle le � Ground � : le signe tient lieu de l�objet non absolument, mais en r�f�rence � une esp�ce d�id�e, appel�e le " ground ", (p134->) c�est-�-dire le sol ou le fond de la relation du signe et de l�objet. Ces quatre termes dans leur ensemble d�finissent trois relations et ces trois relations sont les objets respectifs des trois branches de la s�miotique. Premi�re relation : la relation signe-fond, signe-ground : c�est la grammaire pure ou sp�culative, dit Peirce. Il s�agit de reconna�tre...

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    LACAN. � Oui, parce qu�on n�a pas invent� la grammaire sp�culative il y a quelques ann�es, hein !

    RECANATI. � Il s�agit de reconna�tre ce qui doit �tre vrai du signe pour avoir du sens. L�id�e en g�n�ral est la focalisation du � representamen � sur un objet d�termin�, selon le " ground " ou le point de vue. On voit donc que la signification s�enl�ve en quelque sorte sur un fond diff�renci� et que le " ground ", la d�termination du " ground ", c�est presque la d�termination du premier point de vue qui d�termine l�inscription, tout ceci sur du potentiel. De m�me, le � representamen � est par rapport � son fond la d�termination d�un certain point de vue qui commande le rapport � l�objet. Le � ground � est donc l�espace pr�liminaire de l�inscription.

    Le deuxi�me relation, representamen-objet, c�est le domaine de la logique pure pour Peirce, c�est la science de ce qui doit �tre vrai du " representamen " pour qu�il puisse tenir lieu d�un objet.

    La troisi�me, la plus importante pour ce que nous faisons ici, c�est la relation entre le � representamen � et l� � interpr�tant �, ce que Peirce appelle, avec g�nie, " la rh�torique pure " qui reconna�t les 1ois � �a fonctionne au niveau des lois � selon lesquelles un signe donne naissance � un autre signe qui le d�veloppe. Selon le cursus des � interpr�tants � qu�on va voir, cette question de la rh�torique pure, Peirce l�aborde �

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l�aide de son triangle s�miotique. Je vais pr�ciser chacun des termes pour qu�on saisisse mieux ce que dit Peirce pour ce qui est de cette relation. " Le �representamen � premier a une relation primitive � un deuxi�me, l�objet ", l�objet est donc deuxi�me, le signe est donn� d�abord, � mais cette relation peut d�terminer un troisi�me, l�interpr�tant, � avoir la m�me relation � son objet que lui-m�me entretient �. Autrement dit, la relation du representamen avec l�objet est command�e � �tre la m�me relation, la m�me du point de vue de l�ordre, mais diff�rente cependant.

    (p135->) Diff�rente, c�est-�-dire plus sp�cifi�e, c�est-�-dire d�une certaine mani�re qu�on a un peu r�duit le champ de possibilit�s de ce signe qui vient, et comme �a, �a continue � l�infini, on le r�duit de plus en plus, on va voir �a. Le � ground � absent ici, d�termine la relation du " representamen " � l�objet lui-m�me, et la repr�sentation du " representamen " � l�objet d�termine comme r�p�tition la relation du repr�sentant a l�objet qui d�termine comme r�p�tition elle-m�me � qu�est-ce que je disais ? j�ai dit du repr�sentant ? � Oui donc, le representamen-objet d�termine representamen-objet.

    Mais, d�une certaine mani�re, on peut dire et Pierce le dit � que l�objet de la relation entre l�interpr�tant et l�objet, ce n�est pas exactement l�objet qui est objet de l�interpr�tant, c�est l�ensemble de cette relation, c�est-�-dire d�une part que tout �a, c�est l�objet de �a et que d�autre part �a, �a doit r�p�ter �a. Ca doit le r�p�ter en g�n�ral dans la forme et l�avoir pour objet. Et on pourra prendre un exemple.

    Pierce prend un exemple...

    LACAN. � Ce que je traduis en disant que l�existence, c�est l�insistance.

    RECANATI. � On voit que tout le probl�me, c�est le tout d�but, c�est ce qui se passe entre le � representamen � et l�objet. Or, justement il est impossible de rien dire de ce qui se passe l�-dessus, impossible de revenir de ce qui se passe l�-dessus. Tout ce qu�on sait, c�est que �a, ce qui se passe l�-dessus, entre les deux, �a entra�ne tout le reste, je vais finir par l� sur le reste parce que �a, �a continue � l�infini. D�s qu�on veut savoir, pour que �a, �a ait du sens, dit Peirce � le proc�s de signification il se fait � partir de l� � pour que �a, �a ait du sens d�une mani�re ou d�une autre, il faut n�cessairement que du rapport, si on prend l�objet en tant que � justice � et si on prend le � representamen � comme �tant " balance ", il faut justement que cette relation-la qui en soi ne fait rien, elle soit interpr�t�e par ses interpr�tants, ses interpr�tants pouvant �tre n�importe quoi ; �a pourra �tre " �galit� ", et � ce titre-l�, la relation en g�n�ral de l�interpr�tant � ici va �tre elle-m�me interpr�t�e par un deuxi�me interpr�tant, on pourra mettre � communiste �, on pourra mettre ce qu�on voudra, et �a continue sans arr�t. C�est-�-dire qu�au d�part, il y a un tout qui est donn�, il y a une esp�ce de voie, il y a un fond qui est choisi, � l�int�rieur d�un fond diff�renci�, et � partir de l� il y a une tentative d�exhaustion absolument impossible de ce fond � partir de la premi�re �tape qui est donn�e dans le tout. Le triangle s�miotique � on le voit, c�est tr�s clair � reproduit la m�me relation ternaire, que vous aviez cit�e � propos des armoiries des Borrom�e, c�est-�-dire � et Peirce ne dit pas, il ne choisit pas les armoiries des Borrom�e, mais il emploie les m�mes termes � les trois p�les sont li�s par cette relation d�une mani�re qui n�admet pas de relations duelles multiples, mais une triade irr�ductible. Je le cite : � l�interpr�tant ne peut avoir de relation duelle � l�objet, mais � la relation que lui commande celle du signe-objet, qu�il ne peut avoir cependant identique, mais d�g�n�r�e. La relation signe-objet sera le propre objet de l�interpr�tant comme signe �. Donc le triangle se d�veloppe en cha�ne comme interpr�tation interminable� et le mot est de Peirce, c�est quand m�me fantas-(p136->)tique, � interpr�tation interminable � comme expression � c�est-�-dire qu�� chaque fois, c�est ce que vous tracez comme nouvelle hypot�nuse qui est pris pour objet du nouvel interpr�tant � chaque fois. Ceci qui n�est l� qu�en pointill�, en quelque sorte, se voit affirm� comme objet ensuite pour le nouvel interpr�tant, et ce triangle continue � l�infini.

    Pour l�exemple que j�ai pris, la relation " �galit�-justice ", est de m�me ordre que la relation balance-justice. Mais ce n�est pourtant pas la m�me. � �galit� � vise non seulement � justice �, mais aussi le rapport " balance-justice ". Alors, pour revenir � Locke, par exemple, on voit que justement ceci est pris comme objet d�une interpr�tation, mais ce qui est nouveau, en quelque sorte, dans le point de vue terminal, dans le r�sultat de l�interpr�tation, c�est que l�inscription de l�objet y est marqu�e comme telle, parce que justement le rapport en g�n�ral balance-justice est mis � c�t� de l�objet lui-m�me, à savoir la justice. Tel est le mod�le du proc�s de signification en tant qu�il est interminable. D�un premier �cart, celui qui est donn� par un premier trait � l' int�rieur du " ground-reprensentamen-objet ", d�un premier �cart na�t une s�rie d�autres et l��l�ment pur du premier �cart �tait ce " ground ", analogue au pur z�ro. Ici encore, surgit la double fonction du vide.

    Bon, vu l�heure, je ne vais pas continuer, parce qu�il y aurait peut-�tre des tas d�exemples � prendre, et ce, aussi bien un peu partout dans Peirce qu�un peu partout dans toutes les th�ories, l�, j�ai pris l�empirisme. On aurait pu prendre un peu n�importe quoi. Vous avez notamment cherch� du c�t� de Berkeley, c�est une bonne id�e parce que c�est tr�s riche. On pourrait multiplier ces exemples, mais ce ne serait que s�en tenir au commentaire.

    Lacan a dit que son discours permettait de redonner sens aux discours plus anciens. C�est certainement le premier fruit qu�on peut en retirer, mais le rep�rage de ce qui s�est produit en g�n�ral comme frayage sous la plume de Peirce par exemple, n�est encore que l�inscription de ce qui comptait jusque-l� pour du beurre, jusque-l� : jusqu�� Pierce et jusqu�� Lacan comme on voudra. Dor�navant, de cette inscription de ce qui �tait jusque-l� du z�ro, doit na�tre une �norme suite infinie, c�est � cette suite qu�il s�agit de faire place.

    LACAN. � Voil�. Il a fallu que j�aille � Milan, pour �prouver le besoin d�obtenir une r�ponse. Je trouve que celle que je viens d�obtenir est tr�s suffisamment satisfaisante pour que vous puissiez pour aujourd�hui vous en satisfaire aussi.

note: bien que relu, si vous d�couvrez des erreurs manifestes dans ce s�minaire, ou si vous souhaitez une pr�cision sur le texte, je vous remercie par avance de m'adresser un [mailto:gaogoa@free.fr �mail]. [#J.LACAN Haut de Page]  

[../../erreurs.htm commentaires sur la mise][../../erreurs.htm au net des S�minaires] relu ce 20 juillet 2005