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'J.LACAN'                        gaogoa

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IX-L'IDENTIFICATION

            Version rue CB                                    [#note note]

S�minaire du 28 mars 1962

    (->p320) (XV/1) 

Red plane in the sky with contrail.jpg

A quoi nous sert la topologie de cette surface, de cette surface appel�e tore, pour autant que son inflexion constituante, ce qui n�cessite ses tours et retours est ce qui peut nous sugg�rer le mieux la loi � laquelle le sujet est soumis dans le processus de l'identification-? Ceci bien s�r ne pourra finalement nous appara�tre que quand nous aurons effectivement fait le tour de tout ce qu'il repr�sente et jusqu'� quel point il convient � la dialectique propre au sujet en tant qu'elle est dialectique de l'identification.

    A titre donc de rep�re et pour que quand je mettrai en valeur tel ou tel point, que j'accentuerai tel relief, vous enregistriez, si je puis dire, � chaque instant le degr� d'orientation, le degr� de pertinence par rapport � un certain but � atteindre de ce qu'� cet instant j'avancerai, je vous dirai qu' � la limite ce qui peut s'inscrire sur ce tore, pour autant que cela peut nous servir, va � peu pr�s se symboliser ainsi, que cette forme, ces cercles dessin�s, ces lettres attenantes � chacun de ces cercles, vont nous le d�signer � l'instant. Le tore sans doute para�t avoir une valeur privil�gi�e. Ne croyez pas que ce soit la seule forme de surface non sph�rique qui soit capable de nous int�resser ; je ne saurais trop encourager ceux (->p321) (XV/2) qui ont pour cela quelque penchant, quelque facilit�, � se rapporter � ce qu'on appelle topologie alg�brique et aux formes qu'elle vous propose dans ce quelque chose qui, si vous le voulez, par rapport � la g�om�trie classique, celle que vous gardez inscrite au fond de vos culottes du fait de notre passage dans l'enseignement secondaire, se pr�sente exactement dans l'analogie de ce que j'essaie de vous faire sur le plan symbolique, ce que j'ai appel� une logique �lastique, une logique souple. Cela c'est encore plus manifeste pour la g�om�trie dont il s'agit. Car la g�om�trie dont il s'agit dans la topologie alg�brique se pr�sente elle-m�me comme la g�om�trie des figures qui sont en caoutchouc. Il est possible que, les auteurs fassent intervenir ce caoutchouc, ce "rubber" comme on dit en anglais, pour bien mettre dans l'esprit de l'auditeur ce dont s'agit ; il s'agit de figures d�formables et qui � travers toutes les d�formations restent en rapport constant. Ce tore n'est pas forc� de se pr�senter ici dans sa forme bien remplie. Ne croyez pas que parmi les surfaces qu'on d�finit, qu'on doit d�finir, qui sont celles qui nous int�ressent essentiellement, les surfaces closes, pour autant qu'en tout cas le sujet se pr�sente lui-m�me comme quelque chose de clos, les surfaces closes, qu'elle que soit votre ing�niosit�, vous voyez qu'il y a tout le champ ouvert aux inventions les plus exorbitantes. Ne croyez pas d'ailleurs que l'imagination s'y pr�te de si bon gr� au forgeage de ces formes souples, complexes, qui s'enroulent, se nouent avec elles-m�mes. Vous n'avez qu'� essayer de vous assouplir � la th�orie des noeuds pour vous apercevoir combien il est difficile d�j� de se repr�senter les combinaisons les plus simples ; encore ceci ne vous m�nera-t-il pas loin. Car on d�montre que toute surface close, si compliqu�e soit-elle, vous arriverez (->p322) (XV/3) toujours � la r�duire par des proc�d�s appropri�s � quelque chose qui ne peut pas aller plus loin qu'une sph�re, pourvue de quelques appendices parmi lesquels justement ceux qui du tore s'y repr�sentent comme poign�e annex�e, une poign�e ajout�e � une sph�re, telle que je vous l'ai dessin�e r�cemment au tableau, une poign�e suffisant � transformer la sph�re et la poign�e en un tore du point de vue de la valeur topologique.

    Donc, tout peut se r�duire � l'adjonction � la forme d'une sph�re avec un certain nombre de poign�es plus un certain nombre d'autres formes �ventuelles.

    J'esp�re que la s�ance avant les vacances je pourrai vous initier � cette forme qui est bien amusante - mais quand je pense que la plupart d'entre vous ici n'en soup�onnent m�me pas l'existence ! - c'est ce qu'on appelle en anglais un "cross-cap" ou ce qu'on peut d�signer par le mot fran�ais de mitre. Enfin, supposez un tore qui aurait pour propri�t� quelque part sur son tour d'inverser sa surface, je veux dire qu'� un endroit qui se place ici entre deux points A et B la surface ext�rieure traverse la surface qui est en avant traverse la surface qui est en arri�re, les surfaces s'entrecroisent l'une l'autre. Je ne peux que vous l'indiquer ici. Cela a des propri�t�s bien curieuses et cela peut-�tre m�me pour nous assez exemplaire, pour autant qu'en tout cas c'est une surface qui a cette propri�t� que la surface externe, elle, si vous voulez, se trouve en continuit� avec la face interne en passant � l'int�rieur de l'objet et donc peut revenir en en seul tour de l'autre c�t� de la (->p323) (XV/4) surface d'o� elle est partie. C'est la chose tr�s facile � r�aliser de la fa�on la plus simple quand vous faites avec une bande de papier ce qui consiste � la prendre et � la tordre de fa�on � ce que son bord soit coll� au bord extr�me en �tant renvers�. Vous vous apercevez que c'est une surface qui n'a effectivement qu'une seule face, en ce sens que quelque chose qui s'y prom�ne ne rencontre jamais dans un certain sens aucune limite qui passe d'un c�t� � l'autre sans que vous puissiez saisir � aucun instant o� le tour de passe-passe  s'est r�alis�.

    Donc il y a l� la possibilit� sur la surface d'une sph�re quelconque comme venant � r�aliser, � simplifier une surface si compliqu�e, soit-elle, la possibilit� de trous ; vous ne pouvez pas aller au-del�, c'est-�-dire que quelque compliqu�e que soit la surface que vous imaginiez, je veux dire par exemple quelque compliqu�e que la surface que vous ayez � faire, vous ne pourrez jamais trouver quelque chose de plus compliqu� que �a. De sorte qu'il y a un certain naturel � la r�f�rence au tore comme � la forme la plus simple intuitivement , la plus accessible.

    Ceci peut nous enseigner quelque chose. L�-dessus je vous ai dit la signification que nous pouvions donner par convention, artifice, � deux types de l'axe circulaire, pour autant qu'ils y sont privil�gi�s. Celui qui fait le tour de ce qu'on peut appeler le cercle g�n�rateur du tore, s'il est un tore de r�volution pour autant que susceptible de se r�p�ter ind�finiment, en quelque sorte le m�me et toujours diff�rent, il est bien fait pour repr�senter pour nous l'instance signi-(->p324) (XV/5)iante et sp�cialement l'insistance de la demande r�p�titive, d'autre part ce qui est impliqu� dans cette succession de tours, � savoir une circularit� accomplie tout en �tant inaper�ue par le sujet qui se trouve pour nous offrir une symbolisation passive �vident et en quelque sorte maxima quant � la sensibilit� intuitive de ce qui est impliqu� dans les termes m�mes du d�sir inconscient, pour autant que le sujet en suit les voies et les chemins sans le savoir. A travers toutes ces demandes, il est en quelque sorte � lui seul, ce d�sir inconscient, la m�tonymie de toutes ces demandes, et vous voyez � l'incarnation vivante de ces r�f�rences auxquelles je vous ai assouplis, habitu�s tout au long de mon discours, nomm�ment � celui de 1a m�taphore et de la m�tonymie.

    Ici, la m�tonymie trouve en quelque sorte son application la plus sensible comme �tant manifest�e par le d�sir en tant que le d�sir est ce que nous articulons comme suppos� dans la succession de toutes les demandes en tant qu'elles sont r�p�titives. Nous nous trouvons devant quelque chose o� vous voyez que le cercle ici d�crit m�rite que nous l'affections du symbole grand D, en tant que symbole de la Demande. Ce quelque chose concernant le cercle int�rieur doit bien avoir affaire avec ce que j'appellerai le d�sir m�tonymique. Eh bien, il y a parmi ces cercles, l'essai que nous pouvons en faire, un cercle privil�gi� qui est facile � d�crire : c'est le cercle qui partant de l'ext�rieur du tore trouve le moyen de se boucler, non pas simplement de passer � travers le trou central, mais d'envelopper le trou central sans pour autant passer par le trou central. Ce cercle l� a le privil�ge de faire les deux (->p325) (XV/6) � la fois. Il passe � travers et il l'enveloppe. Il est donc fait de l'addition de ces deux cercles, c'est-�-dire il repr�sente D + d, l'addition de la demande et du d�sir, en quelque sorte nous permet de symboliser la demande avec sa sous-jacence de d�sir.

    Quel est l'int�r�t de ceci ? L'int�r�t de ceci est que si nous aboutissions � une dialectique �l�mentaire, � savoir celle de l'opposition de deux demandes, si c'est � l'int�rieur  de ce m�me tore que je symbolise par un autre cercle analogue la demande de l'Autre avec ce qu'il va comporter pour nous de "ou..., ou...","ou ce que je demande", "ou ce que tu demandes" nous voyons �a tous les jours dans la vie quotidienne, ceci pour rappeler que dans les conditions privil�gi�es au niveau o� nous allons la chercher, l'interroger dans l'analyse il faut que nous nous souvenions de ceci, � savoir de l'ambigu�t� qu'il y a toujours dans l'usage m�me du terme "ou", "ou bien", ce terme de la disjonction symbolis� en logique ainsi : a V b.

    I1 y a deux usages de ce "ou..., ou...". Ce n'est pas pour rien que la logique marquerait tous ses efforts et, si je puis dire, fait effort pour lui conserver toujours les valeurs de l'ambigu�t�, � savoir pour montrer la connexion d'un "ou ..., ou ..." inclusif avec un "ou ..., ou ..." exclusif.

    Que le "ou..., ou" concernant par exemple ces deux cercles peut vouloir dire deux choses : le choix entre un des deux de ces cercles. Mais est-ce que cela veut dire que simplement quant � la position du "ou ..., ou ..." il y ait (->p326) (XV/7) exclusion ? Non, ce que vous voyez  c'est que dans le cercle dans lequel je vais introduire ce "ou..., ou..." comporte ce que l'on appelle l'intersection symbolis�e en logique par Omega.jpg .

    Le rapport du d�sir avec une certaine intersection comportant certaines lois n'est pas simplement appel� pour mettre sur le terrain, matter of fact, ce qu'on peut appeler le contrat, l'accord des demandes ; c'est, �tant donn� l'h�t�rog�n�it� profonde qu'il y a entre ce champ et celui-ci, suffisamment symbolis� par ceci : ici nous avons affaire � la fermeture de la surface et l� � proprement parler � son vide interne. C'est cela qui nous propose un mod�le qui nous montre qu'il s' agit d'autre chose que de saisir la partie commune entre les demandes. En d'autres termes, il s'agira pour nous de savoir dans quelle mesure cette forme peut nous permettre de symboliser comme tels les constituants du d�sir, pour autant que le d�sir pour le sujet est ce quelque chose qu'il a � constituer sur le chemin de la demande. D'ores et d�j� je vous indique qu'il y a deux points, deux dimensions que nous pouvons privil�gier dans ce cercle particuli�rement significatif dans la topologie du tore : c'est d'une part la distance qui rejoint le centre du vide central avec ce point qui  se trouve �tre, qui peut se d�finir comme une sorte de tangence gr�ce � quoi un plan recoupant le tore va nous permettre de d�gager de la fa�on la plus simple ce cercle privil�gi�. C'est cela qui nous donnera la d�finition, la mesure du petit a en tant qu'objet du d�sir.

    D'autre part, ceci pour autant qu'il n'est lui-m�me rep�rable, d�finissable, que par rapport au diam�tre m�me (->p327) (XV/8) de ce cercle exceptionnel, c'est dans le rayon, dans la moiti� si vous voulez de ce diam�tre, que nous verrons ce qui est le ressort, la mesure derni�re du rapport du sujet au d�sir, � savoir le petit Fi.jpg en tant que symbole du phallus. Voil� ce vers quoi nous tendons et ce qui prendra son sens, son applicabilit� et sa port�e du chemin que nous aurons parcouru avant, pour nous permettre de parvenir � rendre pour vous maniable, sensible et jusqu'� un certain point suggestif d'une v�ritable intensit� structurale, cette image m�me.

    Ceci dit, il est bien entendu que le sujet, dans ce � quoi nous avons affaire � notre partenaire qui nous appelle en �a que nous avons devant nous sous la forme de cet appel ; et ce qui vient parler devant nous seul, ce qu'on peut d�finir et scander comme le sujet, seul cela s'identifie. Ca vaut la peine de le rappeler parce que apr�s tout, la pens�e glisse facilement. Pourquoi, si on ne met pas les points sur les i, on ne dirait pas que la pulsion s'identifie et qu'une image s'identifie ? Ne peut �tre dit avec justice s'identifier, ne s'introduit dans la pens�e de Freud le terme d'identification qu'� partir du moment o� on peut � un degr� quelconque, m�me si ce n'est pas articul� dans Freud, consid�rer comme la dimension du sujet - cela ne veut pas dire que �a ne nous m�ne pas beaucoup plus loin que le sujet - cette identification.

    La preuve l� aussi - je vous rappelle ceci dont on ne peut savoir si c'est dans les ant�c�dents, les premiers ou dans le futur de mon discours que je le pointe - c'est que la premi�re forme d'identification et celle � laquelle on se (->p328) (XV/8) r�f�re avec quelle l�g�ret�, quel psittacisme de sansonnet, c'est l'identification qui, nous dit-on, incorpore, ou encore ajoutant une confusion � l'impr�cision de la premi�re formule introjecte. Contentons-nous d'incorporer qui est la meilleure. Comment m�me commencer par cette premi�re forme d'identification alors que pas la moindre indication, pas le moindre rep�re, sinon,  vaguement m�taphorique, ne vous est donn� dans une telle formule sur ce que �a peut m�me vouloir dire ? Ou bien si l'on parle d'incorporation, c'est bien parce qu'il doit se produit quelque chose au niveau du corps. Je ne sais si je pourrai cette ann�e pousser les choses assez loin, je 1'esp�re tout de m�me, nous avons du temps devant nous pour arriver, revenant de l� d'o� nous partons, � donner son plein sens et son sens v�ritable � cette incorporation de la premi�re identification.

    Vous le verrez, il n'y a aucun autre moyen de la faire intervenir sinon de la rejoindre par une th�matique qui a d�j� �t� �labor�e, et depuis les traditions les plus antiques, mythiques, voire religieuses  sous le terme de "corps  mystique". Impossible de ne pas prendre les choses dans l'empan qui va de la conception s�mitique primitive : il y a du p�re de toujours � tous ceux qui descendent de lui identit� de corps, mais � l'autre bout vous savez il y a la notion que je viens d'appeler par son nom, celle de corps mystique, pour autant que c'est d'un corps que se constitue une �glise ; et �a n'est pas pour rien que Freud, pour d�finir pour nous l'identit� du moi dans ses rapports avec ce qu'il appelle � l'occasion "Massen psychologie" se r�f�re � la corpor�it� de l'�glise.

    (->p329) (XV/10) Mais comment  vous faire partir de 1� sans pr�ter � toutes les confusions et croire que, comme le terme mystique l'indique assez, c'est sur de tous autres chemins que ceux o�  notre exp�rience voudrait nous entra�ner, ce n'est que r�troactivement, en quelque sorte, revenant sur les conditions n�cessaires de notre exp�rience, que nous pourrons nous introduire dans ce que nous sugg�re d'ant�c�dence toute tentative d'aborder dans dans sa pl�nitude la r�alit� de l'identification. L'abord donc que j'ai choisi dans la deuxi�me forme de l'identification n'est pas de hasard , c'est parce que cette identification est saisissable sous le mode de l'abord par le signifiant pur , par le fait que nous pouvons saisir d'une fa�on clair  et rationnelle un  biais pour entrer dans ce que �a veut dire l'identification du sujet pour autant que le sujet met au monde le trait unaire, plut�t que le trait unaire une fois d�tach� fait appara�tre le sujet comme celui qui compte, au  double sens du terme.

 L'ampleur de l'ambigu�t� que  vous pouvez donner � cette formule - : celui qui compte activement sans doute, mais aussi celui qui compte                               (espace vide -note du claviste-) tout simplement dans la r�alit� , celui qui compte vraiment, �videmment va mettre du temps � se retrouver dans son compte, exactement le temps que nous mettrons pour parcourir tout ce que je viens de vous d�signer - aura pour vous son plein sens (sch�ma) :

File:Dd.jpg
Chatterton et ses compagnons dans l'Antarctique plusieurs centaines de kilom�tres de la c�te, explorateurs livr�s � la plus grande frustration, celle qui ne tient pas seulement aux 

carences plus ou moins �lucid�e � ce moment - car c'est un (->p330) (XV/11)  un texte d�j� d'une cinquantaine d'ann�e - aux carences plus ou moins �lucid�es d'une alimentation sp�ciale qui est encore � l'�preuve � ce moment, mais qu'on peut dire d�sorient�s dans un paysage, si je puis dire, encore vierge, non encore habit� par l'imagination humaine, nous rapporte dans les notes bien singuli�res � lire qu'ils se comptait toujours un de plus qu'ils n'�taient, qu'ils ne s'y retrouvaient pas : "On se demandait toujours o� �tait pass� le manquant", le manquant qui ne manquait pas sinon de ceci que tout effort de compte leur sugg�rait toujours qu'il y en avait un de plus, donc un de moins.

Vous touchez l� l'apparition � l'�tat nu du sujet qui n'est rien que cela, que la possibilit� d'un signifiant de plus, d'un 1 en plus gr�ce � quoi il constate lui-m�me qu'il y en a un qui manque.

Si je vous rappelle cela c'est  simplement pour pointer dans une dialectique comportant les termes les plus extr�mes o� nous situons notre chemin et o� vous pourrez croire et quelquefois vous demander m�me si nous n'oublions pas certaines r�f�rences. Vous pouvez  par exemple vous demander m�me quel rapport il y a  entre le chemin que je vous ai fait parcourir et ces deux termes auxquels nous avons eu affaire, nous avons affaire constamment mais � des moments diff�rents, de l'Autre et de la chose.

Bien s�r, le sujet lui-m�me au dernier terme est destin� � la chose, mais sa loi, plus exactement son fatum, est ce chemin qu'il ne peut d�crire que par le passage par l'Autre (->p331) (XV/12) en tant que l'Autre est marqu� du signifiant, et c'est dans l'en de�� de ce passage n�cessaire par le signifiant que se constituent comme tels le d�sir et son objet. L'apparition de cette dimension de l'Autre et l'�mergence du sujet, je ne saurais trop le rappeler pour vous donner bien le sens de ce dont il s'agit et dont le paradoxe, je pense, doit vous �tre suffisamment articul� en ceci que le d�sir, au sens - entendez le - le plus naturel, doit et ne peut se constituer que dans la tension cr��e par ce rapport � l'Autre, laquelle s'origine en ceci de l'av�nement du trait unaire en tant que d'abord et pour commencer de la chose il efface toujours ce quelque chose tout autre chose que cet un qui a �t� � jamais irrempla�able ; et nous trouvons l� d�s le premier pas - je vous le fais remarquer en passant - la formule, l� se termine la formule de Freud : l� o� �tait la chose je dois advenir. Il faudrait remplacer � l'origine par : "Wo es war, da durch den Ein", plut�t par "durch den Eins" l� par le un en tant que un, le trait unaire, "werde ich", adviendra le "je" : tout du chemin est tout trac� � chaque point du chemin.

    C'est bien l� que j'ai tent� de vous suspendre la derni�re fois en vous montrant le progr�s n�cessaire � cet instant en tant qu'il ne peut s'instituer que par la dialectique effective qui s'accomplit dans le rapport avec l'Autre.

    Je suis �tonn� de l'esp�ce de matit� dans laquelle il m'a sembl� que tombait mon articulation, pourtant soign�e, du Rien Peut-�tre et du Peut-�tre Rien. Qu'est-ce qu'il faut donc pour vous y rendre sensibles ?

    (->p332) (XV/11) Peut-�tre que justement mon texte � cet endroit et la sp�cification de leur distinction comme message en question, puis comme r�ponse, mais pas au niveau de la question, comme suspension de la question au niveau de la question, a �t� trop complexe pour �tre simplement entendu de ceux qui ne l'ont pas not� dans ses d�tours afin d'y revenir. Si d��u que je puisse �tre c'est forc�ment moi qui ai tort, c'est pourquoi j'y reviens et pour me faire entendre. Est-ce qu'aujourd'hui par exemple je ne vous sugg�rerai pas au moins la n�cessit� d'y revenir ; et en fin de compte c'est simplement vous demandant : est-ce que vous pensez que "rien de s�r" comme �nonciation peut vous para�tre pr�ter au moindre glissement, � la moindre ambigu�t� avec "s�rement rien ?" C'est tout de m�me pas pareil. I1 y a la m�me diff�rence entre le "rien peut-�tre", et le "peut-�tre rien". Je dirai m�me qu'il y a dans le premier, le "rien de s�r", la m�me vertu de sapage de la question � l'origine qu'il y a dans "le rien peut-�tre". Et m�me dans le "s�rement rien", il y a la m�me vertu de r�ponse �ventuelle sans doute, mais toujours anticip�e par rapport � la question, comme c'est facile � toucher du doigt, me semble-t-il, si je vous rappelle que c'est toujours avant toute question et pour des raisons de s�curit�, si je puis dire, qu'on apprend � dire, dans la vie quand on est petit, s�rement rien. Cela veut dire s�rement rien d'autre que ce qui est d�j� attendu, c'est-�-dire ce qu'on peut d'avance consid�rer comme r�ductible � z�ro, comme le lacs. La vertu d�sangoissante de l'Erwartung, voil� ce que Freud sait nous articuler � l'occasion, rien que ce que nous savons d�j� : quand on est comme �a on est tranquille, mais on ne l'est pas toujours.

    (->p333) (XV/14) Ainsi donc ce que nous voyons, c'est que le sujet pour trouver la chose s'engage d'abord dans la direction oppos�e, qu'il n'y a pas moyen d'articuler ces premiers pas du sujet, sinon par un rien dont il est important de vous le faire sentir dans cette dimension m�me � la fois m�taphorique et m�tonymique du premier jeu signifiant parce que chaque fois que nous avons affaire avec ce rapport du sujet au rien, nous autres analystes, nous glissons r�guli�rement entre deux pentes : la pente commune qui tend vers un rien de destruction, c'est la f�cheuse interpr�tation de l'agressivit� consid�r�e comme purement r�ductible au pouvoir biologique d'agression, qui n'est d'aucune fa�on suffisante, sinon par d�gradation, � supporter la tendance au rien telle qu'elle surgit � un certain stade n�cessaire de la pens�e freudienne et juste avant qu'il ait introduit l'identification dans l'instinct de mort.

     L'autre, c'est une n�antisation qui s'assimilerait � la n�gativit� h�g�lienne. Le rien que j'essaie de faire tenir � ce moment  initial pour vous dans l'institution du sujet est autre chose. Le sujet introduit le rien comme tel et ce rien est � distinguer d'aucun �tre de raison qui est celui de la n�gativit� classique, d'aucun �tre imaginaire qui est celui de l'�tre impossible quant � son existence, la fameux Centaure qui arr�te les logiciens, tous les logiciens, voire les m�taphysiciens, � l'entr�e de leur chemin vers la science, qui n'est pas non plus l'ens privativum, qui est � proprement parler ce que Kant admirablement dans la d�finition de ses quatre rien, dont il tire si peu parti, appelle le nihil negativum, � savoir pour employer ses propres termes : "leere Gegenstand ohne Begriff", (->p334) (XV/15) un objet vide, mais ajoutons sans concept, sans saisie possible avec la main. C'est pour cela, pour l'introduire, que j'ai d� remettre devant vous le r�seau de tout le graphe, � savoir le r�seau constitutif du rapport � l'Autre avec tous ses renvois.

    Je voudrais, pour vous mener sur ce chemin, vous paver la voie de fleurs. Je vais m'y essayer aujourd'hui, je veux dire marquer mes intentions quand je vous dis que c'est � partir de la probl�matique de l'au-del� de la demande que l'objet se constitue comme objet du d�sir ; je veux dire que c'est parce que l'Autre ne r�pond pas, sinon que "rien peut-�tre", que le pire n'est pas toujours s�r, que le sujet va trouver dans un objet les vertus m�mes de sa demande initiale. Entendez que c'est pour vous paver la voie de fleurs que je vous rappelle ces v�rit�s d'exp�rience commune, dont on ne reconna�t pas assez la signification, et tacher de vous faire sentir que ce n'est pas par hasard, analogie, comparaison, ni seulement fleur mais affinit�s profondes qui me feront vous indiquer l'affinit� au terme de l'objet � cet Autre - avec un grand A - en tant par exemple qu'elle se manifeste dans l'amour, que le fameux morceau d'Eliante dans le Misanthrope est repris du "De natura rerum" de Lucr�ce .  

"La p�le est aux jasmins en blancheur comparable... 
La noire � faire peur une brune adorable ; 
La maigre a de la taille et de la libert�, 
La grasse est dans son port pleine de majest�, 
La malpropre, sur soi de peu d'attraits charg�e 
Est mise sous le nom de beaut� n�glig�e ..."

        

    (->p335) (XV/16) Ce n'est rien d'autre que le signe impossible � effacer de ce fait que l'objet du d�sir ne se constitue que dans le rapport � l'Autre en tant que lui-m�me s'origine de la valeur du trait unaire. Nul, privil�ge dans l'objet sinon dans cette valeur absurde donn�e � chaque trait d'�tre un privil�ge.

    Que faut-il encore d'autre pour vous convaincre de la d�pendance structurale de cette constitution de 1'objet (objet du d�sir) par rapport � 1a dialectique initiale du signifiant, en tant qu'elle vient �chouer sur la non-r�ponse de l'Autre, sinon le chemin d�j� parcouru par nous de la recherche sadienne que je vous ai longuement montr� - et si c'est perdu, sachez tout au moins que je me suis engag� � y revenir dans une pr�face que j'ai promise � une �dition de Sade - que nous ne pouvons m�conna�tre avec ce que j'appelle ici l'affinit� structurante de ce cheminement vers l'Autre en tant qu'il d�termine toute institution de l'objet du d�sir ; que nous voyons dans Sade � chaque instant m�l�es, tress�es l'une avec l'autre l'invective - je dis l'invective contre l'�tre Supr�me, sa n�gation n'�tant qu'une forme de l'invective m�me si c'en est la n�gation la plus authentique - absolument tiss�e avec ce que j'appellerai, pour en approcher, l'aborder un peu, non pas tant la destruction de l'objet que ce que nous pourrions prendre d'abord pour son simulacre parce que vous savez l'exceptionnelle r�sistance des victimes du mythe sadien � toutes les �preuves par o� elles font passer le texte romanesque. Et puis quoi, qu'est-ce que veut dire cette sorte de transfert � la m�re incarn�e dans la nature d'une certaine et fondamentale (->p336) (XV/17) abomination de tous ses actes ? Est-ce que ceci doit nous dissimuler ce dont il s'agit et qu'on nous dit pourtant qu'il s' agit en l'imitant dans ses actes de destruction et en les poussant jusqu'au dernier terme par une volont� appliqu�e � la forcer � recr�er autre chose, c'est-�-dire quoi ? redonner sa place au cr�ateur.

    Enfin de compte au dernier terme, Sade l'a dit sans le savoir, il articule ceci par son �nonciation : je te donne ta r�alit� abominable, � toi le p�re en me substituant � toi dans cette action violente contre la m�re. Bien s�r, la restitution mythique de l'objet au rien ne vise pas seulement la victime privil�gi�e, en fin de compte ador�e comme objet du d�sir, mais la multitude m�me par millions de tout ce qui est. Rappelez-vous les complots anti-sociaux des h�ros de Sade. Cette restitution de l'objet au rien simule essentiellement l'an�antissement de la puissance signifiante. C'est l� l'autre terme contradictoire de ce foncier rapport � l'Autre tel qu'il s'institue dans le d�sir sadien, et il est suffisamment indiqu� dans le voeu dernier testamentaire de Sade en tant qu'il vise pr�cis�ment ce terme que j'ai sp�cifi� pour vous de la seconde mort, la mort de l'�tre m�me en tant que Sade dans son testament sp�cifie que de sa tombe et intentionnellement de sa m�moire malgr� qu'il soit �crivain il ne doit litt�ralement rester pas de traces et le fourr� doit �tre reconstitu� sur la place o� il aura �t� inhum�, que de lui essentiellement comme sujet c'est 1e pas de traces qui indique l� o� il veut s'affirmer : tr�s pr�cis�ment comme ce que j'ai appel� l'an�antissement de la puissance signifiante. 

(->p337) (XV/18) S'il y a autre chose que j'ai � vous rappeler ici pour scander suffisamment la l�gitimit� de l'inclusion n�cessaire de l'objet du d�sir dans ce rapport � l'Autre en tant qu'il implique la marque du signifiant comme tel, je vous la d�signerai moins dans Sade comme dans un de ses commentaires r�cents, contemporains les plus sensibles, voire les plus illustres. Ce texte paru tout de suite apr�s la guerre dans un num�ro des Temps Modernes, r��dit� r�cemment par les soins de notre ami Jean-Jacques Pauvert dans l'�dition nouvelle de la premi�re version de Justine, c'est la pr�face de Paulhan. Un texte comme celui-l� ne peut nous �tre indiff�rent, pour autant que vous suivez ici les d�tours de mon discours ; car il est frappant que ce soit par les seules voies d'une rigueur rh�toricienne - vous le verrez qu'il n'y a pas d'autre guide au discours de Paulhan, l'auteur de "Fleurs de Tarbes" - que le d�gagement par lui si subtil j'entends par ces voies de tout ce qui a �t� articul� jusqu'� pr�sent sur le sujet de la signification du sadianisme, � savoir ce qu'il appelle "complicit� de l'imagination sadienne avec son objet", c'est-�-dire la vue de l'ext�rieur, je veux dire par l'approche qu'en peut faire une analyse litt�rale, la vue la plus s�re, la plus stricte que l'on puisse donner de l'essence du masochisme, dont justement il ne dit rien si ce n'est qu'il nous fait tr�s bien sentir que c'est dans cette voie, que c'est l� le dernier mot de la d�marche de Sade, non pas � la jurer cliniquement et en quelque sorte du dehors o� pourtant le r�sultat est manifeste. Il est difficile de mieux s'offrir � tous les mauvais traitements de 1a soci�t� que Sade ne l'a fait � chaque instant, mais ce n'est pas l� l' essentiel, l'essentiel �tant suspendu dans ce texte de Paulhan, (->p338) (XV/19) que je vous prie de lire, qui ne proc�de pas que par les voies d'une analyse rh�torique du texte sadien pour nous faire sentir seulement derri�re un voile le point de convergence en tant qu' il se situe dans ce renversement tout apparent  fond� sur la  plus profonde complicit� avec ce dont la victime n'est ici en fin de compte que le symbole marqu� d'une sorte de substance, absente de l'id�al des victimes sadiennes. C'est en tant qu' objet que le sujet sadien s'annule, en quoi affectivement il rejoint ce qui ph�nom�nologiquement nous appara�t alors dans les  textes de Masoch, � savoir que le terme, que le comble de la  jouissance masochiste n'est pas tellement dans le fait qu'elle s'offre � supporter ou non telle ou telle douleur corporelle, mais dans cet extr�me singulier qu'� savoir dans les livres vous retrouverez toujours dans les textes petits ou grands de la phantasmagorie masochiste, cette annulation � proprement parler du sujet en tant qu'il se fait pur objet. Il n'y a � cela  de terme que le moment o� le roman masochiste quel qu'il soit, en arrive � ce point qui du dehors peut para�tre tellement superflu, voire de fioritures, de luxe, qui est � proprement parler qu'il se forge lui-m�me, ce sujet masochiste comme �tant l'objet d'un marchandage ou tr�s exactement d'une vente entre les deux autres qui se la passe comme un bien, bien v�nal - et observer le m�me pas f�tiche - car le dernier terme s'indique dans le fait  que c'est un bien vil vendu pour pas cher qu'il n'y aura m�me pas lieu de pr�server comme l'esclave antique qui au moins se constituait, s'imposait au respect par sa valeur marchande.

(->p339) (XV/20) Tout ceci, ces d�tours, ce chemin pav� par des fleurs de Tarbes pr�cis�ment ou des fleurs litt�raires, pour bien vous marquer ce que je veux dire quand je parle de ce que j'ai pour vous accentu� : � savoir la perturbation profonde de la jouissance en tant que la jouissance se d�finit par rapport � la chose, par la dimension de l'Autre comme tel en tant que cette dimension de l'Autre se d�finit par m'introduction du signifiant.

    Encore trois petits pas en avant et puis je remettrai � la prochaine fois la suite de ce discours dans la crainte que vous ne sentiez trop quelle fatigue grippale m'abrite aujourd'hui.

    Jones est un curieux personnage dans l'histoire de l'analyse : par rapport � l'histoire de l'analyse ce qu'il impose � mon esprit, je vous le dirai tout de suite pour continuer ce chemin de fleurs d'aujourd'hui, c'est quelle diabolique volont� de dissimulation il pouvait bien y avoir chez Freud pour avoir confi� � ce rus� Galois, comme tel � trop courte vue, pour qu'il n'aille pas trop loin dans le travail qui lui �tait confi�, le soin de sa propre biographie. C'est l� dans l'article sur le symbolisme que j'ai consacr� � l'oeuvre de Jones, ce qui ne signifie pas simplement le d�sir de clore mon article sur une bien bonne, ce qui signifie ce sur quoi j'ai conclu, � savoir la comparaison de l'activit� du rus� Galois avec le travail du ramoneur. Il a en effet fort bien ramon� tous les tuyaux et on pourra me rendre cette justice que dans le dit article (->p340) (XV/21) je l'ai suivi dans tous les d�tours de la journ�e jusqu'� sortir avec lui tout noir par la porte qui d�bouche sur le salon, comme vous vous le rappelez peut-�tre. Ce qui m'a valu de la part d'un autre membre �minent de la Soci�t� analytique, un de ceux que j'appr�cie et aime le plus, gallois aussi, l'assurance dans une lettre qu'il ne comprenait vraiment absolument rien � l'utilit� que je croyais apparemment trouver dans cette minutieuse d�marche.

    Jones n'a jamais rien fait de plus dans sa biographie pour marquer quand m�me un peu ses distances que d'apporter une petite lumi�re ext�rieure, � savoir les points o� la construction freudienne se trouve en d�saccord, en contradiction avec l'�vangile darwinien, ce qui est tout simplement de sa part une manifestation proprement grotesque de sup�riorit� chauvine.

     Jones donc, au cours d'une oeuvre dont le cheminement est passionnant en raison de ses m�connaissances m�me,  � propos sp�cialement du stade phallique et de son exp�rience exceptionnellement abondante des homosexuelles f�minines, Jones rencontre le paradoxe du complexe de castration qui constitue assur�ment le meilleur de tout ce � quoi il a adh�r� -  et bien fait d'adh�rer - pour articuler son exp�rience et o� litt�ralement il n'a jamais p�n�tr� que �a. La preuve, c'est l'introduction de ce terme, certes maniable, � condition qu'on sache quoi en faire, � savoir qu'on sache y rep�rer ce qu'il ne faut pas faire pour comprendre la castration : le terme d'aphanisis. Pour d�finir 1e sens de ce que je peux appeler sans rien forcer ici l'effet d'oedipe, Jones nous dit quelque chose qui  (->p341) (XV/22) ne peut mieux se situer dans notre discours :  ici il se trouve, qu'il le veuille ou non, partie prenante que l'Autre, comme je vous l'ai articul� la derni�re fois, interdit l'objet ou le d�sir. Mon "ou" est ou a l'air d'�tre exclusif. Pas tout � fait : "ou tu d�sires que je d�sirais, moi le Dieu mort, et il n'y a plus d'autre preuve - mais elle suffit - mon existence que ce commandement qui t'en d�fend l'objet" ; exactement il le fait constituer dans 1a dimension du perdu : "Tu ne peux plus, quoi que tu fasses, qu'en retrouver un autre, jamais celui-l�" . C'est l'interpr�tation 1a plus intelligente que je puisse donner � ce pas que franchit all�grement Jones- et je vous assure tambour battant - quand il s'agit de marquer  l'entr�e de ces homosexuelles dans le domaine soufr� qui sera d�s lors leur habitat : ou l'objet ou le d�sir, je vous assure que �a ne tra�ne pas.

    Si je m'y arr�te, c'est pour donner � ce choix: " vel... vel...", la meilleure interpr�tation, c'est-�-dire que j'en rajoute, je fais parler au mieux mon interlocuteur. "Ou tu renonces au d�sir", nous dit Jones. Quand on le dit vite �a peut avoir 1'air d'aller de soi, d'autant qu'auparavant on nous a donn� l'occasion du repos de l'�me et du m�me coup de la comprenoire en nous traduisant la castration comme aphanisis. Mais qu'est-ce que �a veut dire que renoncer au d�sir ? Est-ce que c'est tellement tenable, cet aphanasis du d�sir, si nous lui donnons cette fonction comme dans Jones, de sujet de crainte.  

    Est-ce que c'est m�me concevable d'abord dans le fait d'exp�rience, au point o� Freud le fait entrer en (->p342) (XV/23) jeu dans une des issues possibles - et je l'accorde - exemplaires du conflit freudien, celui de l'homosexuelle f�minine ? Regardons y de pr�s. Ce d�sir qui dispara�t � quoi, sujet, tu renonces, est-ce que notre exp�rience ne nous apprend pas que �a veut dire que d�s lors ton d�sir va �tre si bien cach� qu'il peut un temps para�tre absent ? Disons m�me � la fa�on de notre surface du cross-cap ou de la mitre : il s'inverse dans la demande. La demande ici, une fois de plus, re�oit, son propre message sous une forme invers�e. Mais en fin de compte, qu'est-ce que �a veut dire ce d�sir cach� sinon ce que nous appelons et d�couvrons dans l'exp�rience comme d�sir refoul� ? I1 n' y a en tout cas qu'une seule chose que nous savons fort bien que nous ne trouverons jamais dans le sujet : c'est la crainte du refoulement en tant que telle, au moment m�me o�  il s'op�re, dans son instant. S'il s'agit dans l'aphanasis de quelque chose qui concerne le d�sir, il est arbitraire �tant donn�e la fa�on dont notre exp�rience nous apprend � le voir se d�rober.

    Il est impensable qu'un analyste articule que dans la conscience puisse se former quelque chose qui serait la crainte de la disparition du d�sir. L� o� le d�sir dispara�t, c'est-�-dire dans le refoulement, le sujet est compl�tement  inclus, non d�tach� de cette disparition. Et nous le savons : l'angoisse, si elle se produit, n'est jamais de la disparition du d�sir, mais de l'objet qu'il dissimule, de la v�rit� du d�sir, ou si vous voulez encore de ce que nous ne savons pas du d�sir de l'Autre. Toute interrogation de la conscience concernant le d�sir comme pouvant d�faillir ne peut �tre que complicit�. Conscius veut dire complice d'ailleurs, ce en quoi ici (->p343) (II/24) l'�tymologie reprend sa fra�cheur dans l'exp�rience et c'est bien pour cela que je vous ai rappel� tout � 1'heure dans mon chemin pav� de fleurs le rapport de l'�thique sadienne avec son objet. C'est ce que nous appelons l'ambivalence, l'ambigu�t�, la r�versibilit� de certains couples pulsionnels, mais nous n'en voyons pas, � simplement dire cela de cet �quivalent, que �a se retourne, que le sujet se fait objet et l'objet sujet. Nous n'en saisissons pas le v�ritable ressort qui implique toujours cette r�f�rence au grand Autre o� tout ceci prend son sens.

     Donc l'aphanasis expliqu�e comme source de l'angoisse dans le complexe de castration est � proprement parler une exclusion du probl�me ; car la seule question qu'ait � se poser ici un th�oricien analyste - dont on comprend fort bien qu'il ait en effet une question � se poser, car le complexe de castration reste jusqu'� pr�sent une r�alit� non compl�tement �lucid�e - la seule question qu'il a � se poser c'est celle qui part de ce fait bienheureux que gr�ce � Freud qui lui a l�gu� sa d�couverte � un stade bien plus avanc� que 1e point o� il peut, lui, th�oricien de l'analyse, parvenir, la question est de savoir pourquoi l'instrument du d�sir, le phallus, prend cette valeur si  d�cisive, pourquoi c'est lui et non pas le d�sir qui est impliqu� dans une angoisse, dans une crainte dont il n'est tout de m�me pas vain � propos du terme d'aphanasis, que nous ayons fait t�moignage pour ne pas oublier que toute angoisse est angoisse de rien, en tant que c'est du "rien peut-�tre" que le sujet doit se rembarder, ce qui veut dire que pour un temps, c' est pour lui la meilleure hypoth�se : rien peut-�tre � craindre.

    (->p344) 5XV/25) Pourquoi est-ce l� que vient surgir la fonction du phallus, l� o� en effet tout serait sans lui si facile � comprendre malheureusement d'une fa�on tout � fait ext�rieure � l'exp�rience ? Pourquoi la chose du phallus, pourquoi le phallus vient-il comme mesure au moment o� il s'agit de quoi ? du vide inclus au coeur de la demande, c'est-�-dire de l'au-del� du Principe du Plaisir, de ce qui fait de la demande sa r�p�tition �ternelle, c'est-�-dire de ce qui constitue la pulsion. Une fois de plus, nous voici ramen�s � ce point que je ne d�passerai pas aujourd'hui que le d�sir se construit sur le chemin d'une question qui le menace et qui est du domaine du "n'�tre", que vous me permettrez d'introduire ici avec ce jeu de mots. Une r�flexion terminale m'a �t� sugg�r�e ces jours-ci avec la pr�sentification toujours quotidienne de la fa�on dont il convient d'articuler d�cemment, et non pas seulement en ricanant, 1es principes �ternels de l'�glise ou les d�tours vacillants des diverses lois nationales sur le Birth Control, � savoir que la premi�re raison  d'�tre, dont aucun l�gislateur jusqu'� pr�sent n'a fait �tat pour la naissance d'un enfant, c'est qu'on le d�sire et que nous qui savons bien le r�le de ceci - qu'il a �t� ou non d�sir� - sur tout le d�veloppement du sujet ult�rieur, il ne semble pas que nous ayons �prouv� le besoin de rappeler pour l'introduire,  le faire sentir � travers cette discussion ivre qui oscille entre les n�cessit�s utilitaires �videntes d'une politique d�mographique et la crainte angoissante - ne l'oubliez pas - des abominations qu'�ventuellement l'eug�nisme nous promettrait.

    C'est un premier pas, un tout petit pas, mais un pas essentiel - et combien � mettre � l'�preuve, vous 1e ver-(->p345) (XV/26)rez- d�partageant d'une telle possibilit� de choisir, que de faire remarquer le rapport constituant effectif dans toute destin�e future soit-disant � respecter comme le myst�re essentiel de l'�tre � venir qu'il ait �t� d�sir� et pourquoi.

    Rappelez-vous qu'il arrive souvent que le fond du d�sir d'un enfant c'est simplement ceci que personne ne dit : qu'il ne soit comme pas un, qu'il soit ma mal�diction sur le  monde.

note: bien que relu, si vous d�couvrez des erreurs manifestes dans ce s�minaire, ou si vous souhaitez une pr�cision sur le texte, je vous remercie par avance de m'adresser un [mailto:gaogoa@free.fr �mail]. [#J.LACAN Haut de Page] 
[../../erreurs.htm commentaire]        relu en septembre 2002