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J.LACAN                  gaogoa

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XXVI-La topologie et le temps �1978-1979

Version rue CB                                            [#note note]
[#note ]

15 mai 1979

 

(p1->

LACAN :    Aujourd�hui, �a va �tre un dialogue entre NASIO et Jean-Michel VAPPEREAU.

 

NASIO :    Il  semblerait que monter sur cette estrade conduit presque automatiquement � vous demander, vous les auditeurs de Lacan, l�indulgence. Car c�est seulement hier, lundi � midi, que M. LACAN m�a demand� de vous parler d�une question dont je lui avais fait �tat. Elle concerne la th�orie du sujet de l�inconscient. Si je devais intituler cette intervention, j��crirais : � l�enfant magnifique de la psychanalyse � . Alors que, au d�but de l�ann�e, mon projet �tait d��tudier l�articulation entre le savoir inconscient et l�interpr�tation, progressivement, au fure et � mesure de certains d�veloppements, la question du sujet a pris le dessus, est devenue le probl�me principal. Ce matin, je me bornerai � un rappel succinct des abords possibles du concept de sujet �abords certainement connus de la plupart d�entre vous �afin de vous soumettre ensuite quelques interrogations.

 

     Divisons ce r�sum� en trois parties : selon le rapport du sujet au savoir inconscient, selon le rapport du sujet � la logique de Fregge, et, enfin, selon le rapport du sujet � la castration.

     I- Notre point de d�part sera celui de la psychanalyse elle-m�me, constitu� par ce fait de langage qui s'�nonce : " je ne sais pas ce que je dis ". Si le d�sir de l'hyst�rique est fondateur du transfert, le " je ne sais pas ce que je dis " est le fondateur de la notion d'inconscient chez FREUD et de la notion d'inconscient comme savoir chez LACAN.
        Donc, " Je ne sais pas ce que je dis ". Je ne sais pas quoi ? Je ne sais pas que ce que je dis est un signifiant et, comme tel, ne s'adresse pas au parlant, mais � un autre signifiant. Il s'adresse � l'Autre. Je parle, j'�mets des sons, je construis des sens, mais le dit, lui, m'�chappe. Il m'�chappe parce qu'il n'est pas du pouvoir du sujet de savoir avec quel autre  dit ce dit va se lier. " Le signifiant s'adresse � l'Autre "  (p2->) veut dire qu'il va se lier � un autre signifiant, ailleurs, � c�t�, apr�s. Donc, je ne sais pas quoi ? L'effet de ma parole sur vous. Sur l'Autre. Et de ne pas savoir ce que je dis, je dis plus que je ne voudrai.

     En un mot, je ne sais pas ce que je dis, parce que mon dit va ailleurs, � mon insu, il s'adresse � l'Autre, et, � mon insu aussi, il me vient de l'Autre. Il vient de l'Autre et il s'adresse � l'Autre, il part de l'Autre.

     Il existe encore une raison � ce "je ne sais pas ce que je dis", c'est que le sujet qui �nonce son dit - j'insiste, le sujet qui �nonce - n'est pas le m�me lorsque le message, ou dit, peut lui revenir. Nous ne sommes plus le m�me, parce que dans l'acte de dire, je change; l'expression "sujet effet du signifiant" vaut dire justement que le sujet change avec l'acte de dire.

     En bref, je ne sais pas quoi ?      (phrase illisible)
        1. Je ne sais pas que j'�tais l�, sous tel signifiant. Que tel dit a �t� le signifiant, mon signifiant, le signifiant du sujet. Donc j'�tais l�, un point de non-savoir. Et ce point de non-savoir repr�sente ce qui a �chapp� � l'Autre et qui s'adresse � lui.

       2. De ne pas savoir quel est le signifiant sous la coupe duquel je me trouvais, j'ignore du m�me coup l'autre signifiant auquel il s'adresse. Autrement dit: je ne sais pas , en disant, quel signifiant m'attend.

        3. Je ne sais pas qui je suis.

     En somme vous avez d'une part le sujet fix�, suspendu � un signifiant, celui de son acte de dire. D'autre part les signifiants se succ�dant l'un derri�re l'autre; le sujet, en fait, est nulle part. Je r�p�te, car c'est la conclusion � laquelle je voulais aboutir : le sujet est dans l'acte, son acte d'�noncer le dit, mais �tant donn� que celui-ci vient de l'Autre et s'adresse � l'Autre, que tout se passe entre des dits, le sujet reste suspendu, perdu, effac� dans l'ensemble ouvert des signifiants encha�n�s. Nous sommes le sujet de l'acte et avec cet acte, cependant nous disparaissons. Nous sommes le sujet de l'acte et nous ne sommes pas (1). Voil� ce qu'on pourrait appeler l'antinomie du sujet.

     

     II. Nous pouvons, tout d'abord, nous repr�senter cette antinomie moyennant un objet topologique introduit depuis longtemps dans la th�orie lacanienne. Au lieu de d�finir le sujet, la bande de Moebius va nous le montrer. Mais il serait faux d'identifier directement le sujet � la bande et de dire (p3->) en le signalant : voici le sujet. Non. Ce qui nous int�resse dans la bande de Moebius, c'est que sa propri�t� d'avoir un seul bord change si on op�re une coupure m�diane (tout au moins, c'est le cas pour un ruban tordu d'une seule demi-torsion). A ce moment, c'est-�-dire au moment d'accomplir une courbe ferm�e (qui rejoint son point de d�part), la bande proprement dite dispara�t ; il en r�sulte un ruban qui n'est plus une bande moebienne.
   
     Il ne suffit donc pas de repr�senter le sujet dans l'espace, il faut aussi l'acte de couper, de tracer une courbe ferm�e. L'acte de dire est du m�me type, puisque le signifiant d�termine, fend le sujet en deux: il le repr�sente et le fait dispara�tre.

     Venons-en � une deuxi�me fa�on - logique, cette fois -de consid�rer l'antinomie. Pour ce faire, reprenons l'analyse, �tablie de longue date par le discours lacanien, du rapport entre l'Un et  le z�ro en correspondance au rapport du sujet et du signifiant. Je n'entrerai pas dans les d�tails de la d�monstration; elle a �t� rigoureusement trait�e par J.A MILLER dans son texte sur " La Suture " ? Je me limiterai aux points essentiels de cette corr�lation afin de r�pondre � la question qui nous pr�occupe : comment rendre compte de ce fait th�orique que le sujet est impossible et cependant nomm� et plus que nomm�, compte pour un (soit-il un en plus ou un en moins) ? Comment cette chose fuyante qu'est le sujet peut-elle �tre fix�e avec un signifiant?

     Le rapprochement avec la d�finition du z�ro fournie par FREGE est ici �clairant : c'est un nombre dot� de deux propri�t�s : d'une part, il d�signe le concept d'un objet impossible, non pas � l'�gard de la r�alit�, mais de la v�rit�, parce que non-identique � soi ; et , d'autre part - par rapport � la suite des nombres -, le z�ro compte comme un. Le z�ro se d�finit alors en tant que concept de l'impossible et en tant qu'�l�ment occupant une place dans la succession num�rique. De m�me le sujet, tout en �tant rejet� de la cha�ne signifiante, reste cependant repr�sent� par un signifiant et, partant, �l�ment comptable. Il y a donc une �troite affinit� entre le sujet et le z�ro, encore plus serr�e et importante si l'on consid�re cette fonction qui leur est commune : l'un aussi bien que l'autre assure par sa place singuli�re le mouvement de la suite des nombres. Ainsi, quand nous d�finissons le sujet de l'inconscient comme effet du signifiant dans l'�tre parlant, nous voulons dire que le d�fil� des signifiants � travers  nous fait de nous une constante, un z�ro, un manque, un manque-pilier qui va pr�cis�ment soutenir toute la cha�ne.

     " Cahier pour l'analyse " ; n� 1-2, p.39-51, Paris, 1966

     (p4->) Comment tout ceci se joue-t-il dans l'analyse ? N'est-ce pas une sp�culation d�charn�e ?

Quelle autre vis�e analytique pouvons-nous attendre, si ce n'est que le sujet, dans une analyse, parle, non pas pour dire du sens, pour signifier, mais pour se signifier? C'est-�-dire qu'un sujet parle -l� r�side la paradoxe- pour dispara�tre. Pour qu'il fasse acte et s'efface aussit�t. Nous sollicitons, nous attendons que le sujet d�missionne, vienne � l' Autre, disparaisse et, du m�me coup, relance la cha�ne des signifiants inconscients. Le sujet dit et, en disant, il devient sujet (espace blanc) et dispara�t. Avant l'acte, il n'�tait pas, apr�s l'acte, il n'est plus. Le sujet "ex-siste" en dehors de cette cha�ne, mais par rapport � elle. (?)

     A ce point de la d�monstration, avant d'entrer dans le probl�me de la castration, anticipons d�j� l'interrogation dont je voulais vous faire part: pourquoi, si tout le syst�me est signifiant, si l'ordre est signifiant, y introduire le terme de sujet ? Pourquoi Lacan tient-il � garder ce terme l� o�, en principe, tout conduit � dire qu'il n'y en a pas ? Or, il est d�j� clair que nier l'existence du sujet, tout au moins du point de vue de la th�orie lacanienne, est une erreur. Si vous dites : le sujet est sous le signifiant, puis il n'est plus, vous commettez une erreur. Le sujet est divis�, il est donc aussi dans la cha�ne. Lacan a tenu � conserver ce terme de sujet, voire l'utiliser pour d�marquer la psychanalyse du formalisme.

     M�me par rapport � FREUD, il tient au sujet. Il y a une tr�s belle citation o�, parlant de la satisfaction du d�sir (vous savez que le d�sir se satisfait avec du symbole, du signifiant), Lacan affirme: "FREUD nous dit : " le d�sir se satisfait ", alors que moi je vous propose : (") le sujet du d�sir se satisfait ". Pourquoi ne d�mord-il pas de cette question du sujet ? A reprendre cet �cart, cette nuance par rapport � FREUD, on peut se demander si c'est le concept de satisfaction qui le conduit � ne pas abandonner le sujet. Le sujet lui est-il n�cessaire pour parler de jouissance ou de satisfaction? A mon avis, ce n'est pas la voie � suivre; vous verrez plus tard que le rapport entre le sujet et la jouissance est un rapport d'opposition. On pourrait dire, avec quelques r�serves: l� o� il y a de la jouissance, il n'y a pas de sujet. Ce n'est donc pas cette probl�matique de la jouissance qui explique son attachement au sujet.

    (p5->) III.- Avant d'exposer  quelle probl�matique ce terme de sujet va r�soudre, venons-en directement � notre troisi�me rapport, celui du sujet � la castration. C'est dans le cadre de la castration que nous trouverons chez Lacan une premi�re r�ponse, inspir�e de terme d'aphanisis extrait de JONES, auquel il se r�f�re dans la plupart de ses s�minaires pour en faire - non sans admiration- la critique. D'ailleurs certains concepts importants dans la th�orie lacanienne portent si fortement le sceau de JONES que je me suis dit que LACAN aime FREUD comme son double, mais que c'est JONES qu'il d�sire. Donc, quand FREUD �crit : le d�sir se satisfait, lui dit : le sujet du d�sir se satisfait. JONES propose : aphanisis du d�sir, lui dit : non, c'est l'aphanisis du sujet. Il a donc trouv� le moyen de dire: ce n'est pas que le sujet soit absent de la cha�ne des signifiants, ce n'est pas que nous ne soyons pas dans les milles et un �v�nements qui vont succ�der, c'est que le sujet est, mais comme effac�, que le sujet " s'aphanise ", s'�vanouit chez l'Autre.

     Si maintenant, nous nous rapportons � la castration et � la distinction �tablie par Lacan, il y a d�j� plusieurs ann�es, entre avoir le phallus et l'�tre, nous verrons ce concept d'aphanisis se d�doubler d'apr�s la place que le sujet occupe en r�f�rence au signifiant ou bien � l'objet phallique.

     Je ne puis entrer ici dans l'examen approfondi d'un point que nous avons trait� ailleurs. Demandons-nous simplement, en mani�re de rappel, ce que nous voulons dire quand nous utilisons l'expression bien connue de " �tre ch�tr� " ? Nous y mettons trois significations. Tout d'abord que l'�tre parlant ne s'affronte au sexe qu'avec deux moyens, le signifiant (sympt�me ou pas) et le fantasme ; moyen artisanaux car incapables de r�soudre l'impasse de la jouissance, entendue ici comme inexistence du rapport sexuel. Ensuite, que le recours au signifiant est une contrainte et une soumission; contrainte � une r�p�tition inutile car la suppl�ance ne s'accomplit pas, elle rate; soumission au terme qui ordonne cette r�p�tition: le signifiant phallique. Avoir le phallus veut dire ceci, n'avoir rien du tout et rester cependant soumis � la fonction phallique. Et, enfin, voici que ce travail inexorable de mettre des signifiants l'un apr�s l'autre au cours d'une vie, le sujet s'�teint passivement, s' " aphanise ". C'est l� une des formes de disparition.

(p6->) L'autre forme relative a �tre le phallus d�pend d'une dimension bien diff�rente, celle du fantasme o� nous voyons dispara�tre le sujet cach� derri�re l'objet fantasmatique. Il faut donc tr�s sommairement distinguer deux classes d'aphanisis, deux fa�ons de ne plus �tre l� (ce qui est tout autre chose que de ne pas �tre l�) : une fa�on propre � la r�p�tition, l'autre propre � l'occultation.

     On voit donc sans peine que la castration n'est pas, comme on pourrait le croire, une op�ration n�gative d'�limination d'un organe. Au contraire, ch�trer est un travail de prolif�ration inexorable de signifiants successifs. Et, si quelque chose est affect� de privation, ce n'est pas le p�nis, c'est le sujet lui-m�me. Ch�trer, c'est d�capiter car, plus les signifiants insistent et se r�p�tent, plus le sujet est en moins. Si maintenant, pour r�sumer, nous changeons de vocabulaire et nous demandons � nouveau : qu'est-ce que la castration ? nous dirons qu'elle est une initiation, une entr�e de l'enfant dans le monde de l'�chec en vue d'aborder la jouissance (m�me pas la conna�tre, seulement la signifier) , au prix de dispara�tre. Une fois de plus, nous aboutissons � la m�me conclusion: l'enfant entre dans le monde et il p�lit.

     Retournons au questionnement de tout � l'heure : de quelle sorte d'obstacle ce terme de sujet nous affranchit-il ? Je soumets � votre appr�ciation l'id�e que l'impasse que LACAN a d� lever l'alternative d�j� tr�s ancienne de l'�tre et du non-�tre. Il lui fallait - dans mon interpr�tation- ne pas ontologiser le sujet, ne pas en faire un substrat; il lui fallait, autrement dit, ne pas le plaquer � la notion de repr�sent�. Il �tait n�cessaire que le sujet ne soit pas seulement une chose marqu�e par la repr�sentation, ce qui pour un Berkeley se traduirait sa c�l�bre formule : " l'�tre, c'est l'�tre per�u " et, pour nous, par : " le sujet, c'est le sujet repr�sent� ". Il s'agit donc pour LACAN d'�viter ce sujet-substrat, identifi� exclusivement � une repr�sentation. Si le sujet  n'�tait que cela, pure repr�sentation, nous serions naturellement conduits � l'�riger en entit� absolue, substantielle. Or il fallait, pour ne pas finir dans le filet de la m�taphysique, que le sujet soit autre.

     LACAN, donc, garde d'une main cette notion de repr�sent� mais, pour que cela ne soit pas un substrat, il introduit alors de l'autre la notion de sujet effac� dans toute la cha�ne. L'inverse �tant valable; la n�cessit�  de ne pas faire dispara�tre compl�tement le sujet explique (p7->) le recours � la notion de sujet repr�sent�. Cette double main, bien s�r, c'est le sujet divis�. Je veux �tre clair sur ce point : l'astuce n'est pas tant d'avoir divis� le sujet - il aurait pu le diviser en �tre et non-�tre -, que de l'avoir divis� entre la repr�sentation et l'ensemble des repr�sentations. Quel int�r�t � cela ?  C'est que, de cette fa�on-l�, il divise le sujet entre l'�tre repr�sent� et, d'autre part, le fait �clater en autant de dires, en autant de signifiants qui s'ordonnent en cha�ne. Ainsi, il garde le sujet et conserve surtout la cha�ne : la cha�ne des repr�sentations inconscientes, ou bien la cha�ne des signifiants. J'insiste encore sur le fait que la division du sujet n'est pas entre l'�tre et le non-�tre, mais entre l'un et l'Autre, entre un signifiant qui le repr�sente et l'�vanouissement dans la cha�ne ou, encore, pour reprendre nos lettres, entre  S1 et S2.
(S indice 1 et S indice 2)

     Or la solution de diviser le sujet en �ludant ces deux risques repose tout enti�re sur la fonction repr�sentative : un signifiant repr�sente le sujet pour un autre signifiant. Sans ce concept de repr�sentation, la division du sujet serait impensable, car c'est par un repr�sentant que le sujet demeure attach� au syst�me. Mais - et voici l'interrogation dont j'ai fait �tat � Mr LACAN et que je vous soumets - cette amarre de la repr�sentation n'est-elle pas trop mince pour maintenir ensemble deux dimensions si h�t�rog�nes : la d�termination signifiante et l'effet d'un sujet disparu ? Comment concevoir que la repr�sentation puisse r�unir la d�termination et le rejet, la cause de l'abolition et ce qui est aboli ? Pour certains d'entre vous une telle question peut susciter des objections parmi lesquelles quelques-unes pourraient m�me se trouver d�j� dans la trame de cet expos�, voir �tre avanc�es par moi-m�me. Cependant, je pr�f�re au contraire ne pas taire la question et la laisser nous conduire, quitte � ce que, plus tard, nous soyons oblig�s de revenir sur nos pas.

Donc, � partir de cette mise en cause de la repr�sentation en tant que diviseur du sujet il me semble possible, plut�t que de diviser horizontalement le sujet, de le multiplier verticalement en autant de signifiants qui compose une cha�ne. Un sujet �tag�, feuillet� en somme. Cette conception spatiale du sujet nous est apparue avec la consid�ration d'une certaine classe de surface topologique, nomm�e surface de RIEMANN (2), d�finie par une fonction analytique. RIEMANN, savant et math�maticien du XIX �me si�cle, avait g�nialement r�solu - dans le cadre (p8->) de la th�orie des fonctions analytiques � variables complexes - le cas anormal d'une fonction multiforme. C'est le cas - je ne fais que le mentionner - d'une variable (relative � un nombre complexe, par exemple racine carr� de z ) � laquelle correspond plus d'une fonction. Afin de lever l'obstacle d'une irr�gularit� g�nante pour d'autres calculs (calcul int�gral), RIEMANN sort, pour ainsi dire, du champ propre des fonctions alg�briques et recourt � l'espace g�om�trique, voire � l'imaginaire de l'espace. Ainsi, il proc�de � une multiplication de la variable en autant de valeur qu'il y a de fonctions. Au lieu donc de chercher � r�duire le nombre de fonctions et accorder une fonction � une variable, il trouve ce m�me accord en d�coupant la valeur de la variable; en un mot, au lieu de diminuer les fonctions, il d�multiplie les variables (3). Or cette multiplication aura, tout au moins dans cette d�marche de RIEMANN (cela a �t� modifi� depuis), un support spatial, topologique. Il dresse en hauteur un b�ti compos� de feuillets superpos�s, chacun correspondant � une valeur et l'ensemble recouvrant le plan des nombres complexes; le nombre d'�tages ou de feuillets peut, selon le genre de surface, monter � l'infini. C'est cette structure, pr�cis�ment, que l'on nomme surface de RIEMANN.

L'analogie d'une analyse de ce type avec le sujet est pour nous remarquable. Pourquoi ne pas supposer - quitte � nous reprendre - que le sujet subit le m�me accroissement, le m�me feuilletage que RIEMANN faisait subir � la valeur de la variable et supposer encore que, si le sujet se multiplie ainsi � la mesure des signifiants composant de la cha�ne, il finit par s'y identifier ?
Nous savons bien que ceci signifierait lib�rer le sujet de toute attache au syst�me, puisque ce syst�me, il le devient ; nous savons aussi qu'il existe un nom pour d�signer cette assimilation du sujet � la cha�ne : le sujet suppos� savoir; nous savons encore, comme j'ai essay� de l'expliquer, qu'il ne faut pas confondre la n�gation du sujet et d�pendance du sujet, qu'une chose est de dire que le sujet n'est pas et une autre qu'il s'aphanise. Tout, ceci, nous le savons. Mais d'ordinaire, quand les psychanalystes que nous sommes pratiquent aussi bien la th�orie que l'analyse, ce sujet glisse entre nos doigts; nous raisonnons et philosophons comme si en fait le sujet n'�tait qu'un ornement surajout�, un " joker " commode dans le jeu th�orique. Tout se passe comme si nous �tions " sujettistes " de pens�e mais formaliste de c�ur. 

(p9->) Or quand nous proposons,                    avec l'appui de la surface de RIEMANN, de voir le sujet se feuilleter et dispara�tre, nous sommes en train de confirmer cette intuition, mieux, peut-�tre, nous sommes en train de l'interroger comme un sympt�me au lieu d'essayer obstin�ment de la corriger. Le terrain serait alors plus d�gag� pour reconna�tre ais�ment la n�cessit� d'approfondir l'aphanisis effective du sujet et, du m�me coup, en cons�quence, de retravailler la dimension imaginaire du moi. A partir de nos formulations  sur le sujet, c'est tout particuli�rement ce th�me du moi et de l'intuition qui s'offre � l'examen. Si le sujet reste confin� � la cha�ne comme nous le supposons, s'impose alors la n�cessit� de nous pencher sur la port�e de l'instance imaginaire du moi et d'analyser plus � fond son rapport � l'intuition.

Bref, il s'agirait de maintenir vive la question : " qui est le sujet ?" Si nous reprenons notre terminologie en parlant de la castration, si au lieu du sujet nous disons l'enfant, si au lieu de la cha�ne nous traduisons loi du p�re,  si au lieu d'affirmer simplement jouissance, * nous ajoutons jouissance de la m�re et si, enfin, nous nous demandons qui est cet enfant de la psychanalyse, qui est cet enfant magnifique dont la psychanalyse parle tant pour soutenir ses hypoth�ses, nous devons alors r�pondre que cet enfant, ce sujet donc, est celui qui parle et pense avec les mots du p�re attir� par la jouissance de la m�re. L'enfant magnifique de la psychanalyse, nous les �tres parlants, nous ne sommes que des �tres de vent, des messagers �vanouissant entre la jouissance qui aspire les mots et le nom du p�re qui les ordonne.

                                 ������������������������

* un nom illisible est indiqu� dans la marge droite du document, qui se termine par ..Y, .AY ?

Notes

1- Je prononce " nous sommes ". Or, d'apr�s ce qui pr�c�de, "nous sommes" est une inexactitude. Car, si je dis que le sujet est dans l'acte, puis qu'il s'efface dans tous les dits qui se succ�dent, il reste la question : mais qui est ce " nous " ? Je dis " nous sommes ", car comment indiquer autrement que  "nous ne saurions sp�culer sur le sujet sans partir de ceci, que nous-m�me comme sujets, nous sommes impliqu�s dans cette profonde duplicit� du sujet " (LACAN).

(p10->) 2- La surface de RIEMANN ou structure de vari�t� analytique complexe est une des sources communes � la th�orie des fonctions alg�briques et � la topologie. Une des propri�t�s, qui peut particuli�rement nous int�resser dans le maniement des objets topologiques introduits par LACAN, est l'orientabilit� de la surface de RIEMANN. Inversement, toute surface  ferm�e orientable est hom�omorphe � une surface de RIEMANN, c'est le cas de la sph�re, du tore, du tore trou� ( � p trou ) . 
Pour cette derni�re remarque, on peut consulter sans trop de peine le II �me chapitre de G. SPRINGER. Introduction to RIEMANN surfaces, Reading, 1951.

3- Il est int�ressant de noter que cette d�couverte de RIEMANN est en �troite d�pendance avec sa th�orie des multiplicit�s ( tr�s marqu�e par la philosophie de HERBART ). Cf. l'ouvrage de B.RUSSEL, Fondements de la G�om�trie, Gautier-Villars, 1901.

(Ce texte a �t� revu par Mr. J. D. NASIO )

 

�������.

 

VAPPEREAU :     Je n�ai pas voulu interrompre NASIO au moment ou il parlait de la bande de Moebius, parce que je crois que, comme avec l�espace de Rieman, on imagine que c�est � partir de l� que nous pourrions dialoguer. Alors je vais dessiner cette bande de Moebius et vous trouverez le commentaire du dessin que je vais faire dans l��tourdit qui se trouve dans Scilicet. Je n�ai pas l�intention d�illustrer ce texte et je vais plut�t m�en servir pour r�pondre � la question�enfin, disons, le Docteur Lacan m�a incit� � vous parler, il m�a pr�sent� les  quatre volumes du S�minaire qui sont �dit�s et il m�a demand� d�en tirer quelque chose pour vous et j�ai fait quelques dessins.

     Alors voil� la bande de Moebius dont NASIO a parl� � propos du S1---> S2 en terme de math�mes (page suivante- c.�.d ci-dessous) et je vais tracer le dessin de la coupure dont il a tr�s bien parl�. Voil� cette coupure. Si vous extrayez le lambeau de surface que vous obtenez apr�s avoir coup� selon le trait bleu qui est un trait continu, vous obtenez une surface � un seul bord et une seule face, qui est elle m�me une surface de Moebius.

     Et de l�autre c�t� du tableau, je vais dessiner de l�autre extr�mit� une cha�ne borrom�enne dont je pourrais d�ailleurs mettre une consistance en bleu.

     Alors voil�, c�est entre ces deux dessins, que je vais essayer de vous parler des quatre volumes du S�minaire, � propos de deux termes, � propos d�abord su terme de machine et de celui de n�ud.

(p 11 ->)

File:L150519.jpg

-Alors dans ces quatre volumes, les machines occupent une place tr�s importante, dans le second, dans le livre II. Et il est bien �vident que, quand j�ai commenc� � lire le livre I, parce qu�il est paru en m�me temps que � Encore �, le livre XX, - le livre XX, j�avais assist� au S�minaire, j��tais tr�s content de l�avoir, comme �a, pour pouvoir le lire �eh bien, le Livre I, je dois dire que je ne  comprenais pas tr�s bien le d�but o� il �tait question de l�Ego, un terme que je ne connaissais pas parce que ce n�est pas, disons, un endroit d�o� je viens, alors j�ai attendu un peu et c�est seulement � propos de cette question de l�au-del� de la psychologie que je me trouve int�ress�. Or cette question est d�velopp�e dans le S�minaire en termes d�Imaginaire et de Symbolique que dans un premier temps, je vous propose de consid�rer comme �tant les deux phases de la bande bipartite qui sont ici de part et d�autre du bleu, parce qu�il faudrait que vous vous rendiez compte, soit en le d�coupant, soit en le dessinant, qu�on obtient sur la bande de Moebius ainsi, on obtient une bande bipartite, c�est-�-dire qu�on s�pare la bande, non pas en deux parties, n�importe lesquelles, mais en deux faces. Je vais vous les colorier : en voil� une verte, ici il y a une torsion, alors il va y avoir l�autre c�t�, mais c�est le vert de nouveau qui r�appara�t l�, et encore du vert si je continue, ici �a va �tre l�autre c�t�, ici voil� le vert qui va r�appara�tre l�. Et puis il y a une partie que je colorie en rouge qui est l�envers du vert (sch�ma en haut de la page).

     Alors c�est � propos de cette bande, si je vous propose en essayant de rester tr�s pr�s du livre I du S�minaire, je me suis rendu compte que la partie qui concernait le bleu, c��tait le R�el. Alors l� en fin de compte, c�est tr�s maladroit de pr�senter les choses comme �a, parce que c�est carr�ment de la repr�sen-(p12->) tation. Mais dans le S�minaire, le Livre I, il se trouve qu�effectivement il est question du R�el � propos, il m�a sembl�, de la Verneinung de Freud, comment�e par Hyppolite, et c�est ainsi que je rattache � cela l�expos� de Mme Lefort, � propos de ces deux termes � Le loup ! le loup ! �.

 

     Bien, mais venons-en aux machines. Le S�minaire suivant, le Livre II d�veloppe, me semble-t-il, l� cette question des machines que j�ai �t� tr�s surpris de rencontrer sous cet aspect dans la mesure ou je les avais �tudi�es comme des automates abstraits chez les math�maticiens et puis que j�avais eu l�id�e de ce qu�une machine pouvait �tre, bien qu�on ne pense pas assez souvent qu�une poulie ou un d� soit une machine. Et ce vers quoi je voudrais aller, c�est parler de machines qui sont un petit peu diff�rentes les unes des autres et parler du n�ud et des cha�nes comme machines.

 

     Alors si je m�en tiens pour l�instant � l��poque de ce livre II du S�minaire du Docteur Lacan, si je m�en tiens aux machines math�matiques, les machines r�cursives qui produisent une r�p�tition d�une certaine op�ration aussi longtemps qu�on veut, qui ont des limitations et qui ont �chou� � rendre compte des langages naturels, eh bien, ces machines ont une t�te de lecture ou d��criture, eh bien, je crois qu�il ne faut pas se pr�occuper excessivement de la t�te ou uniquement. Les math�maticiens et les logiciens, le probl�me qu�ils se sont pos� avec cette t�te, c�est de savoir si elle passait dans diff�rents �tats. On appelle �a  les �tats de la machine et on note �a S1, S2, etc.� Or �a m�a beaucoup servi comme analogie, au d�but, de suivre le programme, la grammaire de cette t�te. Mais j�ai tr�s vite �t� amen�  � d�doubler cette t�te et maintenant je me rends compte parfaitement que ce qu�il y a en face de la t�te c�est ce qu�on appelle la bande-machine, je me rends compte tout � fait qu�il faut s�occuper de la bande. Seulement les bandes dans les machines de Moebius, non justement pas de Moebius, mais de Turing, n�ont pas de torsion, c�est � dire que ce sont des machines forc�ment lin�aires et, avec ces machines, on arrive jamais � leur faire faire autre chose que ce qu�elles savent faire, mais qui rencontrent, d�s que contraintes, une limite, c�est � dire que la limite se trouve du c�t� de l�infini, c�est-�-dire qu�il faut brancher, pour rendre compte des langues naturelles, semble-t-il, une infinit� de machines, les unes � c�t� des autres, pour r�ussir � leur faire faire quoi ? On pourrait se le demander, mais du c�t� de la bande, il faut s�int�resser � la bande comme machine, et c�est d�j� une �tape comme celle que j�ai dessin�e l�. Et vous voyez bien que ce n�est pas suffisant de le monter par un seul dessin, il faut transformer, il faut faire fonctionner cette machine. C�est une �tape des machines donc.

(p13->)

E il me semble qu�avec �a on pourrait faire quelque chose. Alors comme je m�int�resse s�rieusement � cette bande avec ses torsions et ses trous,

File:L1505110.jpgje vais vous dessiner une autre repr�sentation de cette bande avec un trou et vous monter une petite machination assez surprenante, enfin plut�t vous en monter les deux termes parce que c�est tr�s long de faire des dessins interm�diaires et c�est tout un exercice. Alors il s�agit, d�une part de cette bande  sur laquelle je perce un trou. Si je perce un trou ici et que j��tends ce trou au point d��largir les bords de ce trou, j�obtiens cela. Je vais dessiner ici assez gros. C�est-�-dire que je fais faire au bord du trou le trou du trou central et je vais remettre la partie bleue. Voil�.

     Eh bien, cette figure, sur laquelle on peut reporter le rouge et le vert, il se trouve que cette figure est ce qu�on appelle un carrefour de bande, si on d�coupe la partie bleue que j�ai colori�e, on va obtenir un carrefour de bande deux fois fendues et que je vais redresser. Alors ces objets que je dessine ont des propri�t�s et il se trouve, quand je lis, j�essaye de puiser dans l�ensemble des figures  d�un certain nombre d�objets que j�ai d�j� dessin�s, j�essaye de puiser dedans et de voir si ce que je lis donne quelque chose, r�pond ou r�sonne avec les dessins et les probl�mes qui ici sont des probl�mes de surfaces. Or �a ne marche jamais tr�s longtemps ; �a, je crois que c�est une constante, une constante de cette fa�on de faire qui est qu�on arrive � chaque fois � un moment ou les choses paraissent insuffisantes.

Mais ce que je voudrais essayer de dire, c�est qu�il y a un saut, parce qu�on a d�j� commenc� � faire marcher une autre machine, quand on abandonne un certain type de machine. Et il ne faut pas chercher � les pousser � l�extr�me, c�est-�- (p14->) dire � l�extr�me, c�est-�-dire nulle part. Par exemple, je vais vous le montrer sur cette figure, il y a d�j� le dessin l� des bords et je peux m�int�resser aux bords. Or qu�est-ce que ces bords vont me donner ? Eh bien, je vois ici qu�il y a un trou. Or le trou, si on raisonne sur le trou, le bord du trou, on imagine tr�s bien qu�il est ind�pendant, tout � fait ind�pendant des autres bords qui sont sur cette surface, parce qu�on voit bien ici qu�il est ind�pendant de la partie bleue et l�autre bord rouge ext�rieur. Ici on voit bien que le bord  de ce trou noir est tout � fait ind�pendant (III page pr�c�dente) Cette petite pastille, elle n�est pas nou�e. Par cons�quent, je peux par contre dessiner la partie bleue et la partie rouge : la partie bleue, �a va �tre un huit int�rieur sur lequel vient se nouer en rouge une consistance ; la partie bleue, c�est le bord de la bande de Moebius qui est trac�e sur la bande de Moebius et le bord du trou, c�est un rond noir.

 

     Alors j�essaye de faire comme �a monstration d�un cheminement qui �choue et qui reprend successivement� Dans le Livre II o� il est question des machines, � propos du S�minaire, j�ai essay� d�appliquer cette machine, c�est-�-dire celle-ci, ce carrefour de bande, au r�ve que fait Freud � propos d�Irma et dont part le Dr Lacan. Alors effectivement je situe le mouvement du r�ve et je m�aper�ois qu�effectivement dans le commentaire on peut suivre tr�s pr�cis�ment Freud qui s��carte, qui se met � l��cart avec Irma. Alors il part, au lieu de rester sur la bande l�, qui est travers�e de la partie bleue, il emprunte une bretelle ici (sch�ma II page pr�c�dente), c�est-�-dire qu�au carrefour il va s��carter du trajet normal de la bande bleue. Et vous voyez qu�il va �tre entra�n� pour passer sous la bande. Or c�est � ce moment l� qu�il voit la bouche ouverte d�Irma et la remarque qui �tait faite dans le S�minaire, c��tait qu�� ce moment l� il aurait d� se r�veiller, or il ne se r�veille pas. Alors qu�est-ce que je me suis pos� comme question ? Je me suis dit : qu�est-ce qui fait qu�il ne se r�veille pas ? Et en travaillant ces bandes d�une part, et en r�vant aussi, je suis arriv� � situer le r�veil du c�t� de la torsion, c�est-�-dire qu�il semblerait que dans ce dessin de Freud n�a pas rencontr� de torsion.

 

     Alors je voulais vous montrer, c��tait comment, si on d�coupe selon ses trois bords cette bande que je vais finir de colorier, si on d�coupe  cette bande, on peut r�ussir � la pr�senter comme ceci, on peut r�ussir � la pr�senter ainsi sans torsion (page suivante), c�est-�-dire que vous imaginez la complexit� pour monter �a directement par des transformations continues. Alors c�est l� que je suis amen� � faire un petit peu de math�matique. Ce que j�entends par faire des math�matiques � ce moment-l�, c�est  chercher des moyens interm�diaires qui me permettent de justifier cette transformation, que j�ai rencontr� parce que je

(p15->)

File:L1505111.jpgtravaillais avec ses objets.

Alors j�hachure la bande dans son plein, il n�y a plus de torsion et il s�agit d�une v�ritable spirale. Or il me semble par cons�quent que tout �a tient tr�s tr�s bien avec les probl�mes de l�analyse, c�est-�-dire que cette spirale sans torsion, je dis tout de suite que je crois pas que ce soit une psychose, je dirai que �a � quelque qui est de l�ordre de l�analyse dans un premier sch�ma que j�ai retrouv� assez bien �vocateur dans le livre I du S�minaire, au cours de la derni�re r�union o� le Dr. LACAN nous a propos� un sch�ma de l�analyse qui est dat� de cette �poque du Livre I du S�minaire.

     Alors vous voyez la question qui s��labore, c�est qu�il y a une part d�illustration, il y a une part math�matique que je pr�serve et qu�� mon avis, il n�est pas indispensable de d�velopper autrement et je vais essayer de m�expliquer sur �a en parlant justement du Livre XI qui, lui, reprend, � mon avis, enfin tel que je l�ai lu le Livre I. Il m�a sembl� que c��tait un d�veloppement analogue, or il est question dans ce Livre XI �norm�ment de math�mes, d��criture math�matique qui correspondent donc � un autre ordre que ce que tout � l�heure disait Nasio, qui n�est pas topologique, mais ensuite parlant de logique avec le z�ro de Frege, ces choses effectivement sont tr�s pr�sentes, ces diff�rentes fa�ons d�aborder une question, si on veut s�en tenir � cela, soit avec des bandes, soit avec des �critures. Et c�est autour de ces termes que nous tournons.

     Eh bien, je dirais que le livre XI dans lequel il y a beaucoup de math�mes qui surprennent les math�maticiens parce qu�ils n�y comprennent rien, il faut �tre un peu logicien pour suivre cela et je crois qu�avec les cha�nes et les n�uds, on arrive particuli�rement bien � s�y plier.

     Alors c�est pour cela que je vais sauter au livre XX qui, lui, me para�t extr�mement dense, tr�s concis, mais dans lequel il est question de cette faille compacte que les math�maticiens peuvent lire et reconna�tre l� la d�finition tout � fait correcte de ce que nous connaissons comme compacit�, et je crois qu�on peut renvoyer cette faille compacte � ce qui en sort, s�apercevoir que par exemple elle renvoie au S�minaire XI, si on le lit, au moment justement ou le r�seau du signifiant est (p16->) pr�sent� dans le chapitre juste avant qui s�appelle � L�inconscient freudien � et o�, LACAN, apr�s avoir parl� de LEVI-STRAUSS et de � La pens�e sauvage �, il dit qu�il y a quelque chose d�un petit peu diff�rent de la pens�e magique, c�est la discontinuit�.  Alors �a doit faire rigoler encore plus les math�maticiens, la discontinuit�, de parler de discontinuit� � ce moment-l�, parce que justement la topologie se d�finit justement des fonctions continues. Donc ceci peut para�tre  extr�mement  difficile et pourtant je pense, sur le plan de l�enseignement de Lacan, que c�est � dessiner, � �viter justement mes math�matiques en tant que pratique de l��criture, que les n�uds et les cha�nes, �a apporte quelque chose justement et qu�il faut diff�rencier des surfaces que j�ai dessin�es ici au tableau qui, elles, surfaces, sont des machines encore sommaires � l��gard  des cha�nes qui sont des machines, je dirais, plus consistantes, qu�on peut pratiquer tr�s simplement, comme les d�s sont des machines ; on peut jeter les d�s, on peut aussi jeter les cha�nes, borrom�ennes ou pas, par terre, les ramasser, les reprendre. Or je suis de l�avis que les dessiner, quand on arrive � les dessiner, produit des contraintes de structure qui peuvent �tre mieux  suivies qu�avec la manipulation du mod�le physique. Et j�en viens par l� � discuter ce terme de mod�le, parce que, si j��voque ces machines d�une part et les math�matiques d�autre part, c�est un crit�re que de pouvoir construire en math�matique ce que l�on appelle des mod�les. Et l� je dis qu�il ne s�agit pas de mod�les parce que finalement je dessine - ici j�ai m�me dessin� assez maladroitement � mais je vous proposerai pour cela justement le fait suivant : ce n�est pas des mod�les parce que le Dr LACAN a pouss� le travail sur les �critures des math�mes au point, dans � Encore �, de nous produire quelque chose �il ne le dit peut-�tre pas dans ce s�minaire, mais un peu plus tard � que quelqu�un d�autre avait d�j� remarqu� et il s�agit en l�occurrence du � Pas-tous �. Or effectivement si on �tudie les math�matiques, c�est-�-dire la question de la th�orie des math�matiques, c�est-�-dire la question de la th�orie des mod�les, de la th�orie des ensembles dans le langage du calcul des pr�dicats, on ne comprend rien au � Pas-tous �, on ne le d�couvre jamais  puisque toute l�affaire est faite pour que justement avec le tau(x) [../../erreurs%20reperees.htm#tau *] de Hilbert les choses n�apparaissent pas. Par cons�quent il faut avoir une autre id�e de ce qu�on cherche pour trouver le � pas-tous � dans la th�orie des ensembles et dans le calcul des pr�dicats. Mais c�est parfaitement articul� et c�est avec cet argument qu�on arrive � produire quelque chose. Or je dis qu�apr�s dans ce s�minaire XX, apr�s avoir articul� pr�cis�ment � propos du math�me  la borne par-dessus laquelle le math�maticien qui fait le calcul des pr�dicats n�est pas oblig� de sauter, eh bien, on rencontre les cha�nes, c�est-�-dire on revient aux machines, on quitte ces mod�les et la th�orie des ensembles m�me plus m�canis�e et on revient � des machines beaucoup plus simples. Et c�est des machines beaucoup plus simples qui me semblent avoir un int�r�t � �tre pratiqu�es.

(p17->) Alors je dirai : qu�est-ce qu�il y a de particulier avec ces cha�nes, pour finir ? Pour reprendre la question que NASIO a pos�e avec la question du Un et de l�Autre, je dirai, pour r�pondre aussi � cette question de la repr�sentation de la repr�sentation ou du Rien, que, si je trace une cha�ne � quatre, si je trace une cha�ne borrom�enne � quatre, eh bien, il y a trois ronds � et �a, le Dr LACAN le dit tr�s bien dans les s�minaires qui sont parus dans Ornicar, il y a trois

File:L1505112.jpgronds que je vais d�signer l�un en bleu comme dans la figure pr�c�dente, c�est-�-dire celui-ci, un autre en rouge et un troisi�me en vert.  Si on coupe un des trois qui sont color�s, le quatri�me �tant rest� noir, les deux autres color�s sont libres, donc ils sont nou�s�, ils pr�sentent quelques analogies avec la structure borrom�enne, c�est-�-dire que si on en coupe un des trois, un quelconque des trois, les deux autres sont libres. Or qu�est-ce qui se passe dans la structure borrom�enne ? Il se trouve que le quatri�me est implicite, dit Lacan quelque part apr�s  dans les  S�minaires qui suivent, le quatri�me est implicite, eh bien, la question, elle est de savoir qu�est-ce qui tient les trois. Chacun des trois tient les trois, chacun des trois tient les deux autres, peut-on dire, mais on peut m�me dire qu�il tient les trois. Mais rien �mais alors est-ce qu�on tombe dans la mystique ? �rien, mais c�est un rien qui compte, c�est-�-dire un vide, parce qu�il n�est pas question de le repr�senter ici par un quatri�me. Ici, je dirai que le quatri�me est explicite. Ici le quatri�me est explicite, je le nomme File:Sigma.gif, ici qu�est-ce qui tient les trois ? C�est la structure borrom�enne qui fait �a, qui les tient, c�est un rien qui compte. Voil� comment je dirais que cet effet de nodalit� - voil� comment je le vois ou comment je le dis - cet effet de nodalit� permet, � mon sens, de faire jouer quelque chose qui n�est pas repr�sentable et ne peut pas �tre �puis� par aucune machine, c�est-�-dire que c�est une machine , mais par contre c�est une machine soit-m�me qui se (p18->) pratique, c�est-�-dire qui est � la port�e de la main et qui est, � mon sens, quelque chose comme, pour �voquer l�endroit dans le S�minaire o� pour la premi�re fois, appara�t la nodalit� , c�est quelque chose comme le tir � l�arc (sch�ma page pr�c�dente- ci-dessus) ; c�est-�-dire- je prends cette r�f�rence dans le livre XI, le Dr LACAN a pr�sent� la pulsion dans ces termes en faisant ce dessin � propos d�un bord- eh bien, c�est le circuit aller-et-retour de la pulsion qui contourne le a. C�est la premi�re occurrence de la nodalit� dans les dessins du Dr LACAN. Regardez comment j�ai �t� frapp� de retrouver un autre dessin qui, lui,

File:L1505113.jpgn�est jamais comment� qui pr�sente exactement ce bord et ce circuit. Ici il s�agit encore d�une cha�ne � trois avec une consistance qui passe dans un trou, enfin que je consid�re comme un trou et qui se trouve �tre une cha�ne borrom�enne. Or je voudrais dire que le recours � ces figures, la question que moi je me pose, c�est, � propos justement que ce soit de l�id�e d�enseigner ou de pouvoir discuter, c�est quel type exactement de mise en �uvre il faut effectuer pour r�ussir � en faire quelque chose ? C�est-�-dire qu�il me semble qu�effectivement l� �je ne me suis toujours guid� que l�-dessus �il y avait quelque chose qui jouait  dans le texte des S�minaires, c�est-�-dire que le Dr. LACAN  �crivait ou parlait- c�est �a que j�intitulerai volontiers �a � machine � �crire �, parce que �a donne finalement quelque chose d��crit, - eh bien, il parlait , disons, d�une mani�re mat�rielle et consistante. Qu�il ait r�ussi � d�velopper diff�rentes machines jusqu�� rencontrer la cha�ne borrom�enne qui maintenant �. qu�on peut se fabriquer pour quoi ? Pour fonctionner, pour fonctionner et � ce moment-l�, avec cette machine qui, il me semble, lorsqu�on la pratique, donne des effets, surtout assure, je dirais une tr�s grande consistance mat�rielle au discours, c�est-�-dire qu�elle permet de faire des �tapes dans la lecture comme dans l��criture d�une part - et �a je le prends dans un sens tr�s ample � elle permet de faire des parcours, des petits parcours machiniques qui �chouent. Mais c�est exactement comme dans l�interpr�tation d�un mot d�esprit, c�est-�-dire, que lorsqu�on n�a pas �puis� la structure, lorsqu�on a fait fonctionner l�analyse d�un mot d�esprit, on n�a pas �puis� , mais on a d�une certaine fa�on l�impression qu�on a tari, d�t�rior� le brillant de cette lampe qu�est le mot d�esprit. Eh bien, avec la structure ici en pr�sence, vous pouvez faire fonctionner, vous pouvez travailler les cha�nes, mais vous n��puiserez jamais, jamais vous ne direz  quel est en l�occurrence dans la cha�ne � trois et s�il ne s�agit pas de la repr�senter et je ne crois pas que ce soit rien puisque �a fait tenir les cha�nes et que vous vous trouvez affront� � la mat�rialit� de la cha�ne.

(p19->)  Donc l� ce qui me para�t important, c�est qu�avec le dernier donc de ces s�minaires, quand on atteint la nodalit�, ce que je reconnais comme tel, eh bien, il n�est pas question de continuer dans un mouvement infini de constitution de machine, parce que l� on rencontre une machine qu�on n��puise pas, il me semble, qui est dans l�espace, structure l�espace de telle mani�re qu�elle n��puise pas et ne peut pas �puiser l�espace. Alors toutes les �tapes pr�c�dentes, c��tait constamment cette structure qui rejaillissait, qui faisait rebondir les diff�rentes machines qu�il fallait faire fonctionner. Et ce que �a nous apprend, c�est qu�il faut les faire marcher, c�est-�-dire que ce n�est pas simplement � les regarder qu�on peut en apprendre quelque chose.

     Alors du c�t� de l��criture math�matique, moi, je dois dire que je l�ai pratiqu�e tr�s cabalistiquement au point de lire BOURBAKI, c�est-�-dire pour finir, je dirai qu�il y a une torsion dans les �crits math�matiques tr�s difficile, il me semble que les espaces feuillet�s dont tu faisais r�f�rence, c�est tr�s difficile, c�est inimaginable m�me, mais je ne crois pas qu�on ait une meilleure garantie de structure. Du c�t� d�une chose qui peut math�matiquement �tre inscrite en calcul des pr�dicats, si on lit la question du � pas-tous � telle que LACAN l�articule dans le S�minaire � Encore �,  on voit que m�me sur le calcul des pr�dicats- il est l� question de mod�le- les espaces feuillet�s, il ne faut pas y retomber en tant que mod�le.

     Voil�, �a a �t� assez difficile.

note: bien que relu, si vous d�couvrez des erreurs manifestes dans ce s�minaire, ou si vous souhaitez une pr�cision sur le texte, je vous remercie par avance de m'adresser un email. [#J.LACAN Haut de Page]
Séance relue et corrigée par le Dr Renato Barrios ce 3 mai 2005