Text/Jacques Lacan/LF15021967.htm

From No Subject - Encyclopedia of Psychoanalysis
Jump to: navigation, search

J.LACAN                         gaogoa

[LF01021967.htm <] [LF22021967.htm >]

s�minaire XIV 
La logique du fantasme -1966-1967
    
version rue CB            

15 février 1967                          [#note note]   

'

(p127->)

127.jpg

         

              Il me faut avancer et démontrer par le mouvement de quelle nature est le savoir analytique . Très exactement, comment il se fait qu'il passe , ce savoir , qu'il passe dans le Réel. Nous posons que cela se produit toujours plus à mesure de la prétention toujours croissante du " je " à s'affirmer comme fons et Origo de l'Etre.

          C'est ce que nous avons posé . Mais ceci n'élucide bien entendu rien de ce que je viens d'appeler le passage de ce savoir dans le Réel.

         (p128->) Je ne fais pas ici allusion à autre chose qu'à la formule que j'ai donnée de la Verwerfung ou rejet, qui est " tout ce qui est rejeté dans le symbolique reparaît dans le réel. "


          Cette prévalence du " je " au sommet de quelque chose qu'il est bien difficile de saisir sans prêter à malentendu. Dire l'époque, dire même comme nous l'avons dit, l'ère de la science, c'est ouvrir toujours quelque biais à une note qu'on pourrait assez bien épingler du terme de spinglérisme par exemple. L'idée de phases humaines ce n'est pas là certes, ce qui peut nous contenter et prête à beaucoup de malentendus.

         Partons seulement de ceci qu'il est vrai que le discours a son empire et que je crois vous avoir démontré ceci : que la psychanalyse n'est pensable qu'à mettre dans ses précédents le discours de la science.

         Il s'agit de savoir où elle se place dans les effets de ce discours : dedans , dehors ? c'est là, vous le savez, que nous essayons de la saisir comme une sorte de frange qui tremble, de quelque chose d'analogue à ces formes les plus sensibles où se révèle l'organisme , je parle de ce qui est frange. Il y a pourtant un pas à franchir avant d'y reconnaître le trait de l'animé, car la pensée telle que nous l'entendons, n'est pas l'animé, elle est l'effet du signifiant, c'est-à-dire : en dernier ressort, de la trace, ce qui s'appelle la structure, c'est cela . Nous suivons la pensée à la trace et à rien d'autre, parce que la trace a toujours causé la pensée. Le rapport de ce procédé à la psychanalyse se sent tout de suite si peu qu'on puisse l'imaginer voire, qu'on en ait l'expérience. Que Freud inventant la psychanalyse ce soit l'introduction d'une méthode à détecter une trace de pensée, là où la pensée elle-même la masque de s'y reconnaître autrement , autrement que la trace ne la désigne , voilà ce que j'ai promu. Voilà ce contre quoi ne prévaudra nul déploiement du freudisme comme idéologie, idéologie naturaliste par exemple.

              Que ce point de vue qui est un point de vue d'histoire de la philosophie soit mis en avant ces temps-ci par des gens qui s'autorisent de la qualité de psychanalyste, voilà qui manifeste ce qui va donner plus de précision à la réponse que nécessite la question que j'ai posée d'abord, à savoir : comment il se fait que le savoir analytique vienne à passer dans le réel.


         La voie par où ce que j'enseigne passe dans le réel n'est nulle autre, bizarrement que la Verwerfung, que le rejet effectif que nous voyons se produire à un certain niveau de génération de la position du psychanalyste, en tant qu'elle ne veut rien savoir de ce qui est pourtant son seul et unique savoir ; ce qui est rejeté dans le symbolique doit être focalisé dans un champ subjectif, quelque part, pour reparaître à un niveau corrélatif dans le réel où ici sans doute, qu'est-ce que ça veut dire ce qui ici vous touche, c'est-à-dire : ce point qui est ce dont témoigne ce que les journalistes ont déjà repéré sous l'étiquette de structuralisme et qui n'est rien d'autre que votre intérêt . L'intérêt que vous prenez à ce qui, ici, se dit, intérêt qui est réel.


         (p129->) Naturellement, parmi vous, il y a des psychanalystes, elle est déjà là une génération de psychanalystes en qui s'incarnera la juste position du sujet en tant qu'elle est nécessitée par l'acte analytique.

                    Quand ce temps de maturité de cette génération sera venu, on mesurera la distance parcourue à lire les choses impensables, heureusement imprimées pour qu'elles témoignent pour qui sait lire , des préjugés d'où il aura fallu extraire le tracé que nécessite cette réalisation de l'analyse.

         Parmi ces préjugés et ces choses impensables, il y aura aussi le structuralisme. Je veux dire ce qui s'intitule maintenant sous ce titre d'une certaine valeur cotée à la bourse de la cogitation. Si ceux d'entre vous qui ont vécu ce qui aura caractérisé le milieu de ce siècle, disons sa première partie, les épreuves que nous avons traversées de manifestations étranges dans la civilisation , si ceux-là n'avaient pas été endormis dans ses suites par une philosophie qui a tout simplement continué son bruit de crécelle, j'aurais maintenant moins de loisir, pour essayer de marquer les traits nécessaires à ce que vous ne soyez pas tout à fait paumés pour la phase de ce siècle qui va suivre immédiatement.

         Quand Freud introduit pour la première fois dans son Jenzeits à lui, l'au-delà du principe du plaisir - le concept de répétition, comme du forçage - Zwang - sa répétition - Wiederholùng - cette répétition est forcée, Wiederhölungszwang , quand il l'introduit pour donner son état définitif au statut du sujet de l'inconscient, mesure-t-on bien la portée de cette intrusion conceptuelle . Si elle s'appelle au-delà du principe de plaisir, c'est précisément en ceci : qu'elle rompt avec ce qui , jusque là , lui donnait le modèle de la fonction psychique à savoir : cette homéostase qui fait écho à celle que nécessite la substance de l'organisme qui la redouble et la répète et qui est celle que dans l'appareil nerveux isolé comme tel, il définit par la loi de la moindre tension.

                   Ce qu'introduit la Wiederhölungszwang est nettement en contradiction avec cette loi primitive celle qui s'était énoncée dans le principe du plaisir et c'est comme telle que Freud nous la présente, tout de suite nous qui avons lu (je suppose ) ce texte nous pouvons aller à son extrême que Freud formule comme ce qu'on appelle pulsion de mort, traduction de Todes trieb ; c'est à savoir qu'il ne peut s'arrêter d'étendre cette contrainte de la répétition à un champ qui n'enveloppe pas seulement celui de la manifestation vivante, mais qui la déborde à l'inclure dans la parenthèse d'un retour à l'inanimé. Il nous sollicite donc de faire subsister comme " vivant " , il nous faut bien mettre ici ce terme entre guillemets , une tendance qui étend sa loi au-delà de la durée du vivant. Regardons-y bien de près puisque c'est là ce qui fait l'objection et l'obstacle devant quoi se rebelle de prime abord ( tant que, bien sûr, la chose n'est pas comprise ) se rebelle de prime abord une pensée habituée à donner un certain support au terme de tendance , support qui est celui que je viens d'évoquer en mettant le mot vivant entre guillemets.

           (p130->) La vie, donc, dans cette pensée, n'est plus l'ensemble des forces qui résistent à la mort pour citer Bichat , elle est l'ensemble des forces où se signifie que la mort serait pour la vie son rail. A la vérité ceci n'irait pas très loin s'il ne s'agissait pas d'autre chose que de l'étant de la vie, de ce que nous pouvons dans un premier abord appeler son sens, c'est-à-dire quelque chose que nous pouvons lire dans des signes qui sont d'une apparente spontanéité vitale , puisque le sujet ne s'y reconnaît pas , mais où il faut bien qu'il y ait un sujet puisque ce dont il s'agit ne saurait être un simple effet de la retombée de la bulle vitale qui crève, laissant la place dans l'état où elle était avant, mais de quelque chose qui, partout où nous le suivons, se formule non pas comme ce simple retour, mais comme une pensée de retour, comme une pensée de répétition, tout ce que Freud a saisi à la trace dans son expérience clinique, c'est là où il va la chercher, là où pointe pour lui le problème à savoir dans ce qu'il appelle la réaction thérapeutique négative, ou encore ce qu'il aborde à ce niveau comme un fait ? de masochisme primordial comme ceci qui dans une vie insiste pour rester dans un certain médium, mettons les points sur les i , disons de maladie ou d'échec. C'est ceci : que nous devons saisir comme une pensée de répétition, une pensée de répétition c'est un autre domaine que celui de la mémoire. La mémoire, sans doute, évoque la trace aussi, mais la trace de la mémoire, à quoi la reconnaissons-nous ? Elle a justement pour effet la non-répétition.

                      Si nous cherchons à déterminer dans l'expérience en quoi un micro-organisme est doué de mémoire, nous le verrons à ceci : qu'il ne réagira pas la seconde fois à un excitant comme la première fois.

          Et après tout, ceci quelquefois nous fera parler de mémoire avec prudence, avec intérêt, avec suspension au niveau de certaines organisations inanimées, mais la répétition c'est bien autre chose, si nous faisons de la répétition le principe directeur d'un champ en tant qu'il est proprement subjectif, nous ne pouvons manquer de formuler ce qui unit en matière, en manière de copule l'identique avec le différent. Ceci nous réimpose l'emploi à cette fin de ce trait unaire dont nous avons reconnu la fonction élective à propos de l'identification. J'en rappellerai l'essentiel en termes simples, ayant pu éprouver : qu'une fonction si simple qui paraît étonnante dans un contexte de philosophes ou de prétendu tel comme il m'est arrivé récemment d'en avoir l'expérience et qu'on ait pu trouver obscur, voire opaque cette très simple remarque : que le trait unaire joue le rôle de repère symbolique précisément d'exclure que ce soit ni la similitude, ni donc non plus la différence qui se pose au principe de la différenciation.

          J'ai déjà ici assez souligné que l'usage de lUn qui est ce Un que je distingue du Un unifiant à être lUn comptable et de pouvoir fonctionner à désigner comme autant de 1, des objets aussi hétéroclites qu'une pensée, un voile, ou n'importe quel objet qui soit ici à notre portée, puisque j'en ai énuméré trois, à compter cela : 3 . C'est-à-dire à tenir pour nulle jusqu'à leur plus extrêmes différences de natures à instaurer leur différenciation d'autre chose.

          (p131->) Voilà qui nous donne la fonction du nombre et tout ce qui s'instaure sur l'opération de la récurrence, dont vous savez que la démonstration s'appuie sur ceci d'unique : que ce qui est démontré pour vrai , que ce qui est vrai de N + 1 l'est de N, il nous suffit de savoir que pour N = 1 pour que la vérité d'un théorème soit assurée.

           Ceci fonde un être de vérité qui est tout entier de glissement, cette sorte de vérité , si je puis dire, l'ombre d'une ombre, reste sans prise sur aucun réel. Pour reprendre le schéma identificatoire de l'aliénation et voir comment il fonctionne , nous remarquerons que le 1 basal de l'opération de la récurrence n'est pas déjà là. Qu'il ne s'instaure que de la répétition elle-même.


          Reprenons , nous ne l'avons pas ici à remarquer que la répétition ne saurait dynamiquement se déduire du principe du plaisir, nous ne le faisons que pour vous faire sentir le relief de ce dont il s'agit, à savoir que le maintien de la moindre tension, comme principe de plaisir n'implique nullement la répétition, au contraire, la retrouvaille d'une situation de plaisir dans sa même(té ne ) peut être que la source d'opérations toujours plus coûteuses que de suivre simplement ( le biais ) de la tension la moindre. A la suivre comme une ligne isotherme elle finira bien par mener de situation de plaisir en situation de plaisir au maintien désiré de la moindre tension. Si elle implique quelque bouclage, quelque retour, ce ne peut être que par la voie si l'on peut dire d'une structure externe, qui n'est nullement impensable puisque j'évoquais tout à l'heure l'existence d'une ligne isotherme.

                     Ce n'est nullement ainsi et du dehors que s'implique l'existence du Zwang dans la Wiederhölung freudienne, dans la répétition. Une situation qui se répète comme situation d'échec par exemple, implique des coordonnées non de plus et de moins de tension, mais d'identité signifiante du plus ou moins comme signes de ce qui doit être répété. Mais ce signe n'était pas porté comme tel par la situation première, entendez bien que celle-ci n'était pas marquée du signe de la répétition, sans cela elle ne serait pas première, bien plus, il faut dire qu'elle devient la situation répétée et que de ce fait elle est perdue comme situation d'origine , qu'il y a quelquechose de perdu de par le fait de la répétition et ceci non seulement est parfaitement articulé dans Freud, mais il l'a articulé bien avant d'avoir été porté à l'énoncé de l'au-delà du principe de plaisir. Dès les " trois essais sur la sexualité " , nous voyons surgir comme impossible le principe de la retrouvaille qu'il y ait dans le métabolisme des pulsions cette fonction de l'objet perdu comme tel, déjà le simple abord de l'expérience clinique en avait suggéré à Freud la trouvaille et la fonction. Elle donne le sens même de ce qui surgit sous la rubrique de l'Urverdrängung c'est pourquoi il faut bien reconnaître que loin qu'il y ait là dans la pensée de Freud rupture, il y a plutôt préparation - par une signification entrevue, préparation de quelque chose qui trouve enfin son statut logique dernier sous la forme d'une loi constituante encore qu'elle ne soit pas réflexive , constituante du sujet lui-même et qui est la répétition.


          (p132->) Le graphe - si l'on peut dire - de cette fonction, je pense que tous vous en avez vu passer la forme telle que je l'ai donnée comme support intuitif imaginatif de cette topologie de retour pour qu'elle solidarise la part qui est aussi importante que son effet directif à cet effet lui-même imagé, à savoir : son effet rétroactif, ce que j'ai appelé : ce qui se passe quand par l'effet du répétant ce qui était à répéter devient le répété. Le trait dont se sustente ce qui est répété en tant que répétant doit se boucler, se retrouver à l'origine , celui, ce trait qui de son fait dès lors marque le répété comme tel. Ceci, ce tracé, n'est autre que celui de la double boucle , le 8 inversé .

File:132.jpg

                  

          C'est ce qui dans l'opération première fondamentale initiatrice comme telle de la répétition donne cet effet rétro-actif qu'on ne peut en détacher, qui nous force à penser le rapport tiers de l'1 au 2 qui constitue le retour , qui revient en se bouclant vers ce 1 pour donner cet élément non numérable que j'appelle l'un-en-plus qui pour n'être pas réductible à la série des nombres naturels ni additionnable ni soustrayable à ce 1 et à ce 2 qui se succèdent mérite encore ce titre de l'un en trop que j'ai désigné comme essentiel à toute détermination signifiante, et toujours prête à apparaître, mais à se faire appréhender fuyante détectable dans le vécu dès que le sujet comptant a à se compter entre d'autres.

          Observons que c'est là la forme topologique la plus radicale et qu'elle est nécessaire pour introduire ce qui dans Freud se fait valoir sous ces formes polymorphes que l'on connaît sous le terme de régression , qu'elle soit topique, temporelle ou formelle, ce n'est pas là la régression homogène , leur racine commune est à trouver dans ce retour, dans cet effet retour de la répétition.

          Certes, ce n'est pas sans raison que j'ai pu retarder aussi longtemps l'examen de ces fonctions de régression, il suffirait de se reporter à un récent article paru quelque part sur un terrain neutre, médical sur la régression , pour voir la véritable béance qu'il laisse ouverte quand une pensée habituée à pas trop de lumière essaie de conjoindre la théorie avec ce que lui suggère la pratique psychanalytique. La sorte de curieuse valorisation que la régression reçoit dans certaines des études théoriques les plus récentes, répond sans doute à quelque chose dans l'expérience de l'analyse par où mérite en effet d'être interrogé ce que peut comporter d'effet progressif la régression qui comme chacun sait, est essentielle au procès même de la cure comme telle.

           Il suffit de voir la distance qui laisse véritablement ouverte tout ce qui est à ce propos réévoqué des formules de Freud avec ce qui en est déduit quant à l'usage de la pratique , qu'on se reporte à cet article qui est dans le dernier numéro de l'Evolution psychiatrique , pour voir à quel point où la régression dont il s'agit (p133->) est de nature à nous suggérer la question de savoir s'il ne s'agit pas de rien d'autre que d'une régression théorique. A la vérité, c'est bien là le mode majeur de ce rejet que je désigne comme essentiel à telle position présente du psychanalyste. A reprendre telle ou telle question, de nouveau à leur origine comme si elles n'avaient pas déjà quelque part été tranchée, on fait durer le plaisir , ce n'est assurément pas dans l'affaire celui de ceux dont nous prenons la responsabilité. Je reviendrai là-dessus en son temps, car si bien sûr, il y a dans tous ces effets quelque chose de l'ordre de la maladresse, ceci n'est pas pour autant lever toute référence possible à quelque chose de l'ordre de la malhonnêteté.

     Si de telles formules se trouvent conjoindre et légitimer une finalité du traitement qui se trouve couvrir les illusions du Moi les plus grossières c'est-à-dire ce qui est le plus opposé à la rénovation analytique.

          Que veut dire ce que nous avons apporté sous le terme d'aliénation quand nous commençons de l'éclairer par cet appareil de l'involution signifiante , si je puis l'appeler ainsi, de la répétition ?

          Nous avons avancé d'abord que l'aliénation c'est le signifiant de l'Autre en tant qu'il fait de l'Autre un champ marqué de la même finitude que le sujet lui-même , le File:133.jpg de quelle finitude sagit-il ? de celle que définit dans le sujet le fait de dépendre des effets du signifiant. LAutre comme tel , je dis ce lieu de lAutre, pour autant que l'évoque le besoin d'assurance d'une vérité , lAutre comme tel est, si je puis dire si vous permettez ce mot à mon improvisation, fracturé, de la même façon où nous la saisissons dans le sujet lui-même et très précisément de la sorte où le marque la double boucle topologique de la répétition . Lautre se trouve sous le coup de cette finitude.

              Le salva veritatae essentiel à tout ordre de la pensée philosophique est pour nous , pas seulement du fait de la psychanalyse , manifeste en tous points de cette élaboration qui se fait au niveau de la logique mathématique , est pour nous un peu plus compliquée. Il exclut en tout cas tout à fait, toute forme d'absoluité intuitive , l'attribution par exemple au champ de l'Autre de la dimension qualifiée aussi spinoziennement que vous voudrez , de l'éternel, par exemple.

          Cette déchéance permanente de l'Autre est inextirpable des données de l'expérience subjective, c'est elle qui met au coeur de cette expérience, le phénomène de la croyance dans son ambiguïté, constituée de ceci : que ce n'est point par accident, par ignorance que la vérité se présente dans la dimension du contestable.

          Phénomène qui n'est pas à considérer comme fait de défaut, mais comme fait de structure et que c'est là pour nous le point de prudence, le point où nous sommes sollicités de nous avancer du pas le plus discret, je veux dire le plus discernant, pour désigner le point substantiel de cette structure pour ne pas prêter à la confusion dans laquelle on se précipite, non innocemment sans doute, en suggérant là une forme redoublée de positivisme, bien plutôt devrions-nous trouver (p134->) nos modèles dans ce qui reste si incompris et pourtant si vivant, tout ce que la tradition nous a légué de fragmentaire des exercices du scepticisme en tant qu'ils ne sont pas simplement ces jongleries étincelantes, entre doctrines opposées, mais au contraire, véritables exercices spirituels, qui correspondaient sûrement à une praxis éthique qui donne sa véritable densité à ce qui reste de théorique sous ce chef et sous cette rubrique.

                    Disons qu'il s'agit maintenant pour nous de rendre compte en termes de notre logique du surgissement nécessaire de ce lieu de l'Autre en tant qu'il est ainsi divisé. Car pour nous, c'est là qu'il nous est demandé de situer non pas simplement ce lieu de lAutre, le répondant parfait de ceci que la vérité n'est pas trompeuse mais bien plus précisément aux différents niveaux de l'expérience subjective que nous impose la Clinique, comment est possible que s'y insèrent dans cette expérience des instances qui ne sont pas articulables autrement que comme demandes de lAutre . C'est la névrose. Ici nous ne pouvons manquer de dénoncer à quel point est abusif l'usage de tel terme que nous avons introduits mis en valeur comme celui par exemple de la demande quand nous le voyons repris sous la plume de novice à s'exercer sur le plan de la théorie de l'analyse et à marquer combien est essentiel - le jeunot montre ici sa perspicacité - de mettre au centre et au départ de l'aventure , une demande dit-il - d'exigence actuelle. C'est ce que depuis toujours on avance en faisant tourner l'analyse autour de frustration et gratification. L'usage ici, du terme de demande qui m'est emprunté n'est là que pour brouiller les traces de ce qui en fait l'essentiel qui est que le sujet vient à l'analyse non pas pour demander quoi que ce soit d'une exigence actuelle, mais pour savoir ce qu'il demande, ce qui le mène précisément à cette voie : de demander que l'autre lui demande quelque chose.

          Le problème de la demande se situe au niveau de l'Autre , le désir de névrosé tourne autour de la demande de l'Autre.

          Le problème logique est de savoir comment nous pouvons situer cette fonction de la demande de lAutre sur ce support que lAutre pur et simple, comme tel, est Name.jpg.

          Bien d'autres termes sont aussi à évoquer comme devant trouver dans l'Autre leur place . L'angoisse de l'Autre , vraie racine de la position du sujet comme position masochique.

          Disons encore, comment nous devons concevoir ceci : qu'un point de jouissance est essentiellement repérable comme jouissance de l'Autre , point sans lequel il est impossible de comprendre ce dont il s'agit dans la perversion.

         Point, pourtant, qui est le seul référent structural qui puisse donner raison de ce qui dans la tradition s'appréhende comme Zeit bewust zeit. Rien d'autre, dans le sujet ne se traverse réellement soi-même, ne se perfore si je puis dire comme tel , j'essaierai d'en dessiner pour vous un jour, quelque modèle enfantin , rien d'autre, sinon ce point qui de la jouissance fait la jouissance de l'Autre .

  (p135->) Ce n'est pas d'un pas immédiat que nous nous avancerons dans ces problèmes. Il nous faut aujourd'hui tracer la conséquence à tirer du rapport de ce graphe de la répétition, avec ce que nous avons scandé comme le choix fondamental de l'aliénation. Il est facile de voir à cette double boucle que, plus elle collera à elle-même, plus elle tendra à se diviser.

          A supposer que si je réduis la distance d'un bord à l'autre, il est facile de voir que ce seront deux rondelles qui viendront à tenir.

File:135.jpg

         Quel rapport y-a-t-il entre ce passage à l'acte de l'aliénation et la répétition elle-même ?

    Très précisément, ce qu'on peut, ce qu'on doit appeler l'acte, c'est aujourd'hui d'une situation logique de l'acte en tant que tel, que je veux avancer les prémices. Cette double boucle du tracé de la répétition , si elle nous impose une topologie, c'est que ce n'est pas sur n'importe quelle surface qu'elle peut avoir fonction de bord. Essayez de la tracer sur la surface d'une sphère, je l'ai montré depuis longtemps , vous m'en direz des nouvelles, essayez de la boucler de façon à ce qu'elle soit un bord, c'est-à-dire qu'elle ne se recoupe pas elle-même, ceci est impossible.

          Ce n'est que sur un certain type de surface, tel le tore que j'ai appelé dans son temps le cross-cap ou le plan projectif, ou la bouteille de Klein . L'important est de savoir ce qui, dans chacune de ses surfaces, résulte de la coupure constituée par la double boucle.

 Sur le tore, cette coupure donnera une surface à deux bords, sur le cross-cap elle donnera une coupure à un seul bord, ce qui est important, c'est quelle est la structure des surfaces ainsi instaurées.

          Les images à gauche , que j'ai déjà introduites la dernière fois, vous représentent ce qui constitue la surface la plus caractéristique pour nous imager la fonction que nous donnons à la double boucle, c'est la bande de Möbius dont le bord est la double boucle, bord unique de la surface en question.

       Nous pouvons prendre cette surface pour symbolique du sujet, à condition que vous considériez bien sûr que seul, le bord constitue cette surface , comme il est facile de le démontrer en ceci : que si vous faites une coupure par le milieu de cette surface, cette coupure elle-même concentre en elle l'essence de la double boucle, étant une coupure qui se retourne sur elle-même, elle est elle-même cette coupure unique à elle toute seule, toute la surface de Moebius. La preuve c'est qu'aussi bien quand vous l'avez faite cette coupure médiane, il n'y a plus de surface de Moebius du tout , la coupure si je puis dire médiane, l'a retirée de ce que vous (p136->) croyez voir sous la forme d'une surface c'est ce que vous montre la figure ( qui est à droite) qui vous montre que cete surface une fois coupée par le milieu cette surface qui auparavant n'avait ni endroit ni envers, n'avait qu'une seule face, comme un seul bord a maintenant un endroit et un envers, vous pouvez imaginer bien sûr que chaque couleur indiquée sur le schéma passe à l'envers de l'autre là où du fait de la coupure elle se continue. Autrement dit, après la coupure il n'y a plus de surface de Moebius, mais par contre quelque chose qui est applicable sur un tore.

         Si vous faites d'une certaine façon glisser cette surface obtenue après la coupure à l'envers d'elle-même, vous pouvez en cousant le bord dont il est constitué ainsi une nouvelle surface qui est la surface d'un tore sur laquelle est marquée toujours la même coupure constituée par la double boucle fondamentale de la répétition.


                    Ces faits topologiques sont pour nous extrêmement favorables à imager quelque chose qui est ce dont il s'agit, à savoir : que de même que l'aliénation s'est imagée dans deux sens d'opérations différentes où l'un représente le choix nécessaire du " je ne pense pas " écorné de l'Es de la structure logique, l'autre élément qu'on ne peut choisir de l'alternative qui oppose et conjoint le noyau de l'inconscient comme étant quelque chose où il ne s'agit pas d'une pensée d'aucune façon attribuable au " je " institué de l'unité subjective et qui le conjoint à un " je ne suis pas " qui a marqué ce que dans la structure du rêve j'ai défini comme l'immixtion des sujets, à savoir : comme le caractère infixable, indéterminable du sujet assumant la pensée de l'inconscient .

         La réptition, nous permet de mettre en corrélation, en correspondance, deux modes sous lequel le sujet peut apparaitre différent, peut se manifester dans son conditionnement temporel de façon à correspondre aux deux statuts définis comme celui du " je " de l'aliénation et comme celui qui révèle la position de l'inconscient dans des conditions spécifiques, qui ne sont autres que celle de l'analyse.

      Nous avons correspondant au niveau du schéma temporel que le passage à l'acte est ce qui est permis dans l'opération de l'aliénation , que correspondant à l'autre terme impossible à choisir, en principe, dans l'alternative aliénante, correspond l'acting-out.

          Qu'est-ce que ceci veut dire ? L'acte ? J'entends l'acte et non pas quelque manifestation de mouvement, le mouvement, la décharge motrice , comme on s'exprime au niveau de la théorie, voilà ce qui ne suffit d'aucune façon à constituer un acte.

          Si vous me permettez une image grossière : un réflexe n'est pas un acte , mais enfin, c'est, bien entendu bien au-delà qu'il faut prolonger cette aire du " ne pas acte " ; ce qu'on sollicite dans l'étude de l'intelligence d'un animal supérieur, (p137->) la conduite du détour, par exemple , le fait qu'un singe s'aperçoive de ce qu'il faut faire pour saisir une banane quand une vitre l'en sépare , n'a absolument rien à faire avec un acte, à la vérité un très grand nombre de vos mouvements, vous ne vous en doutez pas , que vous exécuterez d'ici la fin de la journée , n'ont rien à faire bien sûr avec de l'acte.

         Comment définir ce qu'est un acte ? Il est impossible de le définir autrement que sur le fondement de la double boucle, autrement dit : de la répétition.

         C'est précisément en cela que l'acte est fondateur du sujet.

         Il est l'équivalent de la répétition par lui-même. Il est cette répétition en un seul trait que j'ai désignée tout à l'heure par cette coupure, qu'il est possible de faire au centre de la bande de Moebius. Il est en lui-même double boucle du signifiant. On pourrait dire, mais ce serait se tromper, que dans son cas le signifiant se signifie lui-même, et nous savons que c'est impossible, il n'en est pas moins vrai que c'est aussi proche que possible de cette opération. Le sujet , disons dans l'acte est équivalent à son signifiant. Il n'en reste pas moins divisé.

    Tâchons d'éclairer un peu ceci et mettons-nous au niveau de cette aliénation où le " je " se fonde d'un " je ne pense pas " d'autant plus favorable à laisser tout le champ à l'Es de la structure logique.

           " Je ne pense pas " si je suis d'autant plus que je ne pense pas , je veux dire, si je ne suis que le " je " qu'instaure la structure logique, le medium, le trait où peuvent se conjoindre ces deux termes c'est le : " j'agis ".

         Ce " j'agis " qui n'est pas, comme je vous l'ai dit, effectuation motrice. Pour que " je marche " devienne un acte, il faut que le fait que je marche signifie que je marche en fait et que je le dise comme tel, il y a répétition intrinsèque à tout acte, qui n'est permise que par l'effet de rétro-action qui s'exerce du fait de l'incidence signifiante qui est mise en son coeur , rétroaction de cette incidence signifiante sur ce qu'on appelle le cas dont il s'agit quel qu'il soit.

         Bien sûr, il ne suffit pas que je proclame que je marche, c'est quand même déjà un début d'action. C'est une action d'opérette " marchons, marchons ". C'est ce qu'on appelle dans une certaine idéologie aussi : " l'engagement " , c'est ce qui lui donne le caractère comique bien connu.

  L'important à détecter sur ce qu'il en est de l'acte est à chercher là où la structure logique nous livre , nous livre en tant que structure logique la possibilité de transformer en acte, ce qui de premier abord ne saurait être autre chose qu'une pure et simple passion. Je tombe par terre ou je trébuche par exemple , réfléchissez à ceci : que ce fait de redoublement signifiant, à savoir que dans (p138->) mon " je tombe par terre " il y a l'affirmation que " je tombe par terre "; " je tombe par terre " devient, transforme ma chute en quelque chose de signifiant. " Je tombe par terre " je fais par là l'acte où je démontre que je suis comme on dit : " atterré ". De même, " je trébuche ", même " je trébuche " qui porte en soi si manifestement la passivité du ratage peut-être s'il est repris et redoublé de l'affirmation " je trébuche ", l'indication d'un acte en tant que j'assume moi-même le sens comme tel de ce trébuchement.

    Il n'y a rien là qui aille contre l'inspiration de Freud, si vous vous rappelez qu'à telle page de la Science des Rêves ( la Traumdeutung ) dans celle où il nous désigne les premiers linéaments de sa recherche sur l'identification, il souligne bien lui-même , légitimement par avance l' intrusion que je fais de la formule cartésienne dans la théorie de l'inconscient , la remarque que Ich a deux sens différents dans la même phrase [ quand on dit : Ich denke was gesundes Kind ich war - ajout du claviste] : " je pense, ou je médite je réfléchis, je me gargarise à la pensée de quel enfant bien portant j'étais. "


               Le caractère essentiellement signifiant comme tel, et redoublé de l'acte, l'incidence répétitive et intrinsèque de la répétition dans l'acte, voilà qui nous permet de conjoindre de façon originelle , et de façon telle qu'elle puisse ensuite satisfaire à l'analyse de toutes ses variétés la définition de l'acte.

          Je ne peux ici, qu'indiquer en passant , car nous aurons à y revenir , que l'important n'est pas tellement dans la définition de l'acte que dans ses suites, je veux dire : de ce qui résulte de l'acte comme changement de la surface, car si j'ai parlé tout à l'heure de l'incidence de la coupure dans la surface topologique qui se dessine comme celle de la bande de Moebius - si après l'acte la surface est d'une autre structure dans tel cas, si elle est d'une structure différente dans tel autre ou , même si dans certains cas elle peut ne pas changer, voilà qui va pour nous nous proposer modèles à distinguer ce qu'il en est de l'incidence de l'acte, non pas tant dans la détermination, que dans les mutations du sujet.

  Or, il est un terme que depuis quelque temps j'ai laissé aux tentatives de dégustations de ceux qui m'entourent, sans jamais franchement répondre à l'objection qui m'est faite depuis longtemps que la Verleugnung (le déni - note du claviste) puisque c'est le terme dont il s'agit , est le terme auquel il faudrait faire réséver les effets que j'ai donnés à la Verwerfung (la forclusion - note du claviste) . J'ai assez parlé de cette dernière, depuis le discours d'aujourd'hui, pour n'avoir pas à y revenir que je pointe i que ce qui est ici de l'ordre de la Verleugnung est toujours ce qui a à faire à l'ambiguïté qui résulte des effets de l'acte comme tel.


        Je franchis le Rubicon, ça peut se faire tout seul , il suffit de prendre le train à Cezene dans la bonne direction, une fois que vous êtes dans le train vous n'y pouvez plus rien , vous franchissez le Rubicon, mais ce n'est pas un acte. Ce n'est pas un acte non plus quand vous franchissez le Rubicon en pensant à César, (p139->) c'est l'imitation de l'acte de César , vous voyez déjà que l'imitation prend dans la dimension de l'acte, une toute autre structure que celle qu'on lui suppose d'ordinaire, c'est pas un acte, mais ça peut quand même en être un , il 'y a même aucune autre définition possible à des suggestions aussi exorbitantes que celles qui s'intitulent : " l'Imitation de Jésus-Christ " par exemple !

Autour de cet acte , qu'il soit imitation ou pas , qu'il soit l'acte même original, celui dont les historiens de César nous disent bien le sens indiqué par le rêve qui précède le franchissement du Rubicon qui n'est autre que le sens de l'inceste .

          Il s'agit de savoir à chacun de ces niveaux, quel est l'effet de l'acte, c'est le labyrinthe propre à la reconnaissance de ces effets par un sujet qui ne peut le reconnaître puisqu'il est tout entier comme sujet transformé par l'acte, ce sont ces effets-là que désigne partout où le terme est justement employé la rubrique de la Verleugnung. L'acte donc est le seul lieu où le signifiant a l'apparence , la fonction en tout cas de se signifier lui-même, c'est-à-dire de fonctionner hors de ses possibilités.

 Le sujet est dans l'acte représenté comme division pure , la division dirons-nous est son " Represantanz " , le vrai sens du terme Represantanz est à prendre à ce niveau, car c'est à partir de cette reprezantanz du sujet comme essentiellement divisé qu'on peut sentir comment cette fonction de reprezantanz peut affecter ce qui s'appelle représentation , ce qui fait dépendre la vorstellùng d'un effet de reprezantanz.


       L'heure nous arrête, il va être pour nous question la prochaine fois de savoir comment il est possible que soit présentifié l'élément impossible à choisir de l'aliénation, la chose vaut bien la peine d'être rejetée à un discours qui lui soit réservé puisqu'il ne s'agit là de rien d'autre que du statut de l'autre, là où il est évoqué pour nous de la façon la plus urgente à ne pas prêter à précipitation et erreur, à savoir : la situation analytique.

 Mais ce modèle que nous donne l'acte comme division et dernier support du sujet ; point de vérité qui , disons-le avant de nous quitter, entre parenthèses , est celui qui motive la montée au sommet de la philosophie de la fonction de l'existence qui n'est rien d'autre que la forme voilée sous laquelle pour la pensée se présente le caractère originel de l'acte dans la fonction du sujet.

          Pourquoi cet acte dans son instance est-il resté voilé, et ceci dans ceux qui ont su le mieux en marquer l'autonomie contre Aristote qui n'avait pas de ceci - et pour cause - la moindre idée , je veux dire : Saint Thomas ?

     (p140->) C'est sans doute parce que l'autre possibilité de coupure nous est donnée dans la partie impossible à choisir de l'aliénation , pourtant mise à notre portée par le biais de l'analyse, la même coupure intervenant à l'autre sommet celui qui est désigné et correspond à la convention inconsciente " je ne suis pas " , c'est ce qui s'appelle l'acting-out et c'est ce dont nous essaierons la prochaine fois de définir le statut.

note : bien que relu, si vous d�couvrez des erreurs manifestes dans ce s�minaire, ou si vous souhaitez une pr�cision sur le texte, je vous remercie par avance de m'adresser un [mailto:gaogoa@free.fr �mail]. [#J.LACAN Haut de Page]  

[../../erreurs.htm commentaire]